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"La ségrégation spatiale et économique : une analyse en termes d’emploi et d’éducation dans les espaces urbains". Thèse, université de Bourgogne, 2016, avec deux études empiriques à Aix-Marseille et en Ile-de-France

4 décembre Version imprimable de cet article Version imprimable

La ségrégation spatiale et économique : une analyse en termes d’emploi et d’éducation dans les espaces urbains

Auteur(s) : ALIVON Fanny
Date de soutenance : 2016

Thèse délivrée par : Université de Bourgogne

La segrégation spatiale et économique : une analyse en termes d’emploi et d’éducation dans les espaces urbains

Consulter la thèse 324 pages

 

RÉSUMÉ DE LA THÈSE

Les villes ne sont pas des territoires homogènes : certains quartiers concentrent les richesses et sont exempts de difficultés socio-économiques alors que d’autres concentrent de manière cumulative les difficultés telles que le chômage, la précarité, l’exclusion ou la délinquance. Ces fractures sont le reflet de la ségrégation urbaine, c’est à dire l’inscription spatiale des inégalités socio-économiques, dont l’importance peut être montrée en France à travers les indices de dissimilarité s’élevant à 0,1388 à Lyon, 0,1539 pour Paris et jusqu’à 0,2075 à Marseille.
Bien que ces indices puissent sembler relativement faibles comparativement à ceux observés dans les villes Nord-Américaines, il n’en demeure pas moins que cette ségrégation a des implications coûteuses pour la société française. En effet, la concentration de difficultés socio-économiques dans certains quartiers des grandes villes entraine un mal-être profond des populations qui se manifeste
régulièrement lors d’émeutes et de crises dans les banlieues. Ainsi, de par le caractère cumulatif de la ségrégation qui vient impacter les individus dans différents aspects de leur vie (logement, emploi, éducation, intégration, etc.), il existe une nécessité d’intervention publique pour lutter contre ce phénomène.

Dans ce sens, de nombreuses actions ont été menées dès les années 1970 dans le cadre, entre autre, de la politique de la Ville. Pour autant, malgré des renouvellements réguliers, des adaptations et des changements d’orientation, les villes restent marquées par la ségrégation et par un accroissement des inégalités.
Dans ce contexte, le cœur de cette thèse s’interrogev sur les origines, les évolutions et surtout les raisons de la pérennité de ce phénomène malgré tous les efforts mis en œuvre pour contrer ce processus. Ainsi, trois objectifs sont poursuivis dans cette thèse : il s’agit de s’interroger sur (i) la caractérisation et l’explication de l’apparition de structures urbaines ségrégées, (ii) le lien entre ségrégation et relation des habitants au marché du travail et (iii) le lien entre ségrégation et éducation.

Dans un premier temps, cette thèse se place dans le cadre de l’Économie Urbaine et plus particulièrement des modèles microéconomiques de choix de localisation et d’équilibre urbain étendus à des populations et des espaces hétérogènes. Il
ressort de ces modèles que la ségrégation est un équilibre urbain de long terme stable et efficace, résultant des arbitrages individuels entre distance au entre et taille du logement dans un espace comportant des aménités différant selon le lieu.
Dans un deuxième temps, cette thèse s’intéresse au lien entre ségrégation urbaine et emploi. Ce lien est explicité dans la littérature, à la fois théorique et empirique,
à travers trois canaux principaux. Tout d’abord, par la concentration de populations homogènes dans différents quartiers, la ségrégation permet d’expliquer les disparités intra-urbaines de chômage. Dans ce sens, les individus les moins éduqués, ceux sans expérience professionnelle, les femmes et les minorités
ethniques ont des chances d’emploi plus faibles de par leur productivité (théorie du capital humain et du signal) ou de par des pratiques discriminatoires.
Ensuite, la distance séparant les individus des emplois a un rôle préjudiciable sur leur chance d’être en activité. En effet, il existe une relation négative entre la distance aux emplois avec l’intensité et l’efficacité de la recherche. Enfin, l’espace est également le lieu des interactions individuelles venant conditionner de manière directe (effets de pairs, effets de réseaux) et de manière indirecte (effets de quartier) les chances d’emplois des individus.
Une étude empirique a été menée afin de tester l’existence de ces différents effets à une échelle infra-communale dans le cadre de l’aire urbaine d’Aix-en-Provence
– Marseille.
Pour cela, un modèle de choix discret des probabilités d’emploi des jeunes vivant chez leurs parents a été estimé en fonction de caractéristiques individuelles, du lieu de résidence mais aussi de distance aux emplois. Il ressort de ces estimations que, de manière standard en économie du travail, les femmes, les immigrés et les personnes ayant de faibles niveaux de qualification connaissent des probabilités d’emploi plus faibles. Cette étude confirme également l’influence négative de la distance géograph ique aux emplois. Enfin, il ressort de cette estimation un rôle fondamental des effets de quartiers, le lieu de résidence venant diminuer de jusqu’à 17 points de pourcentage les probabilités d’emploi des jeunes vivant dans les quartiers très défavorisés, comparativement à ceux vivant dans les zones les plus favorisées.

Dans un troisième temps, cette thèse s’intéresse au rôle des politiques publiques de lutte contre la ségrégation dans le cadre éducatif. L’objectif de ces politiques publiques éducatives compensatoires est, sur la base de la discrimination
positive, de réduire les écarts de réussite entre élèves issus de milieux défavorisés et ceux issus d’environnement plus aisés mais également de contrer le processus de reproduction sociale. Ces politiques d’envergure sont aujourd’hui vivement
critiquées. Cette thèse s’interroge sur la véracité de ces critiques à travers une revue critique des évaluations économétriques de ces politiques et permet la formulation de préconisations.

Dans la lignée de cette revue de la littérature, une étude empirique a été menée pour évaluer l’effet de la politique de la Ville sur le redoublement et les choix d’orientation des collégiens d’Ile-de-France. La mobilisation de l’évaluation économétrique, par la méthode de régression sur discontinuité, a permis d’estimer que la politique de la Ville présente un effet positif en diminuant le taux de redoublement mais échoue dans son ambition d’ouverture à des parcours scolaires diversifiés.

En résumé, cette thèse fournit une explication de l’apparition de la ségrégation urbaine qui semble inéluctable dans les espaces urbains. Elle fournit également un ensemble de preuves théoriques et empiriques de l’influence de cette dernière sur
les relations à l’emploi et à l’éducation des habitants de ces villes venant fournir une explication à la perduration de la ségrégation dans les villes.

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