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Présentation de la méthode Lego, expérimentée dans 370 classes de CP (Le Café, ToutEduc). Interview des auteurs et controverse (Bfmtv)

11 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

Exclusif : la méthode "syllabique" Lego expérimentée dans 370 classes à la demande de J-M Blanquer avant extension en 2022

La méthode "Lego, je décode, pour apprendre la lecture et l’écriture au CP", que ToutEduc s’est procurée, est actuellement expérimentée dans 370 classes de CP volontaires réparties dans 10 départements (Bouches-du-Rhône, Oise, Jura, Ardèche, Eure-et-Loir, Corse-du-Sud, Yvelines, La Réunion, Pyrénées-Orientales et Paris), à la demande de Jean-Michel Blanquer (voir ToutEduc ici). Une équipe de recherche, qui a été sélectionnée au mois d’octobre (donc après le lancement de l’expérimentation) et dont l’identité n’a pas été publiée (il semblerait qu’aucune équipe n’ait candidaté, ndlr), doit "identifier les conditions d’appropriation de cette méthode et des outils eux-mêmes, leur plus-value pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture et leur facilité de prise en main par les professeurs des écoles (...) en vue d’une éventuelle extension à la rentrée scolaire 2022". L’équipe chargée de l’’évaluation "disposera d’un relai (sic) au sein de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP)".

Cette méthode a été conçue et réalisée dans le cadre du "plan lecture" de l’académie de Paris par une IEN, Isabelle Goubier et trois conseillères pédagogiques, Catherine Dorion, Catherine Ruchmann, Catherine Mesme, "avec l’aimable participation" de Justine Lemeiter, professeure des écoles. Elle prend en compte "les principes du guide de référence Pour l’enseignement de la lecture et de l’écriture au CP" (le "guide orange", ndlr) et propose "une progression régulière et structurée de l’étude des correspondances graphèmes-phonèmes dans le cadre d’une démarche didactique et pédagogique intégrant l’étude du fonctionnement de la langue française". Le "kit" comprend un livre en deux tomes, destiné à l’élève (pour chaque leçon, la page de droite lui est dédiée), mais aussi au professeur et à la famille (la page de gauche leur est dédiée), un "syllabogramme" (un tableau à double entrée, les consonnes en ordonnée et les voyelles en abscisse), un cahier d’écriture cursive pour l’élève (en deux tomes), un livret pour le professeur. Le kit devrait être enrichi "d’affiches ’graphème’ pour la classe", "de jeux pour aider la mise en oeuvre de la différenciation", "d’étiquettes mots manipulables au service de la grammaire et du vocabulaire", "de textes authentiques déchiffrables au fur et à mesure des progrès des élèves pour leur donner envie de lire et d’apprendre à comprendre des textes lus en autonomie".

"Comme le préconise le CSEN (Conseil scientifique de l’Education nationale, ndlr), cette méthode propose d’aller du graphème au phonème afin de minimiser la charge de mémoire en travaillant selon les régularités de la langue : un graphème vu = un phonème entendu." Dès lors, "toutes les phrases proposées ont un taux de déchiffrabilité de 100 %". Les auteures reconnaissent que "durant les premières périodes, elles sont peu résistantes au niveau du sens et ne permettent pas à l’élève d’éprouver le plaisir de lire. Néanmoins, elles lui procurent la satisfaction de savoir déchiffrer qui est la première étape du savoir lire." En effet, postulent-elles, "les élèves arrivent au CP avec de fortes attentes sur l’apprentissage de la lecture".

La méthode propose "une progression régulière et structurée de l’étude des CGP" (correspondances graphophonologiques), "une démarche didactique et pédagogique intégrant l’étude du fonctionnement de la langue française" et "des propositions pour chacun des acteurs de l’apprentissage : élève/professeur/famille". Les auteures ajoutent que "le plus important n’est pas directement le manuel mais l’enseignement dispensé", c’est pourquoi elles ont élaboré "une méthode d’enseignement de la lecture, et non pas seulement un manuel."

Chaque leçon est prévue sur deux jours consécutifs, toujours selon le même schéma : "Observer la lettre ou le groupe de lettres écrit par le professeur au tableau et sur son livret dans les trois écritures (capitales d’imprimerie, scripte, cursive). Prononcer le phonème qui correspond au graphème présenté (...). Composer oralement les syllabes proposées sous forme de puzzle (R et A : RA) (...). Encoder les syllabes dictées par le professeur sur le syllabogramme (...). Décoder les syllabes (...), puis (...) les pseudo-mots (...), les mots (...), les phrases déchiffrables", comme "Lila râla" pour la leçon sur le A et "Le lama a léché le chou" ou "Un ours a léché la fourmi" dans le leçon consacré au graphème OU. Il est précisé que "la lecture des pseudo-mots peut être utilisée, dans un premier temps, pour exercer la fluence. Mais "pour favoriser l’accès à l’identification des mots (voie directe), à partir de la quatrième période", la méthode ne propose plus "l’exercice de décodage de pseudo-mots".

L’année est en effet découpée en plusieurs périodes (la troisième en janvier-février) et les élèves sont répartis en 4 groupes, "les explorateurs" (qui en sont à explorer), les "découvreurs" (ils découvrent les CGP au rythme des apprentissages de la classe), les "décodeurs-ânonneurs" et les "décodeurs". Certes, "il est un fait que chaque élève apprend à son rythme", mais au CP, "les élèves, doivent passer de la lecture en voie indirecte à la lecture en voie directe" tandis qu’en termes de fluence, "l’objectif (est) d’atteindre la lecture de 50 mots minute à la fin du CP".

L’ensemble livret de présentation, les deux tomes du livre, les deux volumes du cahier d’écriture sont publiés par le ministère.

Le livret de présentation ici (PDF, 1836 Ko), l’appel à manifestation d’intérêt (adressé aux chercheurs) ici (PDF, 462 Ko), capture d’écran d’une double page du tome 1 (leçon OU) ici (PNG, 367 Ko)

Extrait de touteduc.fr du 10.01.21

 

Expérimentée dans 370 classes de CP, cette méthode d’apprentissage de la lecture divise.
Depuis la rentrée de septembre, quelque 370 classes de CP réparties dans une dizaine de départements expérimentent, de manière volontaire, une nouvelle méthode d’apprentissage de la lecture. Cette méthode, baptisée Lego - son nom n’a rien à voir avec les célèbres petites briques qui s’emboîtent - est proposée et éditée par le ministère de l’Éducation nationale.

Mise au point par une inspectrice, des conseillères pédagogiques et des enseignants durant des journées de formation, cette méthode syllabique - prônée par Jean-Michel Blanquer depuis son arrivée au ministère, "la méthode syllabique, c’est le b.a.-ba", avait-il déclaré - et héritée des neurosciences propose notamment d’aborder la lecture par les lettres, leur association et non par le son.

"On a réussi à raccrocher ces enfants"
Annabelle Fiévet est professeure des écoles en Rep à Trappes, dans les Yvelines, et participe à cette expérience. Enseignante depuis dix-huit ans dont dix en CP, elle se dit convaincue par cette nouvelle méthode. "Il y a plein de choses intéressantes", assure-t-elle à BFMTV.com.

Notamment le fait qu’il n’y ait pas de personnage à retrouver de page en page ni d’illustrations qui détournent l’attention des élèves. "Certains enfants ont du mal à se concentrer et ces images les dispersaient", continue-t-elle. Mais cette enseignante se dit avant tout séduite par le principe même de cette méthode.

"Il arrive que des élèves arrivent en CP sans bien entendre les sons. Entrer dans la lecture en passant par la lettre ne les met ainsi pas en difficulté. Je le vois bien, j’ai moins d’élèves qui ont du mal. On a réussi à raccrocher ces enfants qui sont maintenant entrés dans le décodage."
Chaque semaine, cette enseignante aborde deux nouvelles lettres ou deux nouveaux groupes de lettres. "Ça va très vite", constate-t-elle. Et compare avec les progrès effectués à la même période les années précédentes.

"Avant, je prenais trop le temps. Je pensais aider mes élèves en difficulté mais c’était le contraire. Le fait d’attendre ne rend pas la lecture efficiente. D’autant que la progression est pensée dans cette méthode pour que l’on n’aborde pas trop vite les sons complexes."

[...] "Quelque chose de surrané"
Il n’en reste pas moins que le "côté obsolète" de cette méthode a "sauté aux yeux" de Patrice Gourdet, l’enseignant chercheur en sciences du langage. "Il y a quelque chose de très surrané. On pourrait la confondre avec une méthode des années 50." Son laboratoire a d’ailleurs refusé de se joindre à l’expérimentation. "Il y avait trop d’opacités dans cette affaire", indique-t-il.

"En gros, on ne nous demandait pas de savoir si la méthode était bonne mais si les enseignants l’appliquaient bien. C’est contraire à tout projet de recherche."
Autre grief pour Patrice Gourdet : l’écriture serait sous-dimensionnée. "Or, la recherche a montré qu’il fallait faire écrire assez vite et que le décodage comme l’encodage allaient de pair", pointe-t-il encore. Mais pour Roland Goigoux, professeur à l’Université Clermont-Auvergne, c’est surtout la faiblesse des phrases qui pêche.

"L’apprentissage de la lecture et de l’écriture ne se réduit pas au simple décodage et à l’encodage, remarque-t-il pour BFMTV.com. Il faut pouvoir travailler sur la compréhension et la syntaxe. Or, ce n’est pas possible dans la méthode Lego."
Une méthode "radicale"
Selon ce spécialiste de l’enseignement de la lecture, cette méthode serait très proche d’autres méthodes déjà sur le marché. Elle n’aurait par ailleurs "rien de bouleversant", ajoute Roland Goigoux.

Extrait de bfmtv.com du 07.01.21

 

Voir aussi dans le Café des 2 et 3 décembre, repris par le site OZP :

Une enseignante de CP dédoublé en REP à Trappes analyse longuement pour le Café la méthode expérimentale de lecture "Lego". Débat sur les risques d’une méthode estampillée MEN

Méthode Lego : Des laboratoires refusent leur concours (Le Café)

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