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Eric Favey (Ligue de l’enseignement) interwievé par ToutEduc sur la politique du ministre

10 octobre Version imprimable de cet article Version imprimable

Eric Favey : Certaines des mesures de J-M Blanquer "vont dans le bon sens", d’autres "un peu étranges"

L’intervention de Jean-Michel Blanquer lors de "l’université de rentrée" de la Ligue de l’enseignement à Toulon a été plutôt bien reçue, d’autant que le ministre de l’Education nationale a joué le jeu du dialogue. Interrogé par ToutEduc, Eric Favey évite de porter un jugement global sur des mesures dont "certaines, comme les ’CP à 12’, vont plutôt dans le bon sens", tandis que d’autres font difficulté, ne serait-ce que la suppression d’emplois aidés dont le ministre reconnaît d’ailleurs lui-même que "c’est un problème".

S’agissant du dispositif "devoirs faits", le président de la Ligue estime qu’il peut être intéressant pour lutter contre les inégalités, à la condition qu’il ne se limite pas au travail scolaire, mais qu’il comprenne "un accompagnement éducatif à la scolarité". Il rappelle d’ailleurs l’existence d’une charte, signée par l’ensemble des acteurs qui participent aux CLAS (contrats locaux d’accompagnement scolaire), "toujours en vigueur" et qui pose justement cette question en termes qualitatifs.
Eric Favey se dit également "rassuré" par le fait que le ministre fasse référence au "socle commun" qui doit rester, estime-t-il, un "élément structurant" d’un système scolaire qui fait le choix "d’élever le plancher pour tous les élèves et pas uniquement le plafond pour certains". Pour lui, "c’est plutôt bien qu’un ministre qui arrive" se situe dans la continuité de ses prédécesseurs", sous réserves qu’il en donne les preuves dans la politique qu’il conduit...

Une philosophie de l’éducation
Autre point positif, la volonté affirmée du ministre de valoriser l’enseignement professionnel. "Nous attendons d’en savoir plus, mais nous pouvons lui faire crédit de souhaiter en faire une voie reconnue, voire une voie d’excellence". Et au-delà, le ministre a repris à Toulon des éléments qui se trouvaient déjà dans son premier livre, "L’Ecole de la vie" (voir ToutEduc ici), et qui définissent une philosophie de l’éducation : mieux préparer les enfants à la nécessité de rester humains dans un monde où la technique prend de plus en plus d’importance, ce qui convient bien à la Ligue, même s’il y manque la dimension du "commun", si le ministre semble considérer implicitement qu’un individu bien formé aura nécessairement le souci de "fabriquer du commun", de conduire sa vie en tenant compte des autres... Nous aimerions en savoir un peu plus sur sa vison "instituante de l’Ecole" et des liens que l’école devrait continuer à développer avec les autres acteurs éducatifs et culturels.

D’autres propos inquiètent en revanche la Ligue de l’enseignement. Ainsi, le fait d’assigner à telle classe tel apprentissage, les mécanismes de la lecture au CP, les 4 opérations au CE..., contredit la logique des cycles qui a pourtant "bien progressé dans les écoles primaires" ces dernières années et renforcé la coopération entre les enseignants. De même le discours sur "les fondamentaux", "lire, écrire, compter, respecter autrui" marque un manque d’ambition au regard de ce que "le socle commun" définit comme fondamental, par exemple dans son 3ème domaine, "la formation de la personne et du citoyen". D’ailleurs, à quoi servirait d’avoir des élèves qui arrivent au collège sachant bien lire et écrire, mais convaincus que les garçons sont supérieurs aux filles (ou que les blancs sont supérieurs aux noirs) ? Pour Eric Favey, on ne peut "déconnnecter les apprentissages des apports culturels".

Le risque d’un recul sur les PEDT
Le président de la Ligue s’inquiète aussi du risque de recul sur les PEDT (projet éducatif de territoire) du fait du retour à la semaine de 4 jours d’un certain nombre de communes alors qu’il faut, au contraire, "mieux intégrer l’école dans un projet éducatif plus large", ce qui se fait "dans un certain nombre d’endroits de manière remarquable". Pour Eric Favey, les relations avec Jeunesse et Sports et les CAF sont souvent insuffisantes alors qu’on peut se donner des objets communs pour des projets scolaires et éducatifs, par exemple le développement de la lecture plaisir, qui implique les écoles, les bibliothèques, les associations, les librairies..., ou la santé, qui implique écoles, associations les clubs sportifs, familles, corps médical et paramédical.... "Il ne faut pas baisser la garde sur les politiques éducatives locales qui permettent aux enfants d’apprendre à faire le meilleur usage de leurs territoires", ce qui est une belle préparation pour apprendre toute sa vie.

Il faudrait aussi "que le ministre dise ce qu’il veut faire du CSP [le Conseil supérieur des programmes, dont le président vient de démissionner, ndlr]. Il a annoncé qu’il allait en rencontrer les membres, mais pour l’heure, il donne un certain nombre d’indications sur ce qu’il pense de tel ou tel problème, les quatre opérations ou la chronologie en littérature, sans prévoir d’en saisir le CSP..."

Au total, la Ligue s’émeut aussi d’ "un certain nombre de signes inquiétants, qui rassurent ceux qui n’ont pas de vision démocratique de l’école républicaine, avec comme souci premier la justice sociale et des savoirs émancipateurs qui est la [sienne]", mais elle se refuse à considérer qu’ils correspondent nécessairement à la pensée du ministre.

Extrait de touteduc.fr du 05.10.17 : Eric Favey : Certaines des mesures de J-M Blanquer "vont dans le bon sens", d’autres "un peu étranges"

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