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L’enseignement professionnel, "Un secteur ignoré, méprisé et pourtant souvent innovant" (blog d’Alain Bouvier, ancien recteur)

4 décembre 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

[…] Des liens ambigus entre collèges et enseignement professionnel
Les liens entre collèges et enseignement professionnel ne sont pas exemplaires. Ils reposent sur une grande méconnaissance des premiers envers le second, complétée d’un mépris qui n’échappe ni aux élèves ni à leurs familles et qui les blesse.

Pour les deux dernières années de collège, plusieurs fois, sous des formes variées suivant les époques, ont été proposées d’autres possibilités partielles ou totales pour de petits effectifs d’élèves allergiques à l’école, désireux de rencontrer très vite le monde du travail et leur futur métier. Ils pouvaient bénéficier de parcours aménagés facilitant ensuite leur arrivée en LP ou en CFA où là, ils ont le sentiment, pour la première fois, d’être traités comme des adultes.

Des tentatives multiples ont été faites les unes après les autres, sous des appellations variées : 4e d’aide et de soutien, 3e d’insertion, 4e et 3e technologiques, modules de découverte professionnelle de 6 heures (DP6), dispositifs de préapprentissage, 3e pré-pro pour découvrir les entreprises… Afin de discerner un métier, le dispositif d’initiation aux métiers en alternance (DIMA) pour les jeunes de 15 ans leur propose une formation en alternance, en CFA mais sous statut scolaire.

Je demandais à un principal de m’expliquer comment il affectait les enseignants sur cette classe un peu particulière. Il me répondit : « je veille à lui attribuer au moins un bon prof. Mais, que veux-tu, je ne vais pas confier mes classes de bons élèves aux mauvais profs ». Certes, ce n’est qu’un cas, mais il est édifiant au pays où l’on a décrété que tous les enseignants se valaient et les classes aussi ! Dans les établissements, cela se sait mais personne n’en parle. Heureusement, pour ces enseignements à petits effectifs avec de nombreux groupes dédoublés, « l’effet dédoublement » compense positivement « l’effet prof ». Mais, chut, surtout ne le dites pas !

Pourtant, l’on sait combien d’enfants en grande difficulté scolaire, désintéressés par l’école et désireux enfin de travailler, en ont bénéficié et ont ainsi préparé leur avenir dans un grand soulagement des familles.

Il faut croire qu’il n’est pas important que des jeunes puissent se réaliser puisque ces dispositifs, en petit nombre, seulement dans quelques collèges, ont soulevé l’opprobre des idéologues développant la classique antienne : tous au même rythme et tous à l’identique. Quels que soient les dégâts causés puisque l’important, c’est l’uniformité !

On note une seule exception hypocritement acceptée pour des raisons inavouables : les Sections générales et professionnelles adaptées (SEGPA) intégrées dans certains collèges. Elles accueillent, dans des classes de 16 élèves au plus, des enfants présentant des difficultés scolaires graves et persistantes… pour les isoler des autres ! Le rapport à la voie professionnelle n’est qu’un simple prétexte.

Un secteur ignoré, méprisé et pourtant souvent innovant
Les innovations pédagogiques sont une tradition de l’enseignement professionnel qui fut l’un des premiers secteurs à travailler en termes de compétences, de contrôle continu, d’unités capitalisables, d’évaluations (bien avant le Socle commun) et plus tard de parcours. Les enseignants des disciplines générales sont bivalents. Bien peu connaissent ce que fut son avance pédagogique sur les collèges et les lycées d’enseignement général.

La création des lycées des métiers au début des années 2 000 fut une initiative réussie inspirée des lycées agricoles et gageons que les campus des métiers, plus récents, empreints de la même philosophie, feront aussi bien.

Dans le secteur de l’enseignement professionnel, les innovations s’implantent avec sérieux, mais très lentement et malheureusement sont totalement ignorées du grand public.
À dire vrai, je ne serais pas surpris qu’elles aient un peu inspiré l’actuelle réforme des lycées. Pourtant, qui oserait le dire ? Ce serait la honte !

Extrait de questionstabouessurnotresystèmeéducatif.com du 01.11.18 : L’enseignement professionnel, un secteur toujours méprisé

 

[" La méconnaissance de ce secteur par le grand public, l’indifférence et l’attitude méprisante des milieux intellectuels (enseignants compris) qui jamais ne scolarisent leurs enfants dans l’enseignement professionnel, me sont à nouveau apparues pendant les six années ou j’ai siégé au Haut conseil de l’éducation", raconte l’ancien recteur et membre du HCE Alain Bouvier. " Le principal défi des lycées professionnels, déjà évoqué, est crucial : accueillir des élèves rétifs à l’école, en voie de décrochage, parfois déjà décrochés et que l’on tente de raccrocher. Ils ont été orientés sans considération de leurs désirs. Celui qui demande la section plomberie d’un lycée attractif de telle commune, sera envoyé dans la filière bois d’un lycée moins flamboyant et, en plus, dans une autre commune. Triple peine ! Bien sûr l’enthousiasme des élèves n’est pas au rendez-vous, qui peut s’en étonner ? Et depuis quelques années, ce sont les LP qui doivent accueillir les enfants de migrants ; difficulté supplémentaire qu’ils assument." Alain Bouvier dénonce aussi des "tabous" pour mettre en avant des mesures libérales (apprentissage, orientation précoce) en lesquelles il croit…

Extrait de cafepedagogique.net du 03.11.18 : L’enseignement professionnel vu par Alain Bouvier

 

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