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Continuité éducative : "une école d’exception ou d’exclusion ?" (Gfen)

30 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

L’école d’exception

[...] Une école d’exception ou d’exclusion ?
Lorsque les connexions furent à peu près possibles, on put mesurer la réalité sociale du réseau. Peu nombreux·ses furent les élèves qui répondirent présent·es : des élèves en réussite scolaire surtout, des élèves équipé·es sur le plan informatique et accompagné·es par leur(s) parent·e(s) dans leur scolarité, disposant d’espaces dédiés. La crise sanitaire révèle, au passage, un problème de l’Éducation nationale : l’enseignant·e et les familles doivent être équipé·es à leurs frais de tout l’appareillage nécessaire. Travailleur·ses et usager·ères se retrouvent ensemble dans la même obligation de puiser dans leurs ressources financières personnelles pour assurer un droit fondamental de la nation : le droit à l’éducation. On imaginerait mal le droit à la santé répondre aux mêmes règles ... La situation, si elle perdure, va, sans nul doute creuser, un peu plus encore, les inégalités entre les élèves en réussite et celleux qui ont du mal à construire le sens de l’école.
Les parent·es les plus connivent·es avec les attentes de l’école s’en remettent d’ores et déjà aux nombreuses plateformes payantes en ligne pour assurer la continuité du service public d’éducation - la tragédie sanitaire est une aubaine pour de nombreuses entreprises. Le malheur des un·es...
Pour l’heure, l’école à distance annonce donc le retour, publiquement assumé, d’une école indifférente aux différences. Mais quand bien même chacun·e serait formé·e et outillé·e, quand bien même l’Etat aurait pris ses responsabilités en matière d’équipement, le problème de la « continuité pédagogique » serait-il pour
autant résolu ?

Continuité pédagogique ? Mais de quoi parle-t-on ?
L’école est un espace-temps dans lequel des enfants différents se retrouvent pour « apprendre ensemble », comme le rappelle Philippe Meirieu. Qui peut croire que l’enseignement individualisé par écran interposé peut efficacement s’y substituer ? Nous, éducateur·rices et enseignant·es membres du Groupe Français d’Éducation Nouvelle (GFEN), défendons et mettons en pratique une idée simple (mais qui n’évacue pas la complexité) : on apprend toujours pour soi, mais jamais sans les autres. Nos pratiques pédagogiques tiennent compte de l’importance de la mobilisation de chacun·e. Cette mobilisation - qui ne va jamais de soi,
même pour celleux qui réussissent - nous en sommes tous capables. Elle ne peut se réaliser que lorsque les dimensions individuelles, personnelles et subjectives rencontrent la dimension collective, lorsque le sujet rencontre le groupe, lorsque l’individu rencontre la société. Dans la coopération bien sûr, mais aussi dans la
confrontation et la contradiction.
C’est pourquoi nous faisons le pari de « recréer » en groupe les textes au programme. C’est pourquoi nos travaux de groupe commencent toujours par un travail individuel. C’est pourquoi le « texte à trous » passe par des conflits socio-cognitifs au sein de petits groupes, puis du grand groupe. C’est pourquoi « la lecture
silencieuse avec questions préalables » fait appel aux représentations des élèves pour les mettre à l’épreuve (scientifique) du réel, les déconstruire pour les reconstruire et les laisser en recherche au sein de débats. C’est
pourquoi retirer les questions (de l’enseignant·e) pour que les élèves puissent s’en poser est souvent nécessaire. C’est pourquoi nous inventons des ateliers d’écriture et d’arts plastiques dans lesquels les élèves conçoivent et produisent des objets, des idées et des textes ensemble. Autant de pratiques que nous diffusons
régulièrement dans nos stages et nos publications. Tout ceci est impossible, interdit, confisqué lorsque nous restons entre nous, qui plus est confiné·es derrière nos écrans.
La relation professeur·e-élèves et les relations élèves-élèves ne prennent sens que dans le groupe classe, qu’au sein du groupe établissement regroupant toute la communauté éducative. Nos démarches sont donc issues d’un long travail entremêlant collectif et individuel, héritières d’une longue réflexion théorique et
pratique. Aujourd’hui, même confiné·es, nous persévérons à nous mettre en recherche pour trouver des pratiques qui correspondent à nos valeurs - la tâche n’est pas aisée - car nous n’abandonnerons l’école ni aux avocat·es de l’individualisme, ni aux responsables de sa décomposition, ni aux détaillant·es de solutions factices.

Extrait de gfen.asso.fr du 24.03.20

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