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Portrait de deux élèves "décalées" dans une classe de CP en REP (le Web pédagogique)

28 décembre 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

Deux élèves décalés
Vincent Lion

Quelle place pour ces élèves ?
Elle pèse 8 kilos de moins que moi, je tairai son poids, je pèse 72 kilos. Elle a 7 ans. Je ne sais pas si ça s’appelle encore le surpoids. Elle est très grosse donc, elle est en danger et met également ses camarades en danger quand elle joue car elle est très agressive.

Nous avons des petits élèves au CP et puis nous l’avons elle, personnage atypique, démesuré, démesurément pénible. Frustrée de tout, moqueuse car sans doute ultra-moquée. Mais enfin qu’elle est pénible. Il faudrait que je lui trouve une table à sa taille, les petits bureaux de CP ne conviennent pas, je ne vois qu’elle, qui s’affaisse, qui se répand sur le tout petit carré de bois. Il faudrait la mettre au premier rang, mais c’est impossible, les autres élèves n’y verraient plus.
On lui a trouvé une place dans un centre médico-éducatif l’an passé, un genre d’école médicalisée pour les enfants en très fort surpoids. Le médecin scolaire s’est décarcassé pour sauver cette enfant mais la maman s’est opposée à ce départ. Elle ne voulait pas que sa fille aille en pension.

Faire des bulles en CP pendant des années
J’ai un autre cas analogue dans la même classe. C’est encore une petite fille, décalée d’une autre façon. Elle fait des bulles, n’y voit rien à travers ses lunettes aux gros verres. Elle ne les porte pas tous les jours, nous les cherchons ensemble, concluons qu’elles ont dû rester à la maison. Cette petite élève est en CP, elle a 9 ans. Comptez les maintiens. Une place en classe spécialisée d’insertion lui est réservée depuis plus d’un an. Une place toute chaude, comme la place qu’on a trouvée à sa camarade en sur-surpoids. Mais sa mère à elle non plus ne veut pas. Elle préfère que sa fille franchisse à la dure, à l’ancienneté, les classes d’âge de l’école traditionnelle, quitte à y faire des bulles et y chercher ses lunettes toute la journée.
Et moi je dois faire avec cette fille obèse, mal-aimée et malveillante, qui finira par exploser un jour en classe, et à qui sa mère refuse les soins qui relèvent de l’urgence. Je fais aussi avec sa grande camarade qui se prend les arbres et qui s’enfuit avec le ballon quand on joue à la balle aux prisonniers. Je le fais sans aide, juste parce que sa maman ne veut pas qu’elle aille en ULIS.
Quand ma foldinguette fait des bulles ou découpe ses cheveux, ses voisins de classe ne s’étonnent même plus. Je trouve ça encore plus douloureux car je me mets moi aussi à trouver ça normal.
Je crois qu’il faudrait obliger les mamans de ces deux fillettes à prodiguer des soins à leur enfant. Ce sont deux fillettes en danger. Et auxquelles je ferai de moins en moins attention.
Vincent Lion

Vincent Papalion, professeur des écoles en ZEP qu’on appelle à présent REP et qu’on appellera HELP, un jour. Pas de recette miracle sinon l’opiniâtreté et le sens de la dérision. Et l’amour du métier, bien entendu. Allez les enfants, au travail !

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Extrait de lewebpedagogique.com] du 13.12.18 : Deux élèves décalés

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