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Les recommandations du CNESCO sur la différenciation pédagogique : faire réussir tous les élèves (analyses du Café pédagogique, ToutEduc et Louise Tourret)

30 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

Des recommandations pour une différenciation pédagogique efficace
orientée vers la réussite de tous les élèves

Les recommandations ont été rédigées par le jury de la conférence de consensus Cnesco-Ifé/ENS de Lyon sur la différenciation pédagogique qui s’est tenue les 7 et 8 mars 2017 (Lycée Diderot, Paris). Le jury est constitué de 18 acteurs de terrain (enseignants, chefs d’établissement, conseillers pédagogiques, inspecteurs, formateurs…) et est présidé par l’universitaire Marie Toullec-Théry.

Les recommandations du jury se concentrent sur la différenciation pédagogique et rappellent que les différentes formes de différenciation structurelle (redoublement, classes ségrégatives…) ne sont pas efficaces, au regard des résultats de la recherche. Ces recommandations portent sur l’enseignement obligatoire (école, collège) mais peuvent également éclairer les pratiques mises en œuvre dans les lycées. Elles soulignent le fait qu’il n’existe pas une seule « recette pédagogique » efficace, mais un panel de pratiques pédagogiques que l’enseignant doit être en mesure d’adapter aux situations d’apprentissage et aux élèves.

Principes généraux pour faire réussir tous les élèves

- Un temps d’apprentissage ajusté aux rythmes d’apprentissage des élèves

Aucun élève ne progresse à la même vitesse mais chacun doit avoir accès aux savoirs essentiels, cruciaux. Cela passe par une réorganisation du temps d’enseignement et/ou par une préparation des élèves en amont du cours.

- Un rapport adéquat entre l’élève et l’école

La logique de l’école doit rencontrer la logique de l’enfant pour faire évoluer son univers de référence (fondé sur son environnement familial, culturel et social). Les situations d’apprentissage doivent conduire les élèves à passer de leurs représentations « premières » sur le monde, issues de leurs perceptions et de leurs expériences, à des connaissances scolaires. Il faut partir de ce que les élèves savent et de la façon dont ils pensent le monde pour les amener vers de nouveaux savoirs et compétences.

- Un environnement structuré, avec des aides et des repères

Plus un élève est loin des savoirs scolaires, plus il a besoin d’être guidé de façon structurée dans ses apprentissages : énoncé clair des objectifs de l’enseignement, synthèses régulières, retours aux consignes, bilan de ce qui a été appris… Par exemple, des problèmes déjà résolus peuvent être présentés aux élèves afin de leur faire exprimer ce qu’ils comprennent des procédures mises en œuvre.
Des situations d’apprentissage limitant les informations inutiles

Une tâche qui véhicule trop d’informations, dont certaines inutiles, peut entraîner des difficultés chez certains élèves. Les enseignants peuvent épurer certains documents, notamment numériques, pour centrer les élèves sur les enjeux principaux de l’apprentissage.

- Pratiques enseignantes

Un enseignant, dans sa classe, doit être en mesure de faire varier ses pratiques, afin de s’adapter à la diversité de ses élèves, tout en maintenant des objectifs communs et des temps d’apprentissage collectifs. Cela suppose une maîtrise des contenus enseignés, une évaluation fine et régulière des savoirs des élèves et la mise en place de routines dans les classes.
Garantir des objectifs ambitieux communs à tous
Prendre en compte la diversité des élèves dans les situations collectives
Faire expliciter par les élèves ce que l’on attend d’eux
Pratiquer l’auto-évaluation pour responsabiliser davantage les élèves
Varier les situations d’apprentissage
Agencer les différentes phases d’apprentissage
Adopter des postures enseignantes variées
Éviter les difficultés liées au travail à la maison

- Dispositifs dans la classe

La différenciation pédagogique peut passer par une réorganisation de la classe. Les dispositifs proposés aux élèves doivent être variés et souples. Ils doivent favoriser les interactions entre l’enseignant et ses élèves d’une part, et entre les élèves d’autre part. Ils peuvent aussi s’appuyer sur la présence de deux enseignants intervenant ensemble ou séparément dans la même classe.
Se libérer, ponctuellement, de la gestion collective de la classe
Faire coopérer les élèves efficacement
Organiser un tutorat entre élèves
Regrouper temporairement des élèves autour d’un même besoin
Travailler à plusieurs enseignants

- Organisation de l’école ou de l’établissement

La différenciation pédagogique doit dépasser le simple cadre de la classe. Elle doit être pensée dans le temps (à l’échelle d’un cycle) et dans l’espace (à l’échelle de l’école ou de l’établissement). Ce pilotage de la différenciation au niveau de l’école ou de l’établissement doit être pensé en amont de l’organisation, par chaque enseignant de sa classe. Il permet ainsi d’articuler des classes hétérogènes avec des dispositifs locaux de différenciation pédagogique.
Désigner l’établissement, l’école ou la circonscription comme lieu de construction de la pédagogie
Créer une souplesse grâce à l’organisation de l’emploi du temps
Favoriser les classes hétérogènes tout en organisant des groupes restreints temporaires

- Formation des enseignants

La différenciation pédagogique nécessite, avant tout, une bonne maîtrise didactique (expertise dans l’enseignement d’une discipline) qui s’acquiert via la formation. Pour être efficace, cette formation doit se dérouler en équipe, être centrée sur les apprentissages et prendre en compte au mieux les situations vécues par les enseignants.
Former efficacement les enseignants aux obstacles dans l’apprentissage des élèves
Développer localement, par la formation, une culture professionnelle collective
Concevoir une formation fondée sur des expériences vécues par les enseignants

Les recommandations du CNESCO différenciation pédagogique : faire réussir tous les élèves (48 pages)

Des recommandations pour une différenciation pédagogique efficace

 

Différenciation : Les recommandations pratiques du Cnesco

"La différenciation pédagogique n’a pas qu’un seul visage". La formule de Jean-François Chesné, directeur scientifique du Cnesco, résument les recommandations du jury de la conférence de consensus sur la différenciation remises le 28 mars. Loin de s’enfermer dans la recette ou dans un modèle unique, le jury réuni par le Cnesco et l’Ifé propose des démarches variées et des conseils pratiques. Alors que la différenciation pédagogique est vécue depuis des années par les enseignants comme une injonction qu’ils doivent appliquer sans formation, le jury s’appuie sur les pratiques existantes pour montrer que la différenciation pédagogique relève davantage d’un aménagement de l’existant que d’un illusoire grand soir.

Extrait de cafepedagogique.net du 29.03.19 : Différenciation : Les recommandations pratiques du Cnesco

 

Pédagogie différenciée : 10 conseils + 1 !

Voici un petit pense-bête, à la fois théorique et pratique, permettant de favoriser la mise en place de pratiques différenciées dans sa classe.
1/ Dans une classe, l’hétérogénéité est la règle ! L’homogénéité étant l’exception, il faut cesser d’être surpris de ne pas pouvoir faire avancer tout le monde de la même manière même si les programmes en donnent l’illusion.

Pédagogie différenciée : 10 conseils + 1 !

 

Pédagogie différenciée : "C’est vraiment le début" (Cnesco)

La différenciation pédagogique figure dans les textes officiels depuis les années 80, mais elle reste beaucoup plus rare en France que dans bien d’autres pays de l’OCDE et c’est aujourd’hui seulement "le démarrage", "c’est vraiment le début" pour Marie Toullec-Théry, présidente du jury de la conférence de consensus réunie sur ce thème par le Cnesco (voir ToutEduc ici et ici). La présidente du Conseil national d’évaluation du système scolaire distingue d’ailleurs l’ensemble de recommandations publiées ce 29 mars et "les dispositifs qui se sont succédé" depuis la "loi Jospin" de 89, qui concevaient cette différenciation essentiellement sur le mode de la remédiation pour les élèves en difficulté, et hors du temps ordinaire de la classe. Nathalie Mons appelle à "un changement de paradigme" qui concerne tous les élèves, même les meilleurs et surtout "les moyens", et qui tende à faire passer le système scolaire du modèle "un maître - une classe - un cours" (hérité des Jésuites et des Frères des écoles chrétiennes, ndlr) au modèle anglo-saxon fondé sur la coopération et le tutorat des plus jeunes par les plus âgés.

En même temps, elle met en garde contre un mouvement de balancier qui ferait passer d’un système fondé sur le collectif, "avec quelques rustines", au "tout individualisé". D’ailleurs, les enseignants qu’a interrogés le Cnesco avant la conférence sont bien conscients des risques. "Mal conduite, la pédagogie différenciée peut avoir des effets négatifs", elle peut accroître les inégalités au lieu de les réduire, mettre en cause le collectif et donc la socialisation des élèves, les stigmatiser et mettre en danger leur estime d’eux-mêmes... Sans compter que les classes et les établissements ne sont pas conçus pour des groupes à géométrie variable et que les parents ne sont pas nécessairement prêts à accepter des dispositifs, par exemple d’entraide et donc de réunion d’élèves forts et d’élèves faibles, ou plus âgés et plus jeunes, dont l’efficacité est démontrée mais va à l’encontre de l’intuition.

Extrait de touteduc.fr du 29.03.17 : Pédagogie différenciée : "C’est vraiment le début" (Cnesco)

 

Louise Tourret

Extrait de slate.fr du 02.04.17 : Enseigner tous et chacun

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