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09/11 - A l’IUFM de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) (La Parisien)

10 novembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Parisien » du 09.11.04 : à l’IUFM de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis)

« Ma réussite sera une motivation pour mes élèves »

Elles sont quatre rassemblées dans une petite salle de l’IUFM (institut universitaire de formation des maîtres) de Livry-Gargan en Seine-Saint-Denis, une des « écoles de profs » qui accueille le plus d’étudiants « issus de l’immigration », environ deux cents sur le millier de stagiaires. Prêtes à discuter de leurs origines, à savoir si cette spécificité va faire d’elles des professeurs différentes dès la rentrée de septembre 2005. Ce qui n’est pas aussi simple pour nombre de leurs « confrères. Au début, d’ailleurs, elles aussi hésitent, se disent « être comme les autres ». « Enseigner, c’est dur, assène Sabrina, 28 ans, dont les parents ont débarqué d’Algérie avant sa naissance. Alors, on partage tous, quel que soit le milieu d’où l’on vient, cette difficulté. »

Mais peu à peu, elles se lâchent. Assument en quelque sorte. Latifa, longue brune de 24 ans, large pantalon kaki et bandeau dans les cheveux, qui a poursuivi une brillante scolarité à Aulnay et vit toujours au cœur de la cité des 3000, se souvient de ses années lycée. « Pendant le ramadan, un prof de gym nous faisait faire de l’endurance. Après le cours, la majorité de la classe pouvait se désaltérer, nous, on ne pouvait pas boire. Jamais je ne pourrai imposer une chose pareille à mes élèves ! » Son papa, ouvrier, sa maman, femme de ménage, tous deux marocains et illettrés, l’ont toutefois constamment encouragée. « Même lorsque les parents parlent une langue étrangère à la maison, vivent au cœur d’une banlieue pas favorisée, qu’on est scolarisé dans des établissements classés sensibles, on peut poursuivre des études. Je véhicule cette image de réussite, alors je crois que ce sera une motivation pour mes futurs élèves. »

« Je me suis battue pour en arriver là »

Hakima, 30 ans, au parcours pratiquement identique, vient de terminer un stage dans un CM 2 à Saint-Denis. « Des mots sur le carnet de correspondance de mes élèves étaient écrits par certains enfants. Je me suis reconnue. Comme mes parents ne savaient pas écrire, c’est moi qui le faisais à leur place. Peut-être qu’une autre enseignante n’aurait pas apprécié, moi, j’ai compris... »

Elle insiste sur les relations avec les familles. « Mes élèves ont tout de suite cherché à savoir quelle était ma religion, d’où je venais. J’ai juste dit que j’étais française. A la sortie, je voyais que les mamans me souriaient, elles devaient se sentir plus à l’aise avec moi. » Latifa acquiesce. Elle a aussi assumé la responsabilité d’une classe en début d’année. « Un petit garçon n’allait pas bien mais il n’arrivait pas à m’expliquer son problème. Je lui ai demandé que sa maman vienne. Il m’a répondu que c’était impossible, qu’elle ne parlait pas français. Je lui ai dit qu’on allait s’arranger. Sa mère s’est présentée, on a discuté en arabe, on a résolu le problème. C’était la première fois qu’elle osait entrer dans l’établissement. »

Hanele, dont « le rêve est atteint puisque je suis maîtresse », sourit. Oui, elle croit farouchement qu’elle va apporter « un plus » aux élèves dont elle va croiser la route. « Je me suis battue pour en arriver là, c’est possible. Cette force, je sens que je pourrai la communiquer, je veux enseigner en ZEP, ça me stimule », s’enflamme la jeune femme d’origine tunisienne. Elle évoque le printemps 2003 où elle n’était encore que surveillante au lycée Louise-Michel à Bobigny, celui-là même où elle a passé son bac. « J’entendais des phrases dingues prononcées par des enseignants en grève comme ici, il y a trop de musulmans, on ne peut plus faire cours . Je ne répondais rien mais ça m’a fait mal. » Alors, elle se dit que peut-être, elle va pouvoir changer ces mentalités, « heureusement pas partagées par tous ». Malgré ce « savoir-faire » des cités indéniable, elles refusent toutes d’être « rangées dans une case ». « J’ai bien réussi grâce à des profs qui n’avaient rien à voir avec moi, conclut Latifa, mais qui ont cru en moi… »

LLF.

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