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Une députée propose d’installer l’enseignement à distance comme une "solution alternative". La réaction du Snupden-Fsu (le Café, ToutEduc)

27 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Une proposition de loi pour installer le distanciel
Elle fait couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux. La proposition de loi de la députée LR Frédérique Meunier est pourtant portée par cette seule députée. Mais son application changerait radicalement la donne à l’éducation nationale.

Tirant parti de la crise sanitaire et de la "continuité pédagogique" réalisée par les enseignants, le texte veut rendre obligatoire l’enseignement à distance dans le système éducatif. Il instaurerait l’enseignement hybride comme une obligation constante pour l’Etat.

" Pour les lycées et collèges, cela permettrait aux élèves de trouver sur la plateforme dédiée les cours en ligne, en vidéo, avec une interactivité avec l’enseignant sur des moments spécifiques... Pour les écoles élémentaires, cela permettrait aux parents et aux élèves de retrouver les devoirs et les cours à la maison... Inclure l’enseignement distanciel comme un complément voire une solution alternative, afin de pallier des absences imprévues, élèves malades mais qui peuvent suivre les cours à distance, élèves bloqués par l’absence de transports en commun, intempéries... tel est l’objet de la présente PPL", écrit la députée.

Evidemment ce qui fait tiquer c’est faire de cet enseignement une "solution alternative" comme l’envisage la députée. Son projet de loi aboutirait à réduire énormément l’offre éducative en organisant un service où le télé enseignement s’adresserait à tous les élèves et remplacerait la majorité des cours.

Mais cette proposition de loi manque de soutien. Elle a bien un intérêt budgétaire évident. Mais elle ignore la leçon des semaines de confinement que parents, enseignant et peut-être même le ministère, sont en train de tirer. L’enseignement à distance mis en place durant le confinement n’a pas remplacé l’enseignement habituel. Pour une minorité des élèves elle ne les a pas empêché de progresser et d’avancer dans les programmes. Certains parents ont fait appel à du préceptorat privé pour accompagner leur enfant. Pour une minorité beaucoup plus importante, la "continuité pédagogique" s’est traduite en fait par un éloignement de l’enseignement. Le ministère avance 4% de décrocheurs tous niveaux confondus. Mais c’est une façon de ne pas dire que cela concerne un pourcentage très important des lycéens professionnels et des élèves de l’éducation prioritaire.

Installer définitivement l’enseignement à distance comme "une solution alternative" , comme le souhaite la proposition de loi, ramènerait le système éducatif très loin en arrière et aggraverait nettement les inégalités scolaires. Il ya surement d’autres leçons à tirer du confinement et de l’effort réalisé par les enseignants pour s’emparer au mieux des outils numériques.

La proposition de loi

Extrait de cafepedagogique.net du 26.05.20

 

Une proposition de loi pour rendre obligatoire le service public du numérique éducatif, un signe parmi d’autres d’une réforme de fond à venir pour le SNUPDEN-FSU

Le code de l’éducation prévoit déjà qu’ "un service public du numérique éducatif et de l’enseignement à distance est organisé", notamment pour "mettre à disposition des écoles et des établissements scolaires une offre diversifiée de services numériques" et pour "proposer aux enseignants une offre diversifiée de ressources pédagogiques" (ici). Frédérique Meunier, députée (LR), propose d’y ajouter un mot "obligatoirement". Sa proposition de loi (ici), explique-t-elle dans l’exposé des motifs ajouterait "l’enseignement distanciel comme un complément voire une solution alternative" à la scolarisation "dans une école ou un établissement d’enseignement (public ou privé)" ou en famille et il permettrait "de pallier des absences imprévues, élèves malades mais qui peuvent suivre les cours à distance, élèves bloqués par l’absence de transports en commun, intempéries..."

Elle présente en effet "l’enseignement distanciel comme une alternative au présentiel" qui permettrait, pour les élèves du 1er degré et leurs parents "de retrouver les devoirs et les cours à la maison", pour les élèves du 2nd degré "de trouver sur la plateforme dédiée les cours en ligne, en vidéo, avec une interactivité avec l’enseignant sur des moments spécifiques" et pour les étudiants d’ "éviter des frais de logement".

Pour le SNUPDEN, cette proposition de loi s’inscrit dans "un ensemble d’éléments étranges" qui donnent à penser qu’ "une réforme de fond" est "en vue". Le syndicat FSU des personnels de direction note en effet que "certains corps d’inspection et Dasen distillent déjà l’idée que la rentrée de septembre pourrait bien se dérouler de manière hybride", et il y voit "un prétexte à faire avancer contre vents et marées des réformes portées par des tenants d’un libéralisme débridé visant à déstructurer l’Education nationale et à ouvrir grand la porte aux logiques privées". Il s’agirait en effet de retirer "des pans entiers" des enseignements dispensés à l’Ecole réduite "à des enseignements dits fondamentaux" et de "renvoyer l’éducation des élèves à des formes de plus en plus individualisée", aux dépens des liens sociaux. Le problème posé n’est "plus simplement le problème du niveau scolaire mais de la souveraineté du peuple".

Extrait de touteduc.fr du 26.05.20

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