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Rapport Rythmes scolaires et PEDT : entretien avec Françoise Cartron ; l’enquête AMF-CNAF contredit ce rapport

8 juin 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Rythmes scolaires et PEDT
« Cette réforme n’a pas créé d’inégalités, elle les a révélées et doit contribuer à les combler. »

Françoise Cartron, vice-présidente du Sénat, a remis le 20 mai dernier son rapport sur les projets éducatifs de territoires (PEDT) et la mise en place de la « réforme des rythmes », lequel dresse un constat optimiste de la situation et pointe la coopération entre acteurs locaux comme facteur principal de réussite. Elle répond ici à nos questions.

Certains vont accuser votre rapport d’être trop optimiste, en soulignant davantage ce qui marche, ou d’avoir choisi des communes qui répondraient favorablement. Que répondez-vous à cela ?

Tout d’abord, je rappelle que je formule vingt-cinq pistes d’amélioration. Alors, je ne sais pas si je suis trop optimiste, mais j’ai eu la volonté d’être constructive. Ensuite, sur la méthode, et j’invite les lecteurs à se reporter aux annexes et aux propos introductifs du rapport, j’ai souhaité échanger, lors des auditions ou au cours de mes nombreux déplacements, avec l’ensemble des acteurs de la Communauté éducative et lorsqu’il s’agissait d’élus, j’ai tenu à interroger toutes les sensibilités politiques.

Le questionnaire auquel ont répondu à ce jour près de 1 200 communes a d’ailleurs été transmis à l’ensemble de la représentation sénatoriale et une large publicité en a été faite sur les réseaux sociaux. Les communes de moins de 2 000 habitants représentent 60% des données. Les communes sont issues de 85 départements différents. Elles représentent plus de 4,3 millions d’habitants et plus de 360 000 enfants scolarisés.

Je remarque par ailleurs que le président de l’Association des maires de France, François Baroin, a depuis peu une position claire sur le sujet : on ne reviendra pas sur la réforme. Si je suis optimiste, j’ai l’impression qu’il s’agit de plus en plus d’un optimisme partagé. Tant mieux !

En outre, la mission que m’a confiée le Premier ministre consistait à identifier les points de blocage ainsi que les bonnes pratiques afin de les diffuser, de les valoriser et de les développer. Nous avons recueilli des témoignages spontanés de toute la France. Les exemples cités dans le rapport sont authentiques. C’est remarquable de voir que les élus, d’abord confrontés à une mise en place compliquée, aient souhaité témoigner de la réussite des projets.

Le rapport identifie aussi des difficultés, nous ne les nions pas, évidemment, mais il est nécessaire de mettre en avant le travail de qualité mené par des équipes engagées. Il est maintenant venu le temps d’un nouveau saut qualitatif, de se concentrer collectivement sur la qualification, la meilleure articulation scolaire-périscolaire, la diversification des contenus et ainsi offrir à tous les enfants des activités enrichissantes réservées jusqu’alors à une minorité. Maintenant que les passions sont retombées autour de cette réforme, je pense que cette démarche collective est possible. Sur le long terme !

Vous évoquez les inégalités qui existent entre communes, révélées par la mise en place des PEDT. Quand, d’après votre rapport, ces inégalités peuvent-elles être comblées, par quelles manières de procéder ? Comment avancer dans les années à venir ?

Je le crois la réforme bénéficie surtout aux enfants de milieux sociaux défavorisés, qui avaient peu ou pas d’activités extra-scolaires. Tous les enfants ne lisent pas chez eux, ne font pas de cuisine ou de jeux de société. Ils ont maintenant accès à ces activités et c’est fondamental.

C’est la qualité de la coopération qui a souvent conditionné la réussite du projet bien plus que le discours entendu sur la richesse des contenus prétendument réservée aux grandes villes. Ou la mise en place de l’ « atelier idéal » qui n’existe pas.
Ce qui apparaît tout d’abord c’est que, dans les territoires où les politiques éducatives territoriales préexistaient, là où les acteurs locaux se connaissaient et où les élus étaient déjà sensibles à la qualité des projets éducatifs, les choses ont été plus faciles. C’est la généralisation des PEDT qui a mis en lumière ces écarts dans l’offre éducative locale.

Mais je le répète et je le répéterai encore sûrement, cette réforme n’a pas créé d’inégalités, cela est faux. Elle les a révélées et doit contribuer à les combler. C’est déjà le cas dans de nombreux départements et de façon spectaculaire.
Aujourd’hui, l’État s’est engagé dans l’accompagnement des communes et, à ce jour, 96 % des communes sont dotées d’un PEDT. Les écarts se combleront notamment par un dialogue accru entre l’école et ses partenaires, par des formations interprofessionnelles, axe fort de mon rapport.

Il y a la question du périscolaire et celle des apprentissages avec les cinq jours de classe. Entre la mise en avant, souvent impressionniste, de la « fatigue accrue » des enfants et un discours parfois irénique du ministère (renforcement des fondamentaux et progrès), comment y voir clair ?

La question de la fatigue des enfants, que les nouveaux rythmes auraient accrue, revient régulièrement dans les entretiens avec les enseignants, plus souvent à l’école maternelle. Les médias nationaux s’en sont aussi très largement fait l’écho, de sorte qu’il devient périlleux de savoir s’il s’agit d’un lieu commun, répété à l’envi, ou bien si la critique a quelque fondement. Nous n’avons pas suffisamment de recul. Mais des enseignants m’ont également dit qu’ils étaient en avance sur le programme et qu’ils en étaient, en février, à ce qu’ils faisaient précédemment en avril.

Une récente enquête menée par la ville d’Arras témoigne d’un écart important entre la perception que se font les adultes de la fatigue des enfants selon qu’ils soient de la famille, des enseignants ou des animateurs. L’étude présentée début juin montre cependant qu’il « n’existe pas de troubles du sommeil liés à l’aménagement du temps ». Que 63 % des parents estiment qu’ils améliorent le climat de l’école ; 71 % que les TAP (temps d’activités périscolaires) améliorent les compétences de leurs enfants en sport et leur autonomie, et 90 % que les compétences artistiques se développent. Nul doute que les résultats positifs de cette enquête - scientifique - vont faire la Une des quotidiens.
Ce qui est certain, c’est que la réforme des temps éducatifs répond à un besoin scientifiquement prouvé, puisqu’elle s’appuie sur un rapport de l’Académie de médecine qui déplorait déjà une trop grande fatigue des enfants sur la semaine de quatre jours après sa mise en place en 2008. Là où cet objectif ne sera pas atteint, alors il faudra trouver des pistes d’amélioration. J’en propose.

Et puis, je le dis, la fatigue décriée doit être abordée au regard de l’évolution des modes de vie. Le temps de l’enfant se répartit sur le temps familial, le temps scolaire, le temps périscolaire, le temps des vacances, le temps des loisirs et sur celui des activités qu’ils choisissent (sport, musique). Le temps annuel de vie des enfants est de 8 760 heures, l’école représentant 846 heures soit 10% du temps. Les nouvelles activités périscolaires concernent 3 heures maximum par semaine du temps des enfants, donc 108 heures annuelles (1,2% du temps).
Le temps familial mérite aussi d’être interrogé. Les chronobiologistes expliquent que la longue coupure du week-end autorise à coucher les enfants plus tard dès le vendredi soir. Dès lors, le lever du samedi se décale, de la même manière le coucher du samedi soir est déplacé à son tour. Ce décalage est jugé néfaste pour le rythme des enfants qui arrivent le lundi matin très fatigués.

Ces alertes sur le temps de sommeil rejoignent celles sur l’utilisation des écrans le soir. Une récente enquête menée auprès d’enfants d’âge élémentaire par l’association Morphée indique que 30% des enfants ne dorment pas assez du fait, d’une part de l’utilisation de téléphones portables ou Smartphones et d’autre part de la télévision ou des jeux vidéos. Les études de l’impact des lumières bleues sur le temps d’endormissement indiquent qu’elles nuisent aux conditions de sommeil et augmentent la fatigue.

Les activités périscolaires ont pu, lors de la mise en place des TAP, augmenter l’impression de fatigue liée d’une part à l’utilisation de locaux inappropriés ou trop bruyants et d’autre part à la surcharge d’activités. Mais le contexte et la pression des parents sur les activités « qui feraient mieux réussir leurs enfants » dans une logique consumériste ont, les premiers mois, poussé les élus à proposer des ateliers très sollicitants pour les enfants.
Entre 2014 et 2015 les projets éducatifs ont été revus et tant du point de vue du nombre que de celui du type d’ateliers proposés repensés avec un regard bienveillant sur la problématique de la fatigue des enfants.

L’enfant se construit sur l’ensemble de ces temps et la rythmicité est fondamentale : respecter le temps de sommeil, le temps de repos, proposer des activités pédagogiques aux heures les plus efficaces et ne pas surcharger les enfants d’activités est une responsabilité partagée.

Comment faire évoluer le regard des enseignants sur les activités périscolaires et sur les animateurs  ?

Les élus interrogés témoignent d’une collaboration qui s’améliore. L’enjeu maintenant est, comme nous l’avons indiqué dans le rapport, que chacun prenne conscience de l’intérêt de moments éducatifs qui ne soient pas uniquement dédiés à l’acquisition de connaissances, laissant la part belle aux jeux, à l’expérimentation, à la découverte, à la recherche, à la coopération et au vivre-ensemble. Cela passe par des moments d’échanges entre professionnels, de formations partagées sur des thématiques communes. Ce qui rassemble, c’est l’intérêt de l’enfant.

Vous faites une série de recommandations. SI vous deviez en sélectionner trois, lesquelles vous paraissent les plus importantes ?

Si je devais choisir j’en sélectionnerais vingt-cinq ! Sérieusement, la simplification des démarches administratives est fondamentale, les élus des plus petites communes témoignent unanimement de la lourdeur des démarches et certains renoncent à demander les aides financières auxquelles ils pourraient prétendre. Or, de cette aide peut dépendre le cadre du projet.

La nouvelle étape qualitative passe aussi par la formation et la diffusion de nouveaux contenus pour diversifier l’offre.

Afin de diversifier l’offre pédagogique et éviter l’essoufflement, je suggère de créer une plateforme de partage des ressources. Je préconise de développer, en lien avec des musées ou des structures culturelles, des « mallettes pédagogiques » pour faciliter la mise en place de nouveaux ateliers et je défends une mobilisation plus forte des « ressources thématiques locales » (associations, parcs naturels…).
En maternelle, je fais également un certain nombre de préconisations. J’ai vu de très beaux aménagements du temps, à Orchies par exemple.
Enfin, il faut aller plus loin vers l’articulation et l’harmonisation entre le temps scolaire et le hors temps scolaire pour que ce qu’on propose dans l’atelier ne soit pas en concurrence ou en doublon avec le temps scolaire.

Le rapport

Extrait de cahiers-pedagogiques.com du 07.06.16 : Rythmes scolaires et PEDT

 

Rythmes scolaires : l’enquête AMF-CNAF contredit le "rapport Cartron"

"64 % des communes et 53 % des intercommunalités jugent peu ou pas satisfaisantes des conditions de mise en oeuvre de la réforme dans les écoles élémentaires", un pourcentage qui monte à 75 % pour les écoles maternelles, révèle l’enquête annuelle AMF-CNAF, dévoilée ce 31 mai à l’occasion du salon des maires. Ces chiffres contredisent ceux de la sénatrice Françoise Cartron pour qui près de 97 % des maires répondaient positivement à une question certes différente, "les enfants sont-ils heureux de participer aux activités (périscolaires générées par la réforme) ?"

Selon l’enquête de l’association des maires de France, le "coût annuel moyen brut par enfant inscrit aux NAP (est) de 231 €", un chiffre supérieur de 12 € pour les EPCI. Un quart des communes (et 17 % des EPCI) sont à moins de 150 € et 36 % (39 % pour les EPCI) à plus de 250 € (à noter que, selon F. Cartron, ces chiffres correspondent au coût total des activités périscolaires, sans distinction de celles qui sont générées par la réforme et des autres accueils). Dans les deux tiers des communes (3/4 des EPCI), les activités sont gratuites.

Des difficultés persistantes

Le pourcentage de communes faisant état de difficultés de mise en oeuvre (financement, recrutement des personnels, locaux, qualification des personnels) a diminué mais reste élevé, de 92 % l’an dernier à 70 % cette année. A noter que l’élaboration des PEDT (projets éducatifs de territoire) n’est citée parmi les difficultés que par 11 à 12 % des communes, et les relations avec la CAF par 4 % des communes, là aussi des données en contradiction avec l’enquête de F. Cartron. L’élaboration des PEDT est le fait des communes dans 80 % des cas, des intercommunalités dans 20 %.

Selon l’AMF et la CNAF, 63 % des collectivités déclarent un taux de fréquentations des NAP égal ou supérieur à 70 % pour les élèves des écoles élémentaires. Ce taux diminue de 10 points pour les élèves des écoles maternelles.

Ces données sont extraites des réponses de 5 500 communes ou intercommunalités au questionnaire adressé aux 23 000 communes disposant d’une école publique.

- Ecoles
Auditionnée sur les rythmes scolaires, l’AMF a rappelé les difficultés des maires
Auteur : Sébastien Ferriby
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Lire le document (5 pages)
18 mars 2016

- Enquête 2016
Réforme des rythmes scolaires
Auteur : AMF
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7 mars 2016

Extrait de touteduc.fr du 31.05.16 : Rythmes scolaires : l’enquête AMF-CNAF contredit le "rapport Cartron")

 

Voir aussi sur l’OZP :

Rythmes scolaires : une réforme "irréversible" (F. Hollande), dont "personne ne remet en cause l’application" (F. Baroin) du 3 juin 2016

Rythmes scolaires : selon le rapport de Françoise Cartron, ces activités profitent en priorité aux enfants défavorisés, qui n’en bénéficiaient pas auparavant du 21 mai 2016

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