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Journée OZP 2016. Les fonctions spécifiques à l’éducation prioritaire (table ronde)

10 juin 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Journée nationale OZP, 28 mai 2016

LES FONCTIONS SPÉCIFIQUES À L’ÉDUCATION PRIORITAIRE
Compte redu de la table ronde

 

Résumé  : L’apport des fonctions spécifiques à l’éducation prioritaire, leur évolution, leur reconnaissance par l’institution ont traversé toute cette journée de l’OZP. Si les coordonnateurs et les pilotes ont été confortés dans leur mission, une inquiétude forte s’est exprimée sur l’avenir des professeurs référents. Leur mission est vitale pour l’éducation prioritaire et la transformation des pratiques professionnelles. Beaucoup voient leurs missions évoluer dans 3 directions différentes : Certains sont sur des postes « Plus de maîtres que de classes » dans les écoles, d’autres sont devenus formateurs REP, d’autres coordonnateurs de niveau en collège. Une évolution prématurée peut être un gâchis pour l’institution et une injustice pour les personnes. »

 

Compte rendu

Exposés des trois intervenants :


De gauche à droite : Alexis Lebert, Julien Destéfanis, Jean-Claude Emin (animateur), Laurence Baulu

Julien Destéfanis a connu dans l’académie de Nice tous les avatars de la fonction de professeur référent. Nice est cependant une des académies où les missions des professeurs référents ont été pérennisées et stabilisées, avec des lettres de mission, encore que, dans un réseau de Toulon, on va expérimenter une redistribution de l’ensemble des heures des référents sur un grand nombre de missions.

Les missions remplies effectivement par les professeurs référents sont très disparates. Le travail de liaison entre écoles et collèges, entre niveaux, entre les différentes catégories d’acteurs est leur point commun.
Il y a une porosité et une imbrication avec les PDMQDC.
Un moyen indispensable au cœur du REP+. Evitons de les faire disparaître.
Protocole d’inspection : conjointe par IPR et IEN.

Alexis Lebert, principal adjoint dans le REP+ Georges Rouault à Paris, développe le point de vue d’un pilote à travers la gestion des temps (dans les divers sens du terme) et la culture de l’écrit, base de la continuité.
Dégager du temps pour travailler ensemble. Calendrier. Ne pas gaspiller ce temps commun. Éviter les programmes trop chargés, les réunions trop fréquentes. Ne pas multiplier les commissions.
Prendre le temps qu’il faut. Le temps de se poser des questions (est-il vraiment nécessaire de modifier les pratiques ?), ne pas se précipiter. Parfois temporiser. Ajuster les objectifs. Provoquer la prise de conscience sans engendrer de malaise.
Articuler et concilier le temps de concertation de la réforme des collèges et le temps du projet de réseau.

La culture de l’écrit. Formaliser l’action collective dans des rapports périodiques, des comptes rendus systématiques. Documents de référence : le projet, le livret de rentrée pour l’accueil des nouveaux. Rédiger l’ordre du jour des réunions, le calendrier et l’objet des réunions. Programmer le travail collectif, la formation.
Écrits publics : les fiches de postes peuvent être affichées en salle des professeurs.
La formation, sur des sujets ciblés en début d’année. Identifier les personnes-ressources.

Laurence Baulu, proviseure adjointe à Lure, ancienne correspondante académique pour l’éducation prioritaire.
Comment les Fonctions spécifiques de l’EP font-elles bouger les pratiques ?
Coordonnateur ou professeur référent sont à la jonction entre deux mondes : un pied hors de la classe et l’autre pied dans la classe. Quelqu’un à la manœuvre entre la vision et l’action. Vision systémique : des fonctions qui travaillent sur les relations. Lien assurée par une personne qui n’ignore pas la problématique de l’autre. Elles permettent de travailler enfin sur le « comment on va faire ? » et non plus « comment il faut faire ? » On n’est plus dans l’injonction.
Les coordonnateurs, comme les référents, tiennent souvent à garder une classe pour rester dans cette double appartenance.
Développement de nouvelles habitudes de travail. Travailler et penser en collectif. Penser à l’organisationnel par le prisme de la pédagogie. En REP, la réforme des collèges n’a pas créé de drames, car l’habitude du travail collectif était déjà là.

Ces fonctions font naître de nouveaux besoins de formation
Identifier les besoins du collectif du réseau. Identification des freins. Participation éclairée au diagnostic. Écoute. Centration sur le projet.
La présence de formateur dans le REP+ permet d’articuler identification des besoins, réponse de formation et mise en pratique.

Quel soutien demandent ces fonctions ?
J’ai découvert la solitude des coordonnateurs dans leur réseau. Dans l’académie de Besançon, nous avons créé un collectif des 16 coordonnateurs pour se soutenir et échanger.
Besoin d’une hiérarchie accompagnante, avec des entretiens réguliers, qui fasse confiance, qui accorde du temps, qui soit raisonnable dans ses demandes, qui ne mette pas en porte à faux. Une Lettre de mission académique avec une déclinaison locale, qui soit claire sur les contours du poste, qui évite l’empilement des demandes chaque fois qu’un problème apparait. Les conditions de travail ont aussi leur importance : lieu, outil et temps de travail.

Ces fonctions seront mieux assumées si les collègues ne sont pas dans la suspicion, s’ils ne "refourguent" pas leur travail, (toi qui n’a pas de classe, tu peux nous faire ça), s’ils sont positifs.

La formation. Le PNF (plan national de formation) a prévu une formation pour 150 coordonnateurs.
L’articulation entre les fonctions demande une réflexion. Qu’aucun n’ignore la problématique de l’autre.
Comment permettent-elles d’organiser l’autonomie pédagogique dans le cadre du projet de réseau ?
Le coordonnateur est la cheville ouvrière du projet. Il participe à l’audit au cœur de la classe, à l’élaboration, à la rédaction. Il assure le suivi : Il est le gardien de la vision du réseau face aux vagues de priorités qui font perdre de vue le cap. Il veille à ce que le projet de réseau soit la référence constante et ne reste pas dans le tiroir.

Stabiliser ces fonctions
Les coordonnateurs ont été confortés. Ne pas les prendre pour des maîtres +. Création de collectifs pour sortir de l’isolement.
Incertitude sur l’avenir des professeurs référents. Tentation de récupérer la ressource pour d’autres fonctions. Rappeler l’aspect vital de ces fonctions. Sans chef de projet, pas de projet.
La dilution en diverses missions, financées en IMP (indemnités de Mission particulière) présente un risque de perte d’identité.
Que ces fonctions soient liées à la durée du projet, pour assurer la continuité malgré les ruptures dans le pilotage.

Que l’institution utilise les compétences et facilite l’évolution de carrière
En évitant l’ingratitude...En prenant garde aux économies d’échelle.
En développant ces fonctions hors de l’éducation prioritaire. Elles seraient bien utiles pour mener la refondation de l’école.
La vraie question : entre carrière de cadre et retour dans la classe ?
De nouvelles fonctions à inventer, mettant en valeur les compétences acquises dans ces fonctions : expertise de l’analyse de problématiques collectives et de l’ingénierie de formation. Pour des missions de conseiller technique aux réseaux et aux établissements ?

 

Débat

L’avenir des professeurs référents est au centre de ces échanges.

Pascal Réquana, directeur d’école en REP+ : pour les enseignants, c’est en rencontrant les professeurs référents qu’ils ont vraiment le sentiment d’appartenir à un réseau et d’être en éducation prioritaire. Les PDMQDC risquent de disparaître et ne sont pas porteurs d’identité.

Marc Bablet, chef du bureau de l’éducation prioritaire à la DGESCO, récapitule les prises de position récente de sa Direction en particulier sur l’évolution des fonctions. Les fonctions de professeur référent avaient fait apparaître 3 types de mission :
- une aide plus inclusive aux élèves
- un travail d’accompagnement des collègues
- un travail inter-niveaux
Ces missions sont conservées et peuvent être réparties sur des personnes différentes :
- poste « Plus de Maîtres que de classes. »
- formateur REP
- cycle 3.
Les postes PDMQDC vont continuer à se développer, dans et hors éducation prioritaire, ainsi que la co-intervention, notamment dans le cycle 3.
Les missions des coordonnateurs sont confortées. Le PNF prévoit l’accueil de 150 coordonnateurs.
Le texte instituant les IMP (en particulier pour les coordonnateurs de niveau) prévoit un vote du Conseil d’Administration sur la définition de leurs missions.

Marc Douaire résume le sentiment général : il insiste aussi bien sur le besoin de renforcer les postes spécifiques que sur la nécessité de tenir compte des personnes qui se sont engagées sur ces missions. Si des enseignants ont accepté de devenir professeur référent et qu’ensuite on supprime ces fonctions, on crée un gâchis des compétences d’ingénierie qu’ils ont développé et on crée un sentiment justifié de frustration.
Compte rendu rédigé par François-Régis Guillaume

 

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