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B* "Comment j’ai mis le socle commun en place", quatre témoignages d’enseignants dans des collèges prioritaires

14 mai 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

Guillaume Caron, professeur de Mathématiques au collège [ECLAIR] Lucien Vadez de Calais

Quelle pratique “socle commun” as-tu mise en place dans ton école, ton établissement et avec quels objectifs ?

L’objectif est de se centrer sur les situations et ne pas se focaliser sur l’aspect « évaluation » du socle. En ce sens, je privilégie la pédagogie de projet, en particulier avec les 6ème en lien, quand cela est possible, avec un professeur des écoles qui partage son service entre les écoles du réseau et le collège. Ce lien doit encore être approfondi mais nous avons un créneau commun dans les emplois du temps de 6ème pour travailler ensemble.
La pratique régulière de la tâche complexe est également un élément clé de la mise en place du socle. Nous tentons de former nos élèves sur ces situations. Cela demande un travail sur le long terme et donc sur les quatre années du collège.
Pour le suivi, nous avons mis en place un portfolio. Chaque élève possède sa pochette qui le suivra sur 4 ans. On y trouve un référentiel assez restreint sans distinction de niveau de classe. Toutes les productions réussies (tâches complexes, productions finales de projet) peuvent être glissées dans ce portfolio. Ainsi nous pouvons nous reposer sur du concret pour le suivi, l’évaluation et même la validation. L’idée est de pouvoir faire des entretiens avec les élèves en utilisant ce support mais ce point-là est encore à améliorer.
J’ai également abandonné les notes depuis trois ans et je n’y vois pratiquement que des effets positifs.

Comment cela s’est-il déroulé et qu’est-ce qui a aidé au travail collectif ?

Pour le moment, la mise en place du socle commun a du mal à dépasser l’équipe de mathématiques. La mise en place de conseil de socle en fin de troisième est clairement insatisfaisant.
Ce sont les tâches complexes qui sont l’élément d’échange principal entre nous. Nous parlons finalement beaucoup moins de l’évaluation et davantage des contenus (qui peuvent toutefois servir à évaluer). Nous partageons ces travaux en les annexant par niveau. Cela commence à constituer une petite banque. Nous avons également eu la chance de pouvoir pratiquer la co-intervention. Ces heures ont permis de partager les façons de mener ces types de travaux et donc d’analyser nos pratiques de formation aux compétences.
En ce sens, le module interdisciplinaire de 6ème est un levier intéressant également.

Quel bilan en tires-tu : qu’est-ce qui a posé problème, quels sont les effets positifs ?

Le socle et l’approche par compétences, sans prétendre tout révolutionner, changent nos façons de voir l’enseignement et changent nos pratiques depuis quelques années.
A partir du moment où on dépasse le seul angle de l’évaluation et de la validation, il est possible d’avancer et d’y voir une réelle plus value pour les apprentissages. Nous voyons un réel impact sur la motivation des élèves les plus fragiles et nos élèves progressent lorsqu’il s’agit de prendre des initiatives.
La frustration c’est l’inertie à faire bouger une équipe plus large afin que ce socle prenne tout son sens.

Pour compléter :
- Un billet sur le socle commun
- Un billet sur le portfolio
- Le blog de Guillaume Caron

 

Oihandi Bordonaba, professeure coordonnatrice de niveau 6e (Professeur des écoles) dans un collège Eclair à Paris

Quelle pratique “socle commun” a été introduite dans ton établissement ?

Dans mon collège, nous avons introduit progressivement une évaluation non chiffrée. La première année cela concernait une classe de 6e et en trois ans nous avons généralisé l’évaluation par compétences à tout le niveau 6e ainsi qu’à deux classes de 5e. Dès le départ, ces classes ont bénéficié d’un accompagnement particulier, c’est en quelque sorte la disparue « apprendre à apprendre » qui revit. Je prends en charge tous les élèves de 6e pour leur faire rédiger le journal de bord de leurs apprentissages. En 5e deux de mes collègues ont pris le relai. Certains professeurs sont entrés dans le travail par compétences et ont réellement perçu l’intérêt de donner une place centrale aux tâches complexes.

Avec quels objectifs ?

Il s’agissait de favoriser la continuité pédagogique entre l’école et le collège ; de développer le regard réflexif des élèves sur leurs apprentissages ; d’alimenter l’envie d’apprendre ; d’interroger ses pratiques pédagogiques pour les faire évoluer.

Comment cela s’est-il déroulé et qu’est-ce qui a aidé au travail collectif ?

Le point de départ de ce projet, c’est une équipe restreinte mais motivée par l’envie d’expérimenter et de tâtonner ensemble. L’appui de l’équipe de direction a été un puissant levier, il a permis de lever le « tabou » autour des compétences. La première année le travail d’équipe a surtout consisté à élaborer un outil de suivi de l’acquisition des compétences.
L’organisation d’une formation avec des intervenants de qualité a offert des temps de travail communs pendant lesquels certains malentendus ont pu être levés. Il n’en demeure pas moins que s’adresser à tous reste parfois difficile tant le stade d’avancement (ou l’intérêt) pour la réflexion pédagogique sont hétérogènes. Nous avons ensuite mené une réflexion autour des compétences transversales, cela a permis d’aboutir à une évaluation collégiale des élèves autour de critères définis en équipe.

Quel bilan en tires-tu : qu’est-ce qui a posé problème, quels sont les effets positifs ?

Le travail autour du socle a permis de s’appuyer sur un objet commun dans le renforcement du lien école-collège et la prise en charge des élèves en difficulté à l’entrée en 6e. Donner une place aux compétences du palier 2 au début du collège c’est faire vivre le cycle d’adaptation et sans doute toucher du doigt le futur cycle commun… Cette approche a eu par ricochet un effet bénéfique sur l’interrogation autour de l’accueil des nouveaux collégiens.
Du côté des élèves, le regard qu’ils posent sur leurs apprentissages s’est affiné, ils se sentent accompagnés et construisent un rapport au savoir plus dynamique. Quelques-uns réclament des notes, ils aimeraient disent-ils mieux pouvoir se comparer les uns aux autres. Ils peuvent même évoquer parfois leur nostalgie des exercices à trous quand leur enseignant leur propose des tâches complexes.

En route pour la généralisation ?

La généralisation reste problématique car elle implique d’imposer à certains un changement auquel ils n’adhèrent pas et cela peut s’avérer très décevant. Nous avons choisi l’entrée « évaluation » en pensant que cela renforcerait progressivement la place du socle dans les enseignements. Je ne saurais dire à quel point cela est vrai aujourd’hui mais je reste convaincue de l’intérêt de remettre en question nos pratiques traditionnelles d’évaluation.
Certaines réticences perdurent, elles se nourrissent souvent de peurs comme la soi-disant dilution de sa discipline ou encore la perte de la monnaie d’échange (celle qui permet « d’acheter » le calme en classe). Parfois on sent aussi une défense inavouée de la méritocratie…

Note du Quotidien des ZEP  : à Paris, le coordonanteur de niveau est l’aquivalent du "préfet des études"

 

Florence Castincaud, enseignante de français, collège RRS Berthelot, Nogent-sur-Oise (académie d’Amiens)

Quelle pratique “socle commun” as-tu mise en place dans ton école, ton établissement et avec quels objectifs ?

Dans l’équipe de Lettres de mon collège, nous avons commencé un travail de reformulation des items du socle pour les traduire en exigences progressives de la 6e à la 3e, pour la lecture et pour l’écriture.
Sur le versant transdisciplinaire, timides avancées. Nous avons bien, en fin d’année, formulé clairement un ou deux apprentissages à mener dans plusieurs disciplines, dans le domaine de la maîtrise de la langue. Dans les faits, ça s’est perdu dans les sables, sauf quelques exceptions.

Comment cela s’est-il déroulé et qu’est-ce qui a aidé au travail collectif ?

Un petit noyau de convaincus tente depuis deux-trois ans de former, fin juin pour la rentrée suivante, des équipes de classes volontaires. Dans la pratique, on se retrouve avec deux-trois classes où quelques enseignants sont d’accord pour se mettre au travail par compétences. Pendant les années précédentes, les relations très dégradées avec la direction de l’établissement n’ont pas permis d’avancer de façon plus décisive, en particulier pour impulser et encourager la mise en place de travail commun et de temps de formation. Mais l’équipe qui continue à chercher en ce sens reste stable et continue de chercher des voies, aidée cette fois par l’arrivée d’une nouvelle équipe de direction.
Ici et là, on a travaillé de façon concertée et explicite une compétence à plusieurs disciplines ; par exemple, savoir faire une courte présentation orale devant la classe a été travaillé en EPS, en Français et en Maths avec des allers-retours.
Nous avons aussi fait des tentatives pour renouveler les modalités d’évaluation et mener à ce propos un travail d’explication auprès des parents.

Quel bilan en tires-tu : qu’est-ce qui a posé problème, quels sont les effets positifs ?

Nous n’avons fait que le plus facile, si l’on peut dire : reformuler les compétences pour nous, quitte bien sûr à nous remettre à l’ouvrage régulièrement pour rendre nos formulations plus opérationnelles. Plus difficile est la dévolution aux élèves : comment faire pour qu’ils s’approprient ces compétences, prennent appui sur cette façon de « voir » leur travail pour mieux progresser ? C’est ce qu’il nous faut travailler, et nous n’en prenons pas suffisamment le temps, mais une formation est prévue en cette fin d’année scolaire.

Ecrit et oral en compétences interdisciplinaires

 

Jean-Michel Zakhartchouk, enseignant dans un collège prioritaire dans l’Oise
Après le séminaire qui a rassemblé fin mars une cinquantaine de personnes issues du collectif « Socle commun, promesse démocratique » (SGEN, SE-UNSA, CRAP-Cahiers pédagogiques et Education & Devenir) pour un travail en plénière et en ateliers, des enseignants et formateurs vont répondre à quelques questions. Le travail par compétences et le socle commun, c’est possible, nous disent-ils. Oui, mais comment ?

Jean-Michel Zakhartchouk

Quelle pratique “socle commun” as-tu mise en place dans ton école, ton établissement et avec quels objectifs ?

Dans mon collège, on avait mis en place des classes au départ « sans notes » il y a quatre ans, avec un dispositif d’évaluation partant de grandes compétences communes à toutes les disciplines validées par des « couleurs ». Malheureusement, le processus enclenché d’une part a été loin d’être suivi par tous les collègues, qui peu à peu se sont remis à noter (ont rechuté dans leur addiction), malgré l’intérêt reconnu pour ce type de travail, d’autre part a été finalement court-circuité par le livret de compétences. Celui-ci devait remplacer notre système local et s’étendre à toutes les classes. Mais il y a eu un moment favorable qui a été raté par une administration (pourtant très favorable) manquant de volontarisme sur cette question. La procrastination l’a emporté. Récemment, un collègue qui avait été partie prenante me faisait part de ses regrets que l’expérience ait avorté.

Comment cela s’est-il déroulé et qu’est-ce qui a aidé au travail collectif ?
Mais pour ma part, j’ai pu à cette occasion (collective) franchir le pas et abandonner les notes, tout en conservant une note trimestrielle de compromis. Quelle libération !

Désormais, je peux :
• quitter la logique de la compensation, en évaluant différemment par exemple la correction et la cohérence d’un texte, sans faire l’absurde « moyenne » des deux
• varier mes exigences, n’évaluer certains points que pour ceux qui les réussissent (lorsque c’est nouveau, pas encore suffisamment travaillé), mettre l’accent parfois sur l’exhaustivité (réussite à 100% nécessaire), parfois sur la créativité et la prise de risques (rompre par exemple la linéarité d’un récit en troisième, etc.)
• évaluer aussi des domaines tel que l’oral, la persévérance dans l’accomplissement d’un projet, la participation au collectif, la capacité à coopérer.
Donc je mets l’accent aujourd’hui sur cette évaluation sans notes et je la trouve très positive, outre les raisons exposées ci-dessus, parce que :
• elle oblige davantage à s’interroger sur ce qui est évalué dans tel ou tel travail elle prouve que les élèves sont moins attachés aux notes qu’on ne le dit, mais par contre ils demandent des gratifications symboliques. Avoir vert est important pour certains, plus à la limite que je ne pouvais le penser.
• elle permet de travailler sur la notion cruciale pour le socle commun de « niveau d’exigence ».

A cet égard, le fait d’avoir adopté trois couleurs était sans doute une erreur (mais c’était issu d’une décision collective), car elle tire trop la couleur intermédiaire vers une espèce de « moyenne » alors que ce n’est pas le cas.
Mais je suis bien conscient que, même si des collègues trouvent ce système séduisant, je me retrouve isolé. Une impulsion venant d’en haut pourrait entrainer un certain nombre de collègues à franchir le pas. Mais sans accompagnement formatif notamment, il y en a peu pour se « jeter à l’eau ».

Annexe : ce que pensent mes élèves d’une évaluation par compétences
Que pensez-vous du fait d’être évalués par compétences ? En quoi cela peut-il vous aider ?

C’est mieux, car il y a des gens qui disent qu’ils sont plus intelligents que toi (Nina)
Moi, j’aime pas, car je suis habituée aux notes. A ne pas toujours penser aux notes, à dire « regarde, j’ai eu 19, je suis la première. »(Awa)
C’est bien, ça peut m’aider dans le sens que je ne sais pas (Sarah)
C’est mieux pour pas savoir sa note, à plus progresser dans le travail (Sofiane)
Cela précise où l’on s’est trompé et de retravailler où on a faux (Ivan)
On a du mal à comprendre. On peut voir où on a faux (Quentin)
Ça peut m’aider à voir dans quelle compétence je suis la plus faible (Artha)
Etre évalué par compétences, c’est un peu bizarre, mais c’est mieux car ça nous aide parce que les couleurs c’est plus facile (Maéva)
Ça fait rien, mais ça peut aider à mieux comprendre et à s’améliorer (Médrick)
Je trouve que c’est mieux pour savoir où on s’est trompé (Zineb) On voit mieux nos difficultés (Sofiane M.)
C’est bien, car ça peut nous aider à ne pas nous décourager (Laïla)
Pour moi, ça fait pareil qu’avec une note (Théo)
Je n’aime pas ça ! Cela peut m’aider à savoir les compétences qu’il faut réviser.(Aurore)
C’est bien, cela peut aider car on s’aperçoit de nos progressions (Sohaib)
En quatrième :
Sofiane G : On sait précisément ce qui va ou ce qui ne va pas
Assia : c’est beaucoup mieux parce qu’on comprend mieux. Tandis que la note, tu ne comprends pas pourquoi on a des moins 1.
Naofel : L’évaluation des compétences en français nous aide à mieux nous situer dans notre évolution ou notre dégradation, donc finalement, ça aide.
Prescilia : Je pense que c’est mieux de faire comme ça, au lieu de mettre des notes. je préfère que ce soit par couleurs.
Dylan : Je pense que c’est bien car ça nous permet de savoir ce qui ne va pas et de revoir cette compétence.
Sofiane M. : je pense que la fiche des compétences aide beaucoup, parce que si on saurait notre vraie note, ça pourrait nous décevoir et pas continuer nos efforts grâce à cette fiche, nous pouvons nous améliorer.
Mamadou : C’est très efficace, ça aide beaucoup, on peut mieux s’évaluer. Grâce à cette fiche, nous pouvons nous améliorer.
Sofiane A : ça aide en tout cas. Pour moi c’est plus facile et c’est simple.
Julia : C’est suffisamment important et ça aide à se rendre compte des efforts ou des défauts que je fais.

 

Lire l’ensemble des témoignages sur le site des Cahiers pédagogiques sur le thème : Comment j’ai mis le socle commun en place

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