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Mesures contre la violence : pas d’annonces après le Conseil des ministres du 30 octobre.

30 octobre 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

ADDITIF du 30 octobre 2018

Le conseil des ministres ne fera pas d’annonces mardi 30 octobre sur le plan contre les violences à l’école. Les mesures seront encore discutées pour être présentées d’ici à deux semaines

Extrait de ouest-france.fr du 30.10.18 : Plan contres les violences à l’école. Pas d’annonce mardi après-midi après le Conseil des ministres

 

L’intérieur réfléchit à faire entrer la police dans les établissements scolaires

Le ministre Christophe Castaner a évoqué cette possibilité vendredi. Dans la communauté éducative, on dénonce une mesure inadaptée et contre-productive.

[...] Sans compter qu’une expérimentation de ce type a déjà vu le jour, en 2006, et qu’elle a fait long feu, rappelle Anne Wuilleumier, sociologue à l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice et auteure, en 2016, d’un rapport sur les interventions de policiers et de gendarmes en milieu scolaire.

La présence d’un « policier référent » a été expérimentée dans cinquante-trois établissements prioritaires des Hauts-de-Seine en 2006, sous l’impulsion du conseil général alors dirigé par Nicolas Sarkozy. Mais elle a cessé après quelques années : « Il y avait des moments où les policiers n’avaient rien à faire et en même temps les incidents survenaient en dehors de leurs heures », constate la sociologue. L’idée de faire venir des forces de l’ordre dans un but préventif n’est donc pas nouvelle.

Extrait de lemonde.fr du 27.10.18 : L’intérieur réfléchit à faire entrer la police dans les établissements scolaires

 

Violence scolaire : Des moyens pour des centres fermés pas pour les établissements

Avec le phénomène #pasdevagues, Nicole Belloubet, Jean-Michel Blanquer, Christophe Castaner et Laurent Nunez ont présenté le 26 octobre les mesures qui seront prises pour répondre à la violence scolaire. Ils annoncent l’ouverture de 20 centres éducatifs fermés et "d’accueils de jour" avec un encadrement militaire ou policier pour des élèves posant problème. Des mesures qui visent à satisfaire l’opinion, qui couteront cher mais qui ne changeront rien dans les établissements. La mesure est mal accueillie par des syndicats.

C’est de nouveau l’image de l’école sanctuaire et la question des abords des établissements qui ont été mis en avant lors de l’intervention des 4 ministres, Nicole Belloubet, Jean-Michel Blanquer, Christophe Castaner et Laurent Nunez, le 26 octobre place Beauvau. "Que le berceau de la République qu’est l’Ecole soit sanctuarisée, que les enseignants soient protégés et les élèves aussi", a déclaré C. Castaner.

Les mesures devraient être détaillées pour le Conseil des ministres du mardi 30 octobre. Mais C Castaner, JM BLanquer et N Belloubet en ont présenté les grandes lignes.

La principale mesure a été annoncée par N Belloubet : l’ouverture de 20 nouveaux centres éducatifs fermés. On compte aujourd’hui 52 centres qui abritent environ 1500 jeunes une partie de l’année (en moyenne 4 mois). Ces centres, qui comptent chacun environ 12 jeunes et 26 adultes, sont fermés au sens où ils sont la résidence obligatoire de ces jeunes. Ils hébergent obligatoirement des multirécidivistes. Problème : ces centres coutent très cher puisque chaque jeune coute en moyenne 16 300 euros par mois. Ouvrir 20 centres représente environ 40 millions, soit 1150 emplois d’enseignants ou presque le double en surveillants. Et cela pour 240 places.

L’autre mesure c’est l’annonce de "centres d’accueil de jour" avec un encadrement "qui peut devenir éducatif mais aussi de militaires ou de policiers". A moins d’inventer de nouvelles structures ce pourrait être les actuelles classes relais ou les accueils en associations comme cela se pratique déjà.

Dans les deux cas la question reste celle du retour dans l’établissement au bout d’un délai court. La mise à l’écart est temporaire et c’est une bonne chose pour des jeunes qui sont en obligation scolaire. Mais seul le travail pédagogique peut permettre que le retour à l’Ecole soit profitable. Or là dessus rien n’est annoncé à ce jour, bien au contraire.

"Simplifier" les conseils de discipline
JM Blanquer a remis dans sa poche l’interdiction du téléphone portable au lycée. Il est intervenu pour annoncer la "simplification" du conseil de discipline. On ne sait pas encore ce qu’il entend par là. Le conseil de discipline pour rester efficace a besoin d’être exceptionnel et surement pas banalisé. Le ministre invite au "signalement systématique" des faits et promet de renforcer les Equipes mobiles de sécurité (EMS), un dispositif souvent utilisé de façon sécuritaire en négligeant les compétences pédagogiques de ces équipes.

JM Blanquer a aussi annoncé des "mesures permettant d’impliquer les familles" sans en préciser le contenu. La suppression des allocations familiales soutenue avec obstination par Les Républicains depuis des années n’a pourtant fait ses preuves ni en France, où elle a été appliquée sous Sarkozy, ni en Angleterre où elle existe depuis des années (elle va même jusqu’à la prison pour les parents). Dans un numéro récent de la revue Administration et éducation (n°159), Xavier Pons en fait l’exemple même du "populisme éducatif" : une mesure soutenue par l’opinion mais à efficacité nulle.

A coté de la plaque ?
Christophe Castaner a évoqué la présence de policiers dans les établissements scolaires à la demande du chef d’établissement. Bien évidemment il ne s’agirait pas de présence permanente mais ponctuelle. Or quel établissement n’a pas déjà un contact régulier avec la police locale ? Aller plus loin c’est prendre le risque de criminaliser la discipline scolaire. Une dérive que l’on voit dans certains états des Etats Unis.

Des acteurs de l’école réticents
"Nous n’avons pas besoin de policiers à demeure dans les établissements mais de travailler en partenariat et de pouvoir apporter une réponse rapide quand c’est nécessaire", répond le Snpden Unsa, le premier syndicat de chefs d’établissement, dans un tweet. Il ajoute : "Ce qui se fait déjà très bien dans beaucoup d’établissements". Le Snpden relève par contre que la procédure des conseils de discipline est mal connue des enseignants.

Le Snuipp 93 remonte lui à ce qu’il pense être l’origine de cet incident. " En Seine-Saint-Denis, entre 2007 et 2012, 160 postes de RASED ont été supprimés. Quel âge ont les élèves pour lesquels le travail de prévention des rééducateurs (maîtres G des RASED) a cessé d’être conduit, en maternelle et en élémentaire ? Depuis combien d’années maintenant les psychologues scolaires débordés sont centrés sur les dossiers d’orientation plutôt que sur l’accueil des enfants en souffrance et de leur famille ?", interroge-t-il. " Les suppressions de postes de ces années noires ont provoqué une dégradation générale de la qualité de l’enseignement : non-remplacement massif, embauche de contractuels non formés".

Les syndicats Cfdt de l’enseignement (Sgen), la police et des collectivités, soulignent l’impossibilité de l’annonce de policiers dans les écoles. " La proposition gouvernementale d’une présence policière dans les enceintes scolaires est irréalisable à la lecture des effectifs en présence. Près de 12000 établissements scolaires du secondaire nécessiteraient au moins la présence d’autant de policiers voir plus en cas d’intervention". Ils demandent que " le débat ne doit pas générer des réponses simplistes ou populistes mais pragmatiques et efficaces".

Du coté des parents, la Fcpe et la Peep prennent des positions opposées. " Aucun intervenant auprès des élèves ne devrait avoir peur ou être menacé dans le cadre de ses fonctions, mais ce n’est pas en plaçant un policier derrière chaque enseignant que l’on règlera un problème grandissant. Le manque de personnel d’encadrement dans certains établissements, la faiblesse de la formation des personnels, l’absence de prévention, le manque de mixité sociale et le fort turn-over du personnel éducatif ne contribuent pas à construire un climat scolaire serein", estime la Fcpe. Pour la Peep, " lorsqu’un élève est exclu d’un établissement suite à un conseil de discipline pour acte de violence, il doit pouvoir être pris en charge par un service spécifique qui doit lui permettre non seulement de prendre conscience de la gravité et des conséquences de son acte mais aussi d’être accompagné efficacement vers un retour à une scolarité adaptée".

Satisfaire l’opinion et résoudre le problème
La mobilisation interministérielle répond peut-être aux peurs de l’opinion publique. On annonce qu’on va "enfermer" les élèves violents, mettre de la police dans les établissements. Pour les acteurs de l’Ecole on est loin du nécessaire qui serait de la formation, des classes moins chargées, de l’espoir pour les jeunes des quartiers et des moyens humains supplémentaires. C’est dans la prévention et les établissements qu’il faut investir. Pas dans des "centres éducatifs fermés".
François Jarraud

Les centres éducatifs dans la loi de 2018

Extrait de cafepedagogique.net du 27.10.18 : Violence scolaire : Des moyens pour des centres fermés pas pour les établissements

 

Sur le site OZP, voir la sous-rubrique Etablissements de réinsertion scolaire (ERS) (archives)

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