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Les points de vue d’une sociologue (Lettre de l’IRDSU) et de "Questions d’Educ" (UNSA Education) sur la difficile construction d’une politique éducative territorialisée

21 janvier 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

Education nationale : le retour à « la chasse gardée » ? Le rôle de la Politique de la ville
par Fabienne Messica, sociologue, spécialiste des politiques éducatives locales.

En investissant progressivement le champ de l’éducation1, la Politique de la ville a inscrit son action au delà du champ de la prévention de la délinquance qui était son premier cadre d’intervention auprès des jeunes. Elle s’est fixé un objectif majeur : lutter contre les conséquences scolaires et éducatives des inégalités sociales. Deux rapports récents de la Cour des comptes (2009 et 2012) pointent cependant les risques de redondance entre son offre (aide aux devoirs, apprentissage de la lecture le soir, activités diverses etc) et celle de l’Education nationale (activités le soir, soutiens pédagogiques) ; au risque de remettre en cause les dynamiques de coopération entre les collectivités locales et l’Education nationale.

[...] Les lignes bougent pourtant et deux tendances contradictoires se manifestent. D’un côté, la concurrence avec l’Education nationale semble s’accroître : cette dernière intervient désormais sur le temps périscolaire (mise en place de l’accompagnement éducatif depuis 2008 dans les écoles élémentaires des quartiers prioritaires et dans tous les collèges) et reprend à son compte le concept de « réussite éducative » pour ses propres dispositifs ; d’un autre côté,
l’interdépendance des acteurs par exemple pour organiser la journée et la semaine des enfants les conduit à coopérer plus étroitement ; enfin une évolution « philosophique » les rassemble avec la prise en compte plus forte des parents ou de la singularité des individus.
C’est pourquoi, je crains que les rapprochements entre les acteurs municipaux, les associations et l’école ne soient progressivement mis en échec par des orientations politiques qui favorisent la concurrence de « compétences » autour de l’éducation. Or, revenir à une conception réductrice plaçant l’école au centre et la ville en périphérie, viendrait briser des dynamiques et tarir toute une énergie orientée vers le changement. Si l’Etat comme il le manifeste est réellement mû par une volonté de réforme tant de l’école que de la Politique de la ville, il est temps de la traduire par une orientation politique et un cadre juridique qui prennent acte de ces dynamiques et qui facilitent des coopérations locales sans lesquelles toute réforme sur le champ
éducatif ne pourra intervenir qu’à la marge.
C’est d’autant plus crucial et urgent que la question de l’éducation est au coeur de la lutte contre les inégalités au même titre que le logement et l’emploi. C’est aussi un enjeu de démocratie locale qui demande à associer les habitants, organisés ou pas, aux décisions dans ce domaine ; ce que l’école réalise encore difficilement et surtout, qui ne peut réussir sans l’engagement des villes dans un projet éducatif réellement démocratique et vigoureusement impliqué dans la lutte contre les inégalités.
Fabienne Messica, sociologue,
Contact : fabienne.messica@wanadoo.fr.
06 63 73 37 39

Extrait de irdsu.net : Education nationale : le retour à « la chasse gardée » ?

 

Vers des politiques éducatives territorialisées dans "Questions d’éduc’" (UNSA Éducation)

Avec l’autonomie de l’EPLE et la création de zonage comme les ZEP, la territorialisation est progressivement en oeuvre dans l’Éducation nationale. Ainsi émergent de nouvelles politiques éducatives, dont l’enseignement agricole avait déjà ouvert la voie.
Mais, depuis les années 1980, ce sont surtout la globalité éducative et l’articulation des actions des différents acteurs éducatifs qui sont interrogées sur les territoires.

[...] Qu’est-ce qu’un Projet éducatif local ?

La notion de Projet éducatif local (PEL) est apparue dans les années 80, dans le cadre des politiques publiques d’aménagement des rythmes de vie de l’enfant et de la politique de la Ville.
Deux objectifs furent mis en avant : d’une part mettre de la cohérence entre les activités scolaires et hors temps scolaire et, d’autre part, répondre aux inégalités sociales des territoires.
Des villes comme Rennes ont voulu aller plus loin et ont avancé l’idée de « villes éducatrices » pour promouvoir des politiques éducatives intégrant l’Éducation formelle, non formelle et informelle, et favorisant une autre conception de l’Éducation.
De là sont nés le « Réseau Français des villes éducatrices » et la « Charte des villes éducatrices ». Plus récemment, des partenaires d’horizons institutionnels divers (associations d’Éducation populaire, réseau des acteurs de la réussite éducative, syndicats dont l’UNSA Éducation, etc) ont rédigé et signé « l’appel de Bobigny » en faveur d’une politique d’Éducation globale et ambitieuse.

Le PEL – ce que la Loi devrait inscrire :
- le rôle de pilotage de l’État : l’Éducation globale doit rester une mission de l’État, ce qui n’empêche pas d’instaurer une gouvernance avec les collectivités territoriales ;
- la nécessité de l’égalité entre tous les territoires.

Le PEL – les questions à se poser :
- l’Éducation nationale et ses services académiques sont-ils les mieux placés pour conduire au nom de l’État les Projets Educatifs Locaux ?
- La commune est-elle le niveau pertinent d’intervention des collectivités ?
- Quelle doit être la durée d’un Projet Éducatif Local ? Ne faut-il pas des PEL sur trois ou cinq ans ?
- Quels en sont les moyens et les acteurs ?

L’avis de la fédération UNSA Éducation ! : Aujourd’hui, il nous faut repenser une politique d’Éducation globale qui favorise la réussite de tous sur tous les territoires. L’État doit impulser les PEL mais en garantir aussi l’égalité.

Extrait de questionsdeduc.wordpress.com du 21.01.13 : Vers des politiques éducatives territorialisées

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