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"Débat : Faut-il enseigner l’écriture inclusive ?". Les difficultés en lecture et en rédaction en contexte scolaire (The Conversation)

12 novembre 2020 Version imprimable de cet article Version imprimable

Débat : Faut-il enseigner l’écriture inclusive ?
Anne Dister
Chargée de cours en linguistique française à l’Université Saint-Louis - Bruxelles, AUF (Agence Universitaire de la Francophonie)

Dominique Lafontaine
Professeure en sciences de l’éducation, Université de Liège

Marie-Louise Moreau
Professeure émérite de l’Université de Mons, AUF (Agence Universitaire de la Francophonie)

Quels objectifs poursuit ce qu’on appelle l’écriture inclusive ? Pour l’essentiel, cette écriture vise à rendre les femmes davantage visibles, en indiquant explicitement leur présence, et à mettre fin à la supposée domination du masculin grammatical.

Sur le plan linguistique et sociolinguistique, on peut distinguer trois volets qui nous renseignent sur le traitement que l’école devrait leur réserver.

[...] Contexte scolaire
Les nouvelles formes se révèlent par ailleurs problématiques à plus d’un égard, notamment pour l’école.

Les exemples l’indiquent à suffisance, l’adoption de ces nouvelles normes se traduit par un plus grand écart entre l’oral et l’écrit : comment lit-on à voix haute Certain-e-s employé-e-s communaux-ales sont mécontent-e-s ? Cela engendre aussi une complexification évidente des règles orthographiques, alors que les modifications proposées sont loin d’être stabilisées et qu’elles entrent en conflit avec les normes ordinaires.

Si on sait qu’une proportion importante d’enfants – plusieurs recherches sont là-dessus convergentes – maitrisent mal les accords orthographiques en genre et nombre à l’entrée dans le secondaire, on peut pressentir que les nouvelles formes seront moins libératrices que génératrices de difficultés accrues, et donc d’exclusion.

La lecture de textes avec de nombreuses formes doubles se trouve également complexifiée. Or plusieurs enquêtes internationales indiquent qu’en Belgique et en France, à 10 ans, et encore à 15 ans, les élèves restent nombreux à rencontrer des difficultés dans la compréhension de textes.

Parce qu’elles compliquent les tâches de décodage lors de la lecture, les nouvelles normes risquent d’alourdir ces déficits et d’exclure de la communication écrite encore plus d’enfants, mais aussi, parmi les adultes, ceux qui ont des rapports tendus avec l’écrit.

Pour la rédaction, les procédés qui permettent de contourner le masculin et les doublets ne sont souvent pas à la portée du plus grand nombre. Écrire un texte clair, précis et stylistiquement satisfaisant pourrait devenir l’apanage d’une élite, et la rédaction appropriée d’un texte (une lettre, un post, un courriel…) serait ressentie comme un objectif inaccessible par bon nombre de personnes.

Dans les trois volets distingués ici, les intentions des partisans de l’écriture inclusive sont dictées par un même souci d’assurer une meilleure égalité des hommes et des femmes. Dans les deux premiers, les changements linguistiques souhaités ne rencontrent pas de réels obstacles, si ce n’est la résistance habituelle de beaucoup aux innovations.

Dans le troisième, en revanche, le projet démocratique se heurte à un autre objectif tout aussi démocratique : assurer un accès égal de tous, femmes et hommes, petites filles et petits garçons, à la pratique de la langue. Or, en voulant atteindre le premier, on risque sérieusement de handicaper la poursuite de l’autre. Inclure sans exclure, serait-il si difficile ?
Extrait de theconversation.com du 08.11.20

 

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