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Cités éducatives : des projets qui ne doivent pas se faire à marche forcée (Sgen-Cfdt)

4 novembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Cités éducatives : des projets qui ne doivent pas se faire à marche forcée

80 sites d’éducation prioritaire ont été retenus pour bénéficier du label d’excellence : "Cité éducative", délivré par le Ministère. Ces cités visent à intensifier les prises en charge éducatives des enfants à partir de 3 ans et des jeunes jusqu’à 25 ans.

Quartiers prioritaires et politique éducative

Cités éducatives : des projets qui ne doivent pas se faire à marche forcée

Depuis presque quarante ans avec la création des Zones d’Éducation Prioritaire, la fracture sociale et éducative entre les quartiers populaires et le reste du pays n’a cessé de croître. Malgré de nombreuses politiques volontaristes, les jeunes de ces quartiers s’insèrent plus difficilement dans la vie active.

Le manque de mixité sociale et le manque de cohérence entre les actions des acteurs locaux rendent difficile l’accompagnement de tous. Pourtant, comme le dit la Cour des Comptes (rapport sur l’Éducation prioritaire de 2018), cette fracture aurait été encore plus grande si les dispositifs qui se sont succédé n’avaient pas été mis en place.

Le projet de « cité éducative » se veut un objectif ambitieux pour les quartiers d’Éducation prioritaire, doit associer les acteurs en amont, dès la conception du projet et s’appuyer sur les réseaux existants.

Reste maintenant à faire que ces cités ne soient pas une strate administrative qui viendrait alourdir le fonctionnement des réseaux existants, et qui de plus serait oublié dans trois ans au profit d’un autre.

Cités éducatives : un projet qui doit s’ancrer sur un territoire

Basées sur l’expérience menée à Grigny, les cités éducatives visent avant tout à mettre en cohérence des actions qui, pour beaucoup, existent déjà : aides aux devoirs, soutien à la parentalité, actions éducatives de proximité, aide à l’insertion professionnelle des jeunes.

Les collectivités retenues, qui avaient un calendrier très serré – trop serré – pour déposer les dossiers, vont pouvoir se répartir un budget conséquent, près de 34 millions d’euros par an, pour concevoir une politique de territoire en accord avec les partenaires locaux.

Un budget de près de 34 millions d’euros par an…

Le ministère présente les Cités comme une co-construction entre Éducation nationale, collectivité territoriale, Caisse d’Allocations Familiales, parents, associations locales, conseil départemental.

L’objectif est bien de créer de la cohérence dans l’offre existante et de créer des projets innovants pour les jeunes, basés sur un diagnostic de territoire.

Les fonds seront versés au collège de secteur, tête de réseau car disposant d’un statut juridique, le principal de collège étant l’ordonnateur des dépenses afférentes à la cité. Il est à noter que les écoles, n’ayant pas à ce jour de statut juridique, ne peuvent prétendre à ce rôle.

Une nécessaire articulation avec les réseaux d’éducation prioritaire

Si le Sgen-CFDT encourage une plus grande cohérence des moyens et actions menées sur ces quartiers, comme sur l’ensemble du territoire, il interroge l’articulation qui sera faite avec les réseaux d’éducation prioritaire.

Clarifier les prérogatives de chacun…

Il sera nécessaire de clarifier les prérogatives de chacun. Il ne s’agit pas de substituer un projet à un autre… même pour y allouer une aide financière. Une réflexion poussée sur la raison d’être de ces Cités éducatives nous semble nécessaire. Cette réflexion doit en outre être posée en lien avec la problématique de la mixité sociale et scolaire.
Un calendrier contraint

Le ministère procède par injonctions, rendant contraint le travail des acteurs de terrain.

Pour le Sgen-CFDT, une telle ambition ne peut prendre sens qu’en associant chaque acteur du territoire à toutes les étapes de la construction des cités éducatives. Sans cela, fort est à parier que les cités éducatives seront des dispositifs qui ne pourront perdurer et être efficaces.

associer chaque acteur du territoire à la construction du projet

Mettre les différents partenaires autour d’une table, bâtir des actions communes et complémentaires dans le respect des spécificités de chacun, voilà toutes les bases d’une coéducation efficace. Malheureusement, ce n’est pas le chemin emprunté ; le Ministère met en place un rouleau compresseur qui oublie notamment les enseignant·es du premier ou du second degré, des partenaires pourtant incontournables de ces cités.

Des actions intéressantes

Parmi les actions proposées, on peut ainsi noter sur des territoires : l’engagement d’un chargé de mission pour piloter le projet, des vacations psychologiques pour des élèves en lien avec le CMPP, l’embauche d’éducateurs spécialisés pour assurer le suivi de certains enfants entre les différents temps (scolaires, périscolaires et extrascolaires), accueil des enfants de migrants et de leur famille, actions de parentalité pour permettre aux familles de mieux connaître les codes de l’école, actions de prévention de santé.

Laisser de l’autonomie aux acteurs…

L’idée de construire des actions au plus près des besoins de chaque territoire est une bonne chose. Pour le Sgen-CFDT, il convient cependant de laisser aux acteurs une certaine autonomie tant dans la conception que dans la mise en œuvre. En effet, trop souvent, parce qu’il est le financeur, l’État tend à vouloir systématiquement piloter – au risque de freiner les énergies locales. Ceci se retrouve dans ces quartiers ciblés, mais également sur tout le territoire.

Coordination et pilotage : deux éléments incontournables !

Dans cette perspective, la place du coordonnateur de réseau doit elle aussi être évoquée.

Sera-t-il sollicité pour remplir les fonctions de chargé de mission ? Interface entre tous les acteurs, ayant une connaissance des partenaires et du territoire et, indépendant des entités écoles et collège, sa présence semble incontournable.

Un pilotage partagé est à construire. Il est temps de repenser de nouvelles modalités de gouvernance.

Temps, valorisation et reconnaissance : enjeu de réussites

Bien évidemment, c’est de temps de concertation dont les acteurs vont avoir besoin.

Les personnels de l’Éducation nationale de ces territoires disposent déjà d’heures de pondération dans le second degré et de journées banalisées dans le premier degré, pour réfléchir ensemble à la mise en œuvre des actions.

Le Sgen-CFDT soutient cette évolution vers des temps de concertation inclus dans le temps de travail (et s’accompagnant d’une diminution du temps face élève). Mais, depuis cette mise en place, nombre de collègues se voient imposer des heures supplémentaires destinées à compenser la pondération… Par ailleurs, la plupart des formations ou échanges prévus dans ces moments collectifs sont imposés aux équipes.

C’est de temps de concertation dont les acteurs vont avoir besoin…

Cependant, pour aller dans le sens des Cités éducatives, ce temps ne suffira pas tant ces personnels ont « le nez dans le guidon ».

Il faudra en effet que les acteurs de l’Éducation nationale puissent avoir des temps de concertation spécifiques avec l’ensemble des autres partenaires. C’est là que le bât blesse. Avec les réunions institutionnelles, les conseils divers et variés, la préparation de la classe, il est fort à parier que les enseignant·es soient saturé·es et ne puissent s’engager plus avant dans ce projet.

Valoriser les temps de travail en dehors du cadre institutionnel…

C’est d’autant plus vrai que pour beaucoup d’entre eux, ces temps en dehors du temps institutionnel ne sont pas valorisés. Il est donc nécessaire de reconnaître ce temps comme un véritable temps de travail pour les personnels. C’est en les engageant dans une démarche partenariale reconnue que l’Éducation nationale arrivera à stabiliser les équipes sur ces territoires.

Si l’on fait réellement confiance aux équipes, si elles sont impliquées à toutes les étapes, le projet de « cité éducative » peut être gagnant pour les enfants, les jeunes et la communauté éducative.

Extrait de sgen-cfdt du 22.10.19

 

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