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Comptes rendus détaillés (GFEN et Café pédagogique) de la 7ème édition des Rencontres maternelle du 31 janvier 2015

11 février 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

7èmes rencontres nationales

"Pour que la maternelle fasse école" Apprendre, processus de socialisation

Dans un contexte marqué par les évènements dramatiques de ce début d’année, les rencontres ont été ouvertes par l’affirmation des valeurs et parti-pris du GFEN pour contrecarrer les discours réactionnaires sur la pédagogie et les pédagogues.
Claire Benveniste reprend les termes du texte élaboré par le GFEN en réaction à cette tragédie : « nous sommes convaincus que l’homme ne naît pas ni fanatique ni terroriste, de même qu’il ne naît pas ni démocrate ni solidaire, il le devient ». Elle souligne l’importance de l’expérience scolaire dans la construction de l’individu selon qu’elle est source d’émancipation ou à l’inverse synonyme de perte de l’estime de soi, d’inhibition et de perte d’appartenance à un collectif structurant. Il ne s’agit pas d’excuser mais de comprendre les processus qui mènent à cette violence contre soi ou les autres afin d’installer les conditions dès l’école maternelle d’une socialisation par de réels apprentissages, de faire de l’école une priorité nationale en s’appuyant sur le texte de la loi de refondation qui stipule que « tous les élèves sont capables d’apprendre ». Encore faut-il que les pratiques soient à la hauteur de l’ambition et porteuses de valeurs s’appuyant sur des principes émancipateurs s’opposant au conformisme, la soumission, l’imposition dogmatiste des règles, la compétition, l’individualisme. C’est dire la responsabilité des éducateurs.
S’appuyant sur les propos de Viviane Bouysse, elle relève les éléments qui peuvent impacter les comportements dès la maternelle si l’on n’y prend pas garde : les évaluations précoces ou la primarisation de l’école maternelle. L’école maternelle est un lieu où on accède à une culture commune quelle que soit son origine pour faire société collectivement, c’est le sens de cette journée de rencontre : apprendre, processus de socialisation.

Émancipation et socialisation, quels contenus ?
Claire Pontais est formatrice à l’ESPé Basse Normandie, secrétaire nationale du SNEP-FSU. Après avoir présenté la façon dont elle est passé de l’animation d’un atelier à une intervention en plénière, elle marque d’emblée son opposition à une idée très répandue : « socialiser avant d’apprendre ». Comment pourrait-on débattre sur rien ? La citoyenneté s’exerce à partir de savoirs communs construits collectivement qui ne peuvent être imposés de façon arbitraire.

Socialisation, émancipation, savoirs... de quoi parle-ton ?
« S’agit-il de former des citoyens de la République ou des sujets de sa majesté ? » Dans les systèmes autoritaires, les enfants entrent dans un type de socialisation basée sur la soumission à l’autorité et régie par la docilité. La question à se poser est celle de la place du sujet-élève : « Quelle socialisation voulons-nous ? Quelle socialisation l’école produit-elle ? » Si l’on se réfère à la pensée d’Henri Wallon, l’émancipation c’est « acquérir le pouvoir de penser soi-même, s’éloigner des préjugés, s’autoriser libre cours à son imaginaire, développer sa pensée critique ». On est bien loin du « dressage » des jeunes enfants mais cela ne peut se faire qu’en appui sur des situations où l’on exerce son pouvoir d’agir. L’EPS est un domaine où la motricité permet l’accès à des savoirs et des techniques pour exercer sa pensée en se confrontant à celle des autres pour s’enrichir des différences.

Cette conception de la citoyenneté est constructive car elle permet une intériorisation des règles de vie collective et peut contribuer à une réduction des inégalités. Claire Pontais précise que la socialisation est un processus très long obligeant l’enfant à mettre de l’ordre dans ce qui n’est au départ qu’affectivité, subjectivité.
II ne s’agit pas d’opposer « l’enfant au centre » à « la société au centre » : dans un même mouvement acculturation et individuation s’articulent et se concilient. Il y a forcément un rapport vivant entre l’enfant et la culture « systèmes de normes, de techniques, de valeurs » propres à la société dans laquelle il vit. L’école est un lieu de socialisation spécifique car elle est un « passage obligatoire, un lieu aux contraintes fortes, un lieu très particulier où on socialise par l’étude ». Dans ce lieu, l’élément médiateur de la socialisation est le savoir lorsqu’un enfant montre et explique aux autres qu’il a fait. A l’inverse lorsqu’il ne sait pas ce qu’on attend de lui, il est déstabilisé et risque de perturber la classe.

Pas de socialisation émancipatrice sans passer par l’acquisition de savoirs et de la culture

Le GFEN a porté au CSP une conception vivante de la culture qui n’est pas « seulement ce qui se passe au Ministère de la Culture » mais constituée de l’ensemble des réponses apportées par les humains pour répondre à leurs besoins, faites de pratiques, de savoirs, de valeurs communes. Si l’on prend l’exemple de la culture sportive, c’est « une quantité phénoménale de sports... Chaque activité sportive va proposer une socialisation particulière ». Il en est de même pour chaque champ disciplinaire. A l’école, l’important est de proposer « une socialisation de coopération » plutôt que de chercher l’exploit individuel, il existe d’autres lieux pour cela (spectacles ou concours). Il convient de transmettre aux jeunes enfants le sens de l’activité sportive proposée pour ne pas « se perdre dans le formel ou l’inutile ».

S’appuyant sur l’exemple d’une séquence d’apprentissage, Claire Pontais montre comment trois façons différentes de la traiter influent sur le transfert ou non des apprentissages, selon le sens que l’élève va donner à l’activité, les savoirs à construire, les gestes professionnels à mettre en oeuvre pour l’enseignant. Il s’agit d’un parcours à effectuer. Dans le premier cas, les enfants sont le plus souvent en attente et ne perçoivent pas le sens de l’activité ; cela génère de l’agitation et l’enseignant est centré sur l’organisationnel.
Dans le second, l’enseignant propose un système d’ « ateliers » avec répétition d’une action commandée ; l’activité cognitive est peu sollicitée et l’enseignant est également centré sur l’organisationnel.
Une troisième proposition prend le contre-pied des deux précédentes : une variété d’ateliers dans lesquels les élèves évoluent librement, s’exercent dans le but de préparer un spectacle. La perspective du spectacle crée une motivation à réaliser des exploits. C’est dans cette direction qu’il convient d’aller car chacun identifie les enjeux du projet, code les activités, situe leur niveau par rapport à un attendu : « ce que je sais faire »/« ce que je ne sais pas faire ». La socialisation se construit par la confrontation à une activité adaptée au niveau des enfants d’une part, la compréhension des règles d’autre part au travers de l’activité effectuée.

En conclusion, Claire Pontais affirme que cela n’a rien de miraculeux : sachant à l’avance ce qu’ils vont faire, les enfants entrent dans des apprentissages porteurs d’une socialisation émancipatrice puisqu’ils sont à même de pouvoir communiquer entre eux et se partager l’espace.

Cinq ateliers le matin [Lire la suite ]

Extrait de gfen.asso.fr du 09.02.15 : "Pour que la maternelle fasse école" Apprendre, processus de socialisation

 

« La pédagogie ne peut plus être regardée au nom des discours réactionnaires. Il s’agit de vivre et mettre en actes les principes de la république (laïcité....) ». En ouvrant les 7èmes Rencontres Maternelle du GFEN, Claire Benveniste fait le lien avec les événements de janvier. Pilier des convictions du GFEN le « tous capables » et les capacités de l’humain à s’émanciper sont convoqués ici pour avancer : « Comprendre et analyser ce n’est pas justifier ni faire preuve de complaisance. Il n’y a pas de fatalité ».

La portée de cette tragédie a forcément interpellé les « enseignants, les formateurs, les éducateurs. » Pour autant sans culpabiliser ceux-ci il nous faut avancer, « affirmer qu’enseigner est un métier ». Elle cite Viviane Bouysse sur les expériences de violences symboliques qui peuvent être vécues par les jeunes enfants à l’école, l’intériorisation qui peut créer des dommages. Selon elle c’est le premier point qui mérite vigilance quand on s’occupe des enfants. Sa conviction est que « le monde sera ce que nous en ferons. » « Cette responsabilité individuelle ne peut exister que dans la force du collectif. » Aussi cette 7ème édition a pour fil conducteur « les processus de socialisation. Accéder à la culture, se construire dans le savoir pour faire société collectivement. »

[...] Émancipation et socialisation, quels contenus ? Par Claire Pontais

[...] Peut-on rencontrer la culture écrite en traçant des lettres ? Par Marie-Thérèse Zerbato-Poudou

[...] Atelier « jeux et sports collectifs, à quelles conditions sont-ils socialisants ? » animé par C. Pontais

Compte rendu détaillé par de la journée par Lucie Gillet

Extrait de cafepedagogique.net du 02.02.15 : Pour que la Maternelle fasse école : 7ème édition des Rencontres maternelle du GFEN

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