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B* CAP vers la réussite au lycée professionnel ZEP Georges Lamarque de Rillieux-la-Pape (Journée Innovation 2015)

13 mars 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

CAP vers la réussite

Lycée professionnel [ZEP] Georges Lamarque
10 Route e Genève, 69144 Rillieux-La-Pape
Site du CARDIE de Lyon
Auteur : Christine Testanière
Mél : Christine-paule.testaniere@ac-lyon.fr

L’entrée au lycée peut s’avérer problématique pour l’adolescent s’il n’’est pas accompagné dans la démarche de changement que constitue le passage dans un lieu où se joue son avenir social et professionnel. La forte hétérogénéité du public accueilli en CAP menuiserie génère des questionnements quant à l’engagement de ces élèves sur deux années consécutives vers la qualification de niveau V, d’autant que la réalité confirme leur faible taux de réussite à l’examen voire de décrochage en cours d’année. Par ailleurs l’affaiblissement de l’enseignement professionnel dû aux représentations négatives persistantes dévalorise l’image que peuvent avoir les jeunes du CAP menuiserie. Il en résulte, ajouté à cette problématique, un rapport à l’école dégradé et une relative passivité face l’acte d’apprendre.
Le défi à relever consiste à inverser les mécanismes à l’œuvre en redynamisant une équipe d’enseignants intervenants en première année CAP menuisier.
Trois pôles en réseau :
• une politique d’établissement volontariste fondée sur des valeurs de démocratisation scolaire et un cadre institutionnel impulsant une dynamique de changement,
• une requalification de la filière bois par l’acculturation et la valorisation des métiers et des formations associées,
• une mutualisation des ressources et une généralisation de la démarche

Plus-value de l’action
La redynamisation d’une équipe pédagogique et l’accroissement de son expertise impliquent une réflexion sur les diagnostics de l’établissement mais aussi sur les pratiques conduites par les enseignants. La mise en projet des acteurs est aussi importante que le projet lui-même ; il engage l’enseignant et l’enrichit. Ce changement participe à l’implication des élèves dans leur scolarité et leur formation.

Nombre d’élèves et niveau(x) concernés
21 élèves de première année CAP menuisier

A l’origine
La classe de CAP menuisier regroupe des élèves d’origine scolaire hétérogène : 3ème Segpa, ULIS, 3ème générale, alternance et une proportion d’élèves qui ne maîtrisent pas la langue française et dont les problématiques familiales et sociales sont fragiles parce que précaires.
Durant l’année 2013-2014 nous constatons :
• Un fort taux d’absentéisme ou de retards volontaires
• Une scolarité antérieure chaotique ou inachevée (décrocheur passif)
• Une perte de confiance en l’école et/ou en soi
• Une orientation dans la filière bois sans réelles motivations et quelquefois subie
• Une distance géographique importante entre le domicile et l’établissement : ce qui entraîne découragement ou fatigue si l’élève n’est pas interne.
• L’arrêt des suivis médico-psychologiques, orthophoniques dès l’entrée au lycée et des élèves sortants du dispositif ULIS en raison de leur orientation en CAP.
La combinaison de tous ces facteurs rend difficile le contexte d’enseignement ; la forte disparité des besoins des élèves déstabilise l’enseignant qui n’a pas toujours les réponses adaptées et malgré l’implication de chacun le constat d’une relative impuissance face à un phénomène qui s’amplifie est indéniable. Le taux de réussite au CAP fluctue et baisse et des élèves décrochent avant la fin de la première année.
Jusqu’à présent la politique de l’établissement envisageait la réussite des élèves de CAP menuisier sous l’angle structurel d’un allègement de l’effectif de la classe en deux groupes identiques de 12 élèves. La modalité du dédoublement permettait de mieux accompagner les élèves dans leurs apprentissages et de mieux répondre à leurs besoins. Cependant bien qu’utile cette modalité ne parvient pas à inverser le processus.
La réflexion collective avec les enseignants de cette classe fait apparaitre que :
• Les deux groupes constitués en deux classes indépendantes qui ne se connaissent pas ; ce qui crée une marginalisation supplémentaire
• L’effectif de 12 est rarement atteint compte tenu des élèves absents ou décrocheurs, ce qui réduit d’autant la qualité des possibilités d’apprentissage, notamment par interactions et affaiblit la dynamique du groupe ; les élèves ne sont pas motivés pour apprendre et viennent « en touriste », les absents prennent du retard et les enseignements sont morcelés.
• Le dédoublement est perçu par les enseignants comme le moyen de gérer les comportements et d’avoir avec les élèves des relations plus positives. Cependant ils doutent de l’efficacité des actions mises en place compte tenu des résultats, certains facteurs ne sont pas neutralisés comme l’absentéisme, la faible implication notamment en classe, l’incapacité de travailler en groupe
• l’implication de l’élève dans des tâches jugées « non scolaires » est plus satisfaisante
• La difficulté pour les élèves de chercher et trouver des lieux de stage
Problématique : La politique de l’établissement en reprenant les grandes orientations académiques ainsi que ses valeurs agir ensemble, avec compétences et ambition pour faire réussir tous les élèves y compris les plus fragiles, doit s’infléchir dans le sens d’une redynamisation des équipes, d’un accroissement de leur professionnalisation et d’une action collective au service du maintien de tous les élèves dans un parcours de formation vers la réussite au CAP. Pour ce faire l’expérience qui sera conduite par une équipe d’enseignants volontaires tentera de mettre en évidence, dans le rapport actions/modalités de travail/évaluation, des corrélations contribuant à améliorer l’engagement des élèves dans leur scolarité.

Objectifs poursuivis
• Valoriser la filière et la formation pour développer la motivation de l’élève
• Personnaliser l’enseignement et donner à chacun la possibilité de s’engager dans sa scolarité
• Faciliter l’accompagnement des élèves et améliorer leur réussite aux examens
• Éviter le décrochage scolaire et la sortie sans qualification et soutenir leur projet professionnel

Description
L’expérience introduit des préoccupations pédagogiques qui permettent aux enseignants volontaires de s’y engager selon leur perception du changement, leur expérience, leur disponibilité. Certains auront donc un statut de pilote d’autres de collaborateurs, d’autres d’observateurs. Quel que soit le statut adopté par l’enseignant dans l’équipe, nous supposons qu’il induit des opportunités de travail et des stratégies d’engagement.
- La préparation de l’expérience :
• La première étape a consisté à lister toutes les actions susceptibles de créer une identité classe : acculturation et valorisation de la filière bois.
• La deuxième étape a consisté en la mise en place de modalités de travail :
◦ au dédoublement a été associée la mise en barrettes des enseignants d’une même discipline sur l’emploi du temps : EPS, atelier, maths sciences. Un seul enseignant en langue vivante pour les deux groupes.
◦ une salle fixe ou un atelier a été attribué à chaque enseignant de manière à favoriser les types d’organisations. L’enseignement général est associé à la notion « d’identité » classe : par la reconnaissance de ce qui est entrepris en atelier, par les modalités de travail en barrettes.
• La troisième étape a consisté à mettre en perspective les actions en fonction des effets attendus. A chaque action correspond une finalité pédagogique : donner les conditions matérielles de travail, préparer à la mobilité, préparer le stage en entreprise, impliquer les familles ou les tuteurs, préparer à un examen, soutenir le projet de l’élève ou le construire.
- L’opérationnalisation
L’engagement est au cœur du dispositif pour créer une dynamique du groupe et un effet d’entraînement : Montrer des modèles d’engagement aux élèves :
• le partenariat avec handicap international : lutte contre les mines anti personnelles : participation à l’action « pyramide de chaussures »
• le partenariat avec les entreprises qui accueillent les élèves en stage : enquête auprès des chefs d’entreprise : connaissance de l’entreprise, de son but, de son fonctionnement, de son éthique….
• l’équipe enseignante et médico-sociale qui se mobilise pour mettre en œuvre les actions et les soutenir : accompagnement d’une sortie, cours de FLE, soutien financier/matériel
• Impulser l’engagement des élèves et favoriser l’exercice de la responsabilité : le rendre partenaire actif ; donner de la valeur aux actions : outre les aptitudes cognitives des élèves, c’est leur motivation qui explique leur réussite parce qu’ils en connaissent l’enjeu.
◦ Premier engagement de l’élève : l’obligation d’avoir ses affaires - priorité donnée aux conditions de travail dès le début de l’année : avoir sa carte TCL, son matériel pour travailler, sa tenue d’atelier, son cadenas. L’établissement prend en charge quand cela est nécessaire avec l’aide de l’assistante sociale
◦ Deuxième engagement de l’élève : par la valorisation de la fillière bois - multiplier au premier trimestre les sorties pédagogiques en lien avec l’expérience des déplacements, la découverte du monde de l’entreprise, la découverte des formations, la participation à des chantiers et les visites, l’étude des bois, les courses d’orientation, la découverte de la filière bois et des champs connexes (énergie, bâtiment, sylviculture, développement durable…)
◦ Troisième engagement de l’élève : par la valorisation et la reconnaissance de la classe de CAP menuisier ; l’identité prend un sens symbolique.
◦ ◦ faire planter un arbre et donner un nom à la classe « la promotion merisier »
◦ ◦ préparer le stage en entreprise : Fabrication collective d’un outil pour faciliter la recherche de stage, outil utilisé par d’autres élèves que les élèves de CAP menuisier (bac professionnels)

Modalité de mise en œuvre
Le dédoublement est maintenu mais les deux groupes de CAP menuisier travailleront conjointement. Deux enseignants d’une même discipline en barrettes : en atelier, en maths et sciences, EPS. Envisager dans le temps ordinaire des élèves tout ce qui est souvent placé en marge notamment l’accompagnement personnalisé.
Brain storming en septembre lors d’une réunion d’équipe puis catégorisation et mise en perspective en fonction des effets attendus et élaboration d’un calendrier annuel. Après chaque réunion, un relevé de conclusions est établi par le chef d’établissement en réélaborant la réflexion ;
• Les diagnostics sur le fonctionnement de l’établissement comme base de réflexion et de travail
• l’entretien personnalisé est mené en début d’année pour connaitre le parcours des élèves, leurs réussites, leurs atouts, leurs besoins : un compte rendu précis est communiqué à l’AS, au COP et aux enseignants de la classe qui prennent le relais L’action spécifique Français Langue Etrangère pour les sept élèves allophones : modalité : en début d’année après l’entretien personnalisé projet envoyé à la direction académique et à la chargée de mission allophone pour que l’action soit mise en œuvre.
La remise du bulletin en fin de premier trimestre doit être incitative les parents ou tuteurs doivent avoir un entretien avec le professeur principal : deux modalités : l’appel téléphonique et le courrier

Difficultés rencontrées
• Formation des enseignants : décrochage scolaire
• Troubles des apprentissages
• Estime de soi
• La réécriture du projet d’établissement - Les diagnostics du fonctionnement de l’établissement
• La collaboration équipe d’enseignants/direction/vie scolaire/COP/secteur médico social

Moyens mobilisés
DGH : dédoublement de la classe comme les années précédentes soit deux fois 26 heures avec 1h de dessin de construction Réunions de l’équipe pédagogique élargie : quatre fois 1h30 dans l’année : en septembre, en novembre, en février, en mai/juin + deux conseils d’enseignement 2 HSA soit 72 HSE pour les cours de FLE

Partenariat et contenu du partenariat
- Une enseignante chargée de conduire les élèves allophones à l’examen du DELF niveau A1 ou A2 ou B1. Associée aux professeurs d’atelier et à une enseignante de lettres HG. Deux heures par semaine en collaboration avec les trois professeurs
- Les entreprises « menuiserie » de LYON, celles qui accueillent ou sont susceptibles d’accueillir les élèves en stage
- Handicap International : participation de la classe à l’action « pyramide de chaussures » le 20 septembre 2014
- Le parc de la Croix Laval qui a reçu les élèves et donné un arbre au lycée

Evaluation
- INDICATEURS QUANTITATIFS :
• Taux de réussite au DELF et au CAP
• % d’accès en deuxième année
• % d’accès à la qualification
• Nombre de mentions en conseil de classe
• % de retards et d’absences en cours et en atelier
• % d’avertissements en conseils de classe
- INDICATEURS QUALITATIFS :
• 1-évaluation du rapport à l’école : registres scolaire et symbolique à partir d’un dispositif d’expression collective : élèves/enseignants : notion d’engagement partagé. • 2-Degré de satisfaction ou de rétention des acteurs.
• 3-continuité du projet sur en deuxième année CAP menuisier et reprise du projet en première année.

Modalités du suivi et de l’évaluation de l’action
Améliorer la qualité des preuves quant à l’efficacité de cette expérience :
- 1-Suivi des liens entre :
• la nature des actions, les conditions de leurs mises en œuvre et la modalité de travail - l’engagement d’une équipe de professionnels et l’engagement des élèves
• la valorisation de la filière bois et le parcours de formation de l’élève
• la connaissance des élèves, de leurs besoins et les actions mises en œuvre.
- 2- Les effets de l’expérience :
• Vie scolaire % d’absences, de retards non justifiées, d’abandons en cours de première année
• Direction : % de parents présents à la remise des bulletins fin novembre, % de mentions ou d’avertissements en conseil de classe sur les trois trimestres • Enseignante FLE : taux d’investissement en % de présents et taux de réussite au DELF
3- les enseignants Les modalités de travail et les effets sur leurs pratiques et sur les élèves - La coopération - La co intervention - Le partenariat avec les entreprises - Taux de participation aux réunions

Effets constatés
- Sur les acquis des élèves :
Réussite au DELF pour les élèves allophones première étape avant le CAP Acquisition d’habitudes de travail au lycée et de mobilité géographique Responsabilisation de l’élève dans le groupe : sens du devoir et recherche de la réussite : effet d’entraînement sur les autres élèves de la classe.
Première évaluation suite à la rencontre avec les enseignants de fin de premier trimestre :
• En atelier :
◦ les élèves n’oublient pas leurs clefs, mettent leur tenue de travail, ont leur carnet de liaison, savent pourquoi ils sont là, arrivent à l’heure malgré leur éloignement, sont au travail, savent être curieux attentifs, connaissent leurs limites, rendent leur travaux à temps, sont dans le challenge
◦ Les deux groupes d’élèves ne sont pas mobilisés de la même manière mais l’un des deux groupes entraine l’autre à l’image des deux enseignants de la classe : un qui pilote, un qui coopère.
◦ L’autorité des deux professeurs est reconnue. Il n’y a pas d’obstacle à leur prise de parole dans les différents groupes.
◦ Forte collaboration des trois enseignants d’atelier menuiserie : des relais sont pris dans le pilotage des actions.
• En enseignement général :
◦ Deux professeurs en barrette permet une continuité pédagogique quand un professeur est absent occasionnellement l’autre professeur prend en charge la classe.
◦ La co intervention augmente les différentes possibilités d’accompagnement individuel
◦ La co intervention doit être fondée sur une relation de confiance : légitimité des deux enseignants est préservée.
- Sur les pratiques des enseignants : Le statut de l’enseignant : pilote, collaborateur ou coopérateur, observateur a une incidence sur la posture de l’élève. La co intervention en classe (deux enseignants dans la classe) améliore la continuité pédagogique, diversifie les pratiques habituelles, sécurise les pratiques pédagogiques par la présence d’un deuxième enseignant.

- Sur le leadership et les relations professionnelles :
• Les enseignants « pilotes » :
◦ leur engagement mobilise d’autres enseignants et d’autres personnels (jardiniers du lycée) et recrée de la motivation
◦ pour l’un, qui est contractuel, son engagement le mène à passer un concours pour changer de statut
• Les enseignants « collaborateurs » : Enrichissent les actions proposées par leurs initiatives au sein du projet : nouvelles actions en arts appliqués, au CDI, en maths-sciences, en lettres. Se proposent aussi d’accompagner les sorties pédagogiques. Soutiennent et valorisent les actions conduites par les enseignants « pilotes ».
• Les enseignants « observateurs » : émettent un avis sur l’évolution de la classe : facteurs de réussite. Participent aux réunions. Des professeurs se remobilisent après quelques années de découragement quant aux actions possibles avec la classe de CAP menuiserie.
- Sur l’école / l’établissement : Continuation de l’expérience. Des professeurs d’autres classes sont intéressés par ce projet mobilisateur pourquoi pas avec les élèves de seconde TF, classe réunissant des élèves peu motivés.
- Plus généralement, sur l’environnement : La redynamisation de l’équipe pédagogique

Extrait du site Expérithèque : 2015 CAP vers la réussite

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