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B* Recherche-action "Marguerite" (ENS Lyon/Ifé) : quand les EPI de 9 collèges (en majorité en REP+/REP) se concluent par un "congrès scientifique" d’élèves sur la production alimentaire (Educ)

7 juin Version imprimable de cet article Version imprimable

Quand les "EPI" de 9 collèges se concluent par un "congrès scientifique" sur les rapports ville - campagne - agriculture

"J’ai été bluffée, ils m’ont surprise, émue..." Julie Le Gall, géographe (ENS de Lyon) est à l’origine du dispositif "Marguerite" qui impliquait cette année quelque 400 élèves de 9 collèges et qui s’est conclu, le mardi 23 mai, par un "congrès scientifique" où les classes ont pu présenter leurs travaux dans le grand amphithéâtre de Lyon-II, ce qui conférait symboliquement un caractère universitaire à cette conclusion d’EPI (enseignements pratiques interdisicplinaires] qui ont emporté l’adhésion des enseignants comme des adolescents.

ToutEduc : Comment vous, qui êtes enseignante-chercheuse, vous êtes-vous retrouvée dans ce projet qui implique le secondaire ?

Julie Le Gall : Je travaille, en géographie sociale, sur les liens entre ville et campagne, et sur les connexions ou les déconnexions entre certains quartiers et l’agriculture de proximité, notamment l’absence de distribution des produits agricoles dans certains quartiers. En 2013, avec deux autres universitaires, Camille Hochedez (Poitiers) et Luc Merchez (ENS de Lyon) et une enseignante de collège à Vénissieux, Myriam Laval, nous nous sommes demandé, dans une perspective scientifique, comment capter les représentations qu’avaient les habitants des villes, à commencer par les plus jeunes, et de ce qui va du champ à l’assiette. Comme beaucoup de choses se font déjà à l’école primaire, avec de petits potagers notamment, nous avons décidé d’aller plutôt vers le niveau collège, et nous avons d’abord travaillé avec une seule classe, dans le cadre d’une recherche-action. Travailler avec des adolescents permet aussi d’aborder les enjeux socio-économiques plus globaux : le maintien des emplois agricoles, les questions de qualité, d’accès aux produits, de justice sociale, de circuits courts ou longs, d’économie...

ToutEduc : Et c’est là que vous avez bénéficié d’un financement du Programme national pour l’alimentation ?

Julie Le Gall : Oui, nous voulions toucher plus de classes pour voir comment les points de vue des jeunes changent d’un milieu à l’autre (plus ou moins rural, urbain, niveau social...) et capter davantage d’informations sur les différentes compréhensions qu’ils ont de ces enjeux. Et nous voulions aussi tout simplement essaimer le dispositif, qui semblait rencontrer un vif intérêt chez les jeunes ! Mais cette étape de formalisation est tombée au moment de la réforme de la scolarité. Nous avons donc dû nous inscrire dans les cadres de l’Education nationale et de la réforme, avec les nouveaux programmes. Nous avons d’abord ressenti l’EPI "transition énergétique et développement durable" comme une contrainte, or il s’est avéré être une chance.

ToutEduc : Pourquoi aviez-vous un regard un peu négatif sur l’éducation à l’environnement, au développement durable ?

Julie Le Gall : Elle est souvent réduite aux "éco-gestes", et elle touche rarement aux questions agricoles et d’alimentation, ni à la dimension sociale de ces problématiques. L’originalité du projet est de travailler ensemble quatre axes, la production, la commercialisation, la nutrition, la solidarité alimentaire, que la classe suive le dispositif sur une heure ou sur une année. Et il ne s’agit pas seulement de voir comment donner à manger aux populations ou de porter un regard normatif sur l’alimentation en disant : "c’est bien ou c’est mal de manger comme ci ou comme ça". La thématique est aussi un prétexte pour comprendre comment les divers acteurs travaillent ou pourraient travailler ensemble sur un territoire. C’est important pour nous et également pour la Métropole de Lyon, qui nous a soutenu sur l’organisation du Congrès. Etaient volontaires une vingtaine d’enseignants d’histoire-géographie, de SVT, de mathématiques, d’anglais, de technologie, de français, d’EPS, des professeurs-documentalistes, des infirmier.e.s, des assistants sociaux... pour monter des EPI qui ont mis en oeuvre beaucoup plus de compétences que je ne l’imaginais a priori. Les élèves ont rencontré des agriculteurs et sont allés dans des lycées agricoles, ce qui s’inscrivait aussi dans leurs "parcours avenir". Ils ont écrit des lettres aux maires, aux députés, autant de contributions à leurs "parcours citoyens".

ToutEduc : Il ne suffit pas d’écrire une lettre à un maire pour être citoyen ...

Julie Le Gall : Non, bien sûr. Mais ils ont vu ce qu’ils pouvaient faire pour être des acteurs sur un territoire. Le discours écologiste est souvent ressenti comme moralisateur et, potentiellement, culpabilisant pour des enfants dont les parents n’ont pas les moyens d’acheter des produits de qualité, "bio" par exemple... Ces jeunes sont passés à une éducation critique, avec le souci de comprendre les enjeux de ce qu’on leur dit. De plus, beaucoup ont pu donner une autre image d’eux-mêmes. Ils vivent dans le béton, mais ils connaissent la nature, ils ont des grands parents, des oncles et des tantes qu’ils voient quand ils vont en vacances dans le pays d’origine de leurs parents, et qui sont des cultivateurs. Ils ont des connaissances qu’ils ont pu faire valoir.

ToutEduc : Vous dites que vous avez été "bluffée" par les présentations qu’ils ont faites de leurs EPI lors du congrès que vous avez organisé. Vous pouvez donner des exemples ?

Julie Le Gall : Ils ont exposé des démarches scientifiques de grande qualité, mais pas seulement. Ils avaient des lignes directrices (les quatre axes) et à partir de là, les élèves et leurs enseignants ont été très inventifs, créatifs sur la forme et sur le contenu. Des classes de 6ème ont présenté leur projet de ville durable et certains l’ont même fait en anglais ! En 4ème, un collège a présenté une maquette virtuelle puis en 3D, de potager sous serre avec calculs très précis de l’ensoleillement, de l’alimentation en eau, une analyse de la nature du sol. Ailleurs, les élèves ont écrit à leur député et lui ont demandé d’implanter des épiceries solidaires dans leur quartier. D’autres ont créé un potager, vendu leurs produits pour une association de solidarité alimentaire. D’autres encore on réalisé des "selfood", des selfies avec ce qu’ils mangent en une semaine, mais ils se sont remplacés par un personnage qui les représentait, une peluche, une poupée... Pour moi, ça a été incroyable de sentir à la fois un "esprit Marguerite" commun aux classes et tout le champ des possibles dont se sont emparé les classes.

ToutEduc : Vous avez permis à quelque 400 collégiens de changer de regard sur leur environnement et sur eux-mêmes. Quelle est la suite ?

Julie Le Gall : Nous sommes en train d’élaborer, avec le soutien du PNA [Programme national pour l’alimentation] et du ministère de l’Agriculture un kit pédagogique à destination des élèves, un autre pour la formation des enseignants. Il y aussi un kit recherche qui permet de collecter des données sur les représentations que les enfants ont de l’agriculture et de créer du débat dans les classes. Nous voulons diffuser ces kits et animer un réseau d’enseignants autour de ces questions, car le projet permet de revisiter aussi les modes d’apprentissage. Et nous voulons surtout, en accord avec la Métropole de Lyon, "faire sortir les élèves" de leur collège : que le dispositif pédagogique emmène les jeunes à imaginer des projets pour faire évoluer l’accès à l’alimentation et à l’agriculture sur leur territoire, notamment dans les quartiers prioritaires. D’autres collèges nous rejoindront peut-être. Nous savons aussi déjà que des lycées sont intéressés, dont des établissements agricoles, et nous avons aussi rencontré des établissements de Montréal et de Buenos-Aires très motivés pour implanter le dispositif, avec des projets de correspondance scientifique entre de jeunes Argentins ou Québécois et des élèves de Lyon, de l’Ain, ou d’ailleurs en France. Ils pourront comparer leurs cultures alimentaires et leurs difficultés d’accès au "manger local", mais surtout échanger sur un geste quotidien, "s’alimenter", qui a beaucoup plus à nous apprendre sur l’humain que ce que l’on peut imaginer !

Le programme du Congrès des élèves (23 mai 2017)
Contact à l’IFE qui a soutenu le projet Marguerite

Extrait de touteduc.fr du 02.06.17 : Quand les "EPI" de 9 collèges se concluent par un "congrès scientifique" sur les rapports ville - campagne - agriculture

Le dossier de présentation du congrès Marguerite

Extrait de grainesdexplorateurs.ens-lyon.fr : http://grainesdexplorateurs.ens-lyo...

 

Les collèges participants avec un lien vers leur site

Note du QZ : Sont en REP+ ou REP les collèges suivants :
Collège Elsa Triolet / Vénissieux (69) [REP+]
Collège Paul Eluard / Venissieux (Lyon) [REP+]
Collège Pierre Ronsard / Poitiers [REP]
Collège Jules Vallès / Saint-Etienne (42) [REP+]
Collège Henri Barbusse / Vaulx-en-Velin (69) [REP+]
Collège Honoré de Balzac / Vénissieux (69) [REP]

 

Voir aussi sur le site OZP
B* Dans le Rhône, un réseau d’enseignants de collège (en majorité en REP) travaille avec des chercheurs sur l’agriculture et l’alimentation (EDD) (Journée Innovation 2017, fiche très détaillée)

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