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Pré-Assises. Concertation. Un important ensemble de propositions du CRAP sur l’éducation prioritaire (extrait d’un dossier de 69 p., sept. 2012)

25 septembre 2012 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du site du CRAP du 24.09.12 : Contributions à la concertation

 

Relevons les propositions concernant le groupe 3, pages 40-43 du document)

 

Une école plus juste pour tous les territoires

Principes :
- 1. Recentrer la politique de l’éducation prioritaire sur les problèmes d’apprentissage des élèves, et non pas sur des questions de traitement des violences et incivilités.
- 2. Affirmer, plus qu’ailleurs, l’impératif d’une école pour tous, sans élitisme, sans se satisfaire de la réussite de quelques-uns : une école où chacun est accueilli, où chacun trouve sa place, où chacun progresse dans ses apprentissages.
- 3. Poursuivre la logique de dispositifs spécifiques : non pas simplement, ou seulement, « donner plus à ceux qui ont moins », formule pauvrement quantitative, mais plutôt « donner autrement à ceux qui fonctionnent autrement », promouvoir un enseignement différent à destination de ceux qui entretiennent un rapport conflictuel à l’école.

Propositions :
Un fonctionnement local qui autorise des marges de manoeuvre aux acteurs
- 1. Conserver le choix actuel d’une politique spécifique concentrée sur un petit nombre d’établissements en difficulté, ces dernières années identifiés par un label « ambition réussite », puis « éclair », afin d’en permettre le suivi national et de favoriser des mutualisations de réflexions et de pratique.
- 2. Développer une politique adaptée aux établissements actuellement en « réseau de réussite scolaire », sans limiter le suivi particulier que nécessite certaines situations à la diminution du nombre d’élèves par classe.
- 3. Développer à différents niveaux la logique de réseau, en articulant plus fortement l’action de l’éducation nationale avec les projets éducatifs locaux : intégrer les apports des collectivités locales, des établissements culturels, des associations comme partenaires et pas seulement prestataires de services.
- 4. Instituer un conseil pédagogique de réseau, avec un président différent du responsable administratif, en charge de la coordination des actions pédagogiques et du suivi
des responsabilités pour la mise en oeuvre des priorités retenues.
- 5. Supprimer l’appellation « préfet des études », peu adaptée à des professionnels des apprentissages, et surtout privilégier l’attribution aux personnels surnuméraires de missions transversales, au niveau des cycles pluriannuels ou bien de l’ensemble de la scolarité, à l’échelle de l’ensemble du réseau.
- 6. Privilégier les réseaux regroupant plusieurs établissements (deux ou trois collèges, une dizaine d’écoles) pour atteindre une taille critique permettant d’envisager la mutualisation de moyens, l’organisation de diverses formes de formation, des modalités de gouvernance variée.

Un fonctionnement pérenne grâce à la stabilité des équipes
L’affectation des personnels dans les établissements les plus en difficulté doit être :
- 1. transparente : un postulant doit pouvoir connaitre les spécificités du poste, avoir pu contacté ses futurs collègues, prendre connaissance du projet d’établissement, du contexte local au moment de la formulation de sa demande ;
- 2. suivie : le nouvel affecté doit avoir des garanties en termes d’accompagnement dans la prise du poste, de formation aux spécificités du contexte, ainsi que sur des questions matérielles (possibilité de logement à proximité de l’établissement, prise en compte des problèmes de transport, etc.) ;
- 3. pérenne : tous les personnels doivent être titulaires de leur poste, exerçant tout leur service dans le même établissement, les effectifs comme l’organisation du travail devant permettre d’assurer la continuité de la présence des adultes devant les élèves.

Le recrutement et l’affectation sur les postes d’encadrement, de coordination ainsi que pour les fonctions spécifiques doit se faire selon des modalités particulières, en accord avec les principes de l’éducation prioritaire.

Des écoles efficaces grâce à des professionnels des apprentissages
- 1. Développer la culture pédagogique et la maitrise de la didactique des différentes disciplines plutôt que seulement « favoriser l’innovation », en s’appuyant sur le capital des recherches, réflexions et pratiques discutées et élaborées depuis, au moins, les
premiers temps de l’éducation prioritaire.
- 2. Développer la co-formation des différents acteurs plutôt que « mutualiser les bonnes pratiques » : acquérir des gestes professionnels nécessite, à l’échelle individuelle comme collective, de s’approprier des notions, des démarches, des outils pour ajuster son action à des contextes toujours particuliers.
- 3. Articuler dans la formation continue l’élaboration et le suivi d’actions locales avec l’apport de ressources extérieures : partenaires associatifs locaux, mouvements pédagogiques et associations complémentaires, chercheurs.
- 4. Diversifier les conditions d’exercice des personnels, dans la logique entamée avec les professeurs référents et les assistants pédagogiques : co-intervention, prise en charge de groupes d’élèves de taille adaptée, attribution de responsabilités variées dans le fonctionnement de l’établissement. Plus qu’ailleurs, le métier de professeur, centré sur des temps d’enseignement disciplinaire face à un groupe fixe d’élèves,
modalité que l’on sait souvent éprouvante, doit évoluer.
- 5. Autoriser les professeurs à disposer de marges de manoeuvre sur les contenus d’enseignement : faire progresser les élèves en difficulté ne nécessite pas seulement de diversifier les méthodes pédagogiques pour travailler les mêmes savoirs et compétences qu’ailleurs, mais également de définir des priorités à l’intérieur et entre les
disciplines.
- 6. Évaluer l’action des équipes enseignantes et éducatives en prenant en compte toute la complexité des actions pédagogiques, en valorisant les réussites, en recherchant les points d’appui pour les évolutions possibles. Les indicateurs chiffrés ne doivent être que des éléments parmi d’autres d’une telle évaluation.

Des écoles accueillantes
- 1. Améliorer l’image des établissements dans leur quartier passe d’abord par leur apparence et leur aménagement : des grilles et caméras à l’entrée, des toilettes cadenassées ou insalubres, des locaux bruyants, des espaces sans végétation délivrent un message négatif à ceux qui fréquentent le lieu. Si une école ouverte sur son environnement n’est pas pour autant sans limites, matérielles et symboliques, la sécurité des élèves ressort d’abord de préoccupations et d’actions éducatives, de la part de personnels présents disponibles.
- 2. Plus qu’ailleurs, favoriser les activités qui permettent d’intégrer l’école dans son quartier : présence dans les écoles et établissements de locaux pour les associations, pour des activités culturelles et sportives, etc.

Argumentaire
- Pour les Cahiers pédagogiques, revue issue d’une initiative ministérielle instituant en 1945 des dispositifs dérogatoires intitulés « classes nouvelles », donc dès l’origine de bulletin de liaison entre enseignants mettant en oeuvre des pratiques différentes pour améliorer les
apprentissages et l’éducation de la jeunesse, la politique d’éducation prioritaire est pertinente comme réponse aux inégalités de réussite scolaire constatées selon les territoires.
Trente ans après sa mise en place, il s’agit surtout de s’appuyer sur l’existant pour en pérenniser et développer les réussites. Si la politique des zep n’a pas eu globalement l’efficacité souhaitée, elle a abouti à des avancées quand les conditions locales étaient réunies.
Les études et rapports produits, même incomplets, les dispositifs et fonctionnements expérimentés, quels que soient leurs limites, l’engagement indéniable de bien des personnels constituent un capital qu’il s’agit avant tout de faire fructifier.

Pour cela, il faut à la fois freiner et accélérer.
Freiner, en ne faisant pas table rase de l’existant, en évitant les annonces tonitruantes, les labels ronflants, les prétentions à obtenir des résultats rapides grâce à quelque solution miracle, toutes choses qui ont plutôt tendance à démobiliser les personnels qu’à les encourager et les outiller. S’il y a un message fort à faire passer auprès des personnels de ces établissements, c’est un engagement de l’institution à les accompagner de façon durable dans leurs missions et leurs efforts.

Accélérer, dans le sens des réussites constatées, en particulier dans le recentrage sur les questions pédagogiques, la différenciation des métiers (professeur référent, assistant pédagogique), dans des modalités variées de pilotage.

Freiner, en ne faisant pas de « l’innovation pédagogique » une injonction vis-à-vis des équipes : d’abord parce que l’innovation doit avant tout s’appuyer sur une large culture en matière de pédagogie et de didactique, loin d’être très répandue dans notre système ;
ensuite parce qu’il est du ressort de l’institution de mettre à disposition des enseignants des ressources en termes d’accompagnement et de formation pour permettre d’assurer leur mission, sans forcément être « innovant ».

Accélérer, en contribuant à la professionnalisation des personnels, en évitant la caricature de « bonnes pratiques » qu’il suffirait de diffuser et mettre en oeuvre.

Freiner, en faisant le point sur les solutions initiées d’un établissement autour des missions des professeurs référent, en étudiant soigneusement intérêts et limites de leur fonctionnement.

Accélérer, en donnant aux établissements les moyens de permettre à tous les personnels d’acquérir et exercer des compétences variées prenant en charge toute la diversité des tâches éducatives : relations avec les parents, avec les partenaires, suivi de l’orientation des élèves, responsabilité de la mise en oeuvre des diverses « éducations à… », etc.

Coordonner ainsi cette politique et ses établissements nécessite des modes de fonctionnement stable, une organisation du travail réfléchie, précise. Les établissements de l’éducation prioritaire ont trop souvent été soumis aux aléas de la personnalité et des compétences du chef d’établissement. Ils doivent fonctionner selon une répartition claire
des responsabilités, selon une logique qui permette d’associer fortement tous les personnels à l’élaboration et à la prise des décisions.

Références Cahiers pédagogiques :
n° 499 : « L’éducation prioritaire »
n° 467 : « L’égalité des chances »

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