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"Education et intérêt général", ouvrage collectif de politique publique sous la dir. de Philippe Bance et Jacques Fournier (avec la participation de l’OZP) , Cldpu, 2019 (analyse de Tout Educ et commentaire de J. Fournier)

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Education et intérêt général
Le sommaire complet sur le site OZP (29.11.18) : Éducation et intérêt général, Coordination de Philippe Bance, Jacques Fournier, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 850 p., 45 € (une partie sur les inégalités scolaires avec un article de l’OZP) (à paraître le 24 janvier 2019)

 

La présentation de TourEduc

A quelles conditions l’Education va-t-elle dans le sens de l’intérêt général ? (ouvrage collectif)

"Penser le modèle éducatif en lien avec l’intérêt général, c’est chercher à mieux l’adapter aux besoins (...) de la société prise dans son ensemble." Il s’agit "de transmettre des valeurs nouvelles, celles de la raison, du progrès, de la République et de la nation". C’est ce à quoi entreprennent de réfléchir la quarantaine de contributeurs, pour la plupart très hauts fonctionnaires ou universitaires, au fort volume que publient les Presses universitaires de Rouen et du Havre, sous la direction de Philippe Bance et Jacques Fournier.

Elisabeth Bance-Caillou estime par exemple que "l’enseignement du fait religieux n’a pas permis de favoriser le mieux vivre ensemble", ce qui supposerait "de redonner confiance aux familles, aux enseignants sur la capacité de l’école publique à faire réussir tous les élèves". C’est, sous des formes diverses, le souci qui s’exprime dans chacun des articles, même si, rappelle Jacques Fournier, on doit aussi considérer les progrès accomplis. Au début des années 60, plus des trois quarts des jeunes appelés pour faire leur service militaire "n’avaient pas dépassé le niveau du certificat d’études primaires", "3,5 % seulement avaient un diplôme de l’enseignement supérieur". Mais, ajoute-t-il, les réformes qui restent nécessaires heurtent "tous ceux qui se considèrent comme le gotha de l’élite républicaine, de Jean-Pierre Chevènement à Michel Onfray".

Christian Forestier va plus loin, et accuse ceux qui s’opposent aux méthodes d’apprentissage de la lecture "validées par les neurosciences", dont il donne pour exemple celle proposée par Agir pour l’Ecole, d’ "une forme d’obscurantisme qui pourrait s’apparenter au lyssenkisme". L’ancien recteur accuse par ailleurs de "lâcheté" les politiques lorsqu’ils permettent le retour à la semaine de quatre jours.

Bruno Poucet montre pour sa part que les établissements catholiques sous contrat "se sont sécularisés, comme la société", mais qu’un nombre "encore très minoritaire d’usagers n’acceptent pas cette sécularisation de fait" et "refusent le vivre-ensemble", ce qui constitue "un projet politique", et témoigne d’une forme de "refus d’une société démocratique pour affirmer l’existence d’une société, au fond, aristocratique". Pour Nathalie Mons, qui présente un bilan du CNESCO (Conseil national d’évaluation du système scolaire) qu’elle préside, un projet démocratique suppose une politique d’évaluation et que celle-ci soit animée par "un souci d’intérêt général", ce qui suppose à son tour "des changements de gouvernance majeurs".

A ce sujet, Bernard Toulemonde fait mine de s’interroger. Comment "montrer que la décentralisation et l’autonomie des établissements assure(raient) une meilleure réussite des élèves et non une aggravation des inégalités ?" Mais "peut-on faire pire" qu’actuellement ? Peut-on également, se demande Daniel Filâtre, faire évoluer la formation des enseignants pour la centrer "sur les notions de compétences et de développement professionnel, en prise avec l’évolution des savoirs, des contextes et du métier". Peut-on supprimer les concours et "recruter massivement des contractuels, titulaires d’un master d’enseignement" ?
Angélique Chassy et Jean-Pierre Lavignasse font remarquer que le concours revêt "une importance symbolique décisive", notamment du fait qu’il donne à l’enseignant "sa pleine légitimité dans sa classe". D’ailleurs, "les enseignants militent dans leur très grande majorité pour le maintien du statut de la fonction publique" dont la remise en cause compromettrait leur autonomie, et donc l’attractivité d’un métier qui en manque déjà. Parmi les causes qu’identifient les deux universitaires figure "le manque de possibilité de reconversion professionnelle".

Autre thème abordé par plusieurs auteurs, la mixité sociale. Yannick Prost estime que sur ce sujet, l’équipe gouvernementale actuelle "fait l’impasse", "reflétant en cela les positions de l’Institut Montaigne". Didier Bargas et Marc Douaire appellent "l’ensemble des forces politiques, sociales et syndicales (à) sanctuariser l’éducation prioritaire", à "consolider les réseaux école-collège", à renforcer "le rôle de collectifs professionnels".
C’est ce qu’a réussi l’équipe "anthropologie pour tous" du lycée Le Corbusier d’Aubervilliers. Celui-ci donne un exemple saisissant de ce que peut faire un établissement dont 9 élèves sur 10 ont des parents venus de 72 pays différents et dont 39 % des élèves de terminale obtiennent une mention. Le projet Thélème, un peu sur le modèle de La Main à la pâte pour les "sciences dures", propose "un laboratoire d’initiation aux sciences humaines" qui permet à chaque élève de s’intéresser aux cultures d’origine de ses condisciples. S’y ajoutent les choix de l’équipe enseignante, qui est associée "au processus de répartition de la dotation horaire globale" et qui a renoncé aux heures de dédoublement statutaires pour limiter à 20 le nombre d’élèves en seconde.

Aziz Jellab s’interroge pour sa part sur la vocation du lycée professionnel, qui n’est plus "l’école des ouvriers", et où les CAP "tendent à assurer une fonction non pas de formation professionnelle, mais de remédiation", "l’accompagnement d’une maturation juvénile", "la réhabilitation des élèves, en visant tout autant leur socialisation professionnelle et scolaire que leur socialisation à un savoir-être".
Paul Santelmann s’inquiète même de voir "la production de diplômes de l’Education nationale (n’avoir) pas grand-chose de commun avec l’offre de formation", et il dénonce "une floraison inflationniste de diplômes professionnels fondés sur un adéquationnisme fin et illusoire (avec la diversité des métiers, ndlr) sans cesse renouvelé".

Ces quelques exemples pris dans un ensemble très riche et divers, témoignent de la liberté de ton des auteurs, qui ont des positions souvent tranchées, mais qui, sauf exceptions, évitent la polémique et se fondent sur des données et des démonstrations de nature à susciter l’adhésion et le consensus.

"Education et intérêt général" est le 4ème ouvrage réalisé "sous l’égide de la commission scientifique du CIRIEC France (Centre international de recherches et d’information sur l’économie publique, sociale et coopérative). Presses universitaires de Rouen et du Havre, 700 pages,35€

Extrait de touteduc.fr du 20.01.19 : A quelles conditions l’Education va-t-elle dans le sens de l’intérêt général ? (ouvrage collectif

 

Une intervention de Jacques Fournier à l’issue d’une réunion de la MGEN

[...] Les actions à mener

Nous aurons évoqué au cours de ce débat beaucoup de sujets d’actualité et notamment ceux qui ont été traités dans les contributions de Daniel Filâtre (la formation des enseignants) de Yannick Prost ( éducation et inégalités) et de Nathalie Mons, qui n’a pu malheureusement se joindre à nous ( l’évaluation).

Le Ciriec n’a pas nécessairement un avis autorisé sur toutes ces questions. Il est mieux outillé pour parler de l’économique et du social que du pédagogique. Cela lui permet de prendre clairement position sur certains sujets qui lui tiennent à cœur, comme l’enseignement des sciences économiques et sociales. Mais il n’est pas spécialement compétent pour se prononcer sur l’utilisation des neuro-sciences, telle qu’évoquée dans l’enquête d’Opinion-Way présentée au cours du débat et il ne saurait concurrencer dans le domaine de la pédagogie l’expertise de notre grand témoin Philippe Mérieux, que nous avons tous écouté avec intérêt, même si nous ne partageons pas nécessairement toutes ses positions.

En amont de toutes ces questions, et vous me permettrez d’apporter ici une touche personnelle à cette conclusion, trois actions me paraissent essentielles.

La mise en oeuvre effective de la priorité au primaire, affirmée par les autorités de l’actuel quinquennat comme par celles du précédent, mais qui n’est jusque à présent réalisée qu’à doses homéopathiques. Il faut ici citer un chiffre : la France dépense, par élève, 14 % de moins que la moyenne OCDE au niveau du primaire. Elle en dépense, toujours par élève, 35% de plus au niveau du lycée. La marche qui reste à franchir est manifestement très haute.

La revalorisation réelle des voies professionnelles. Je regrette que nous n’ayons pas prévu d’entendre ce soir Aziz Jellab ou Paul Santelman qui ont traité de ce sujet dans notre livre : nous aurons ainsi contribué à entretenir le silence dont il est souvent l’objet dans le débat sur l’éducation. Des réformes ont certes été opérées, mais, là aussi, que ce soit au niveau du contenu des formations ou à celui des débouchés qu’elles offrent, les comparaisons internationales ne sont pas favorables à notre pays.

La refondation de la formation des enseignants. 40% des enseignants en France considèrent qu’ils ne sont pas du tout ou très peu préparés sur le plan de la pédagogie ou des pratiques de classe. C’est une nouvelle vision qu’il faut faire prévaloir dans ce domaine, une refonte complète qu’il faut opérer, à l’exemple de ce qu’ont déjà su faire nombre de pays étrangers.

Les principes et méthodes de gestion

Je ne place pas sur le même plan les deux ruptures évoquées par Philippe Bance lorsqu’il a parlé du processus de décomposition- recomposition qui est selon lui en cours dans le système éducatif français.

Qu’il faille s’opposer résolument à la marchandisation de l’éducation que voudrait progressivement imposer l’analyse économique dominante ne fait pour moi aucun doute. Le phénomène est largement à l’œuvre au niveau de l’enseignement supérieur mais il s’insinue aussi partout ailleurs. Il doit être contenu, combattu, je pense que nous sommes tous ici d’accord sur ce point.

Ce que l’on appelle la NGP, la nouvelle gestion publique, portée par la LOLF, ne relève pas selon moi de la même logique. Elle n’est certes pas à l’abri des dérives. Mais ce qui prête à critique c’est moins son principe que l’usage que l’on en fait.

Faire de la baisse de la dépense publique l’objectif essentiel de toute réforme de l’action publique est une erreur fondamentale, qui peut se révéler particulièrement nocive dans le domaine de l’éducation.

Mais il reste que les moyens sont toujours nécessairement limités et qu’il faut avoir le cas échéant le courage de les redéployer.

Sur la question évoquée il y a un instant de la priorité à accorder au primaire, cela me parait être une nécessité évidente et elle ne pourra pas être satisfaite sans douleur.

La recherche d’une gestion plus efficace, la mise en œuvre de méthodes nouvelles, que ce soit au niveau des conditions d’emploi des personnels ou à celui de l’organisation du temps pédagogique viennent heurter les habitudes. Il faut en discuter, savoir les négocier. Mais, on m’excusera d’utiliser ce mot, le corporatisme existe aussi et il faut savoir le dépasser.

Il me semble que c’est bien dans cette perspective que se sont situés les interventions syndicales dont il nous a été rendu compte au cours du débat. Nous l’aurions retrouvé du côté des responsables territoriaux de l’éducation et des associations de parents d’élèves auxquels parole a aussi été donnée dans notre livre.Il est possible d’avancer tous ensemble.

Extrait de miroirsocial.com du 06.12.19 : Education et intérêt général

 

Note du QZ : Outre les contributions de Marc Douaire et Dider Bargas, relevons celle de Yanick Prost, qui anime la rencontre de l’OZP du 23 janvier 2019 Le mercredi 23 janvier 2019, de 17 à 19h, Rencontre OZP "Politiques éducatives, inégalités sociales, crise politique", avec Yannick Prost

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