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24 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

Dédoublement des classes de CP en éducation prioritaire renforcée : première évaluation

Le dédoublement des classes de CP en REP+ a commencé en septembre 2017 et a bénéficié à 60 000 élèves durant l’année scolaire 2017-2018. Cette mesure s’inscrit dans la priorité donnée à l’école primaire par le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse : 100% des élèves doivent maîtriser les enseignements fondamentaux à la sortie de l’école primaire (lire, écrire, compter et respecter autrui). Conformément à l’esprit qui préside à l’ensemble des transformations en cours, cette mesure a fait l’objet d’une première évaluation scientifique menée par la DEPP.

Synthèse des résultats
Présentation de la mesure
Évaluation de la première année de mise en œuvre

Synthèse des résultats

Les premiers résultats du dédoublement des CP en REP+ sont positifs.

Ils sont conformes aux études françaises et internationales qui établissent un lien entre baisse très significative du nombre d’élèves par classe et amélioration des résultats des élèves dans les petites classes.

Les objectifs de la mesure de dédoublement des classes étaient aussi :

l’amélioration du climat scolaire dans les classes ;
l’amélioration des conditions de travail des professeurs ;
la personnalisation accrue des pratiques d’enseignement ;
le renforcement des formations et de l’accompagnement des professeurs.

L’étude de la DEPP établit que ces objectifs ont été atteints.

L’enquête souligne que, pour être pleinement efficace, le dédoublement des classes doit s’accompagner d’une transformation en profondeur des pratiques pédagogiques.

Présentation de la mesure

En France, plus de 20 % des élèves ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux à la fin de l’école primaire. Ces difficultés pèsent en particulier sur les élèves dont les familles sont elles-mêmes en situation de fragilité sociale, culturelle et économique.

Pourtant, les résultats de la recherche et la comparaison internationale montrent qu’il n’y a pas de fatalité en matière d’échec scolaire et que les progrès peuvent être significatifs pour tous les élèves et notamment pour tous les élèves les plus fragiles.

Cela passe par une baisse importante des effectifs dans les classes des élèves les plus en difficulté et par un enseignement explicite, progressif et davantage personnalisé.
Dédoublement des classes de CP et CE1 dans les réseaux d’éducation prioritaire : une mesure de justice sociale

Au cœur des engagements éducatifs du président de la République durant la campagne présidentielle, la mesure a été mise en place dès le mois de juin 2017 selon un calendrier échelonné sur trois ans.

Rentrée 2017 : 2 200 classes de CP dédoublées en Rep+, soit 60 000 élèves concernés.

Rentrée 2018 : 3 200 classes de CP en Rep, 1 500 classes de CE1 en Rep+. Au total, en cette rentrée 2018, près de 190 000 élèves de CP et CE1 des écoles Rep et Rep+ étudient désormais dans des classes dont les effectifs sont proches de douze élèves.

Rentrée 2019 : 700 classes de CE1 en REP+ et 3 200 classes de CE1 en REP.

Au total, la mesure s’est traduite par la création de 10.800 classes de CP et de CE1 en REP+ et REP à 12 élèves. En septembre 2019, elle bénéficiera à 300 000 élèves (20% d’une classe d’âge).

Le rôle crucial de l’accompagnement pédagogique

Pour atteindre ces objectifs, les professeurs bénéficient d’un puissant soutien pédagogique :

la formation dispensée à tous les professeurs dans le cadre des animations pédagogiques a été exclusivement dédiée aux apprentissages fondamentaux (18h annuelles) ; les plans de formations académiques ont tous été recentrés sur ces priorités
des recommandations pédagogiques en lecture, grammaire, vocabulaire et mathématiques ont été publiées le 26 avril 2018
un guide concernant l’apprentissage de la lecture et de nombreuses ressources pour faire la classe ont été mises à disposition des professeurs pour les aider à mieux prendre en charge la difficulté scolaire
l’accompagnement des inspecteurs spécialement sensibilisés à ces enjeux.

Enfin, depuis cette année, des évaluations nationales sont réalisées en début d’année en CP et CE1 ainsi qu’au milieu de l’année de CP. Elles sont destinées à donner aux professeurs des repères nationaux scientifiquement établis pour mieux identifier les besoins des élèves. Des ressources pédagogiques mises à la disposition des professeurs leur permettent d’accompagner les élèves dans leurs progrès.

Évaluation de la première année de mise en œuvre

En juin 2017, la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) a été chargée d’évaluer la mesure "Dédoublement des classes de CP en REP+".

Le dispositif d’évaluation a été conçu par la DEPP avec l’aide de chercheurs reconnus :
Marc Gurgand (École d’économie de Paris)
Julien Grenet (École d’économie de Paris)
Pascal Bressoux (Université de Grenoble-Alpes)
Peter Blatchford (University College London).

L’évaluation va s’étendre sur trois ans :

à court terme : évaluer l’impact du dispositif sur la première année de mise en œuvre, soit 2017-2018
à moyen terme : évaluer l’impact du dispositif sur les années scolaires 2018-2019 et 2019-2020.

Cette évaluation donnera lieu à une publication prochaine par la DEPP.

Description de l’évaluation

L’évaluation porte sur 15 000 élèves de CP répartis dans 408 écoles.

Deux groupes d’élèves ont été constitués :

le premier groupe rassemble des élèves de REP+ appartenant à des classes ayant été effectivement dédoublées
le second groupe est constitué d’élèves au profil social proche de ceux de REP+, mais qui n’ont pas bénéficié de la mesure de dédoublement. Ce deuxième groupe fait office de groupe témoin

Les compétences des élèves des deux groupes ont été mesurées au début et à la fin de l’année scolaire 2017-2018 en maîtrise de la langue française, en mathématiques et sur des aspects "non cognitifs" (bien- être, motivation pour les apprentissages, estime de soi).

L’effet du dédoublement a ainsi pu être mesuré en comparant les résultats des deux groupes à la fin de l’année du CP et en tenant compte du niveau des élèves à leur entrée au CP, ainsi que des caractéristiques socio-économiques et géographiques des écoles.

Cette évaluation porte aussi :

sur la perception du dispositif par les professeurs
sur l’évolution du climat de la classe
sur l’évolution des pratiques pédagogiques
sur l’évolution des résultats des élèves

Impact sur le climat de classe, les pratiques d’enseignement et la formation

Lorsqu’ils sont interrogés sur les bénéfices induits par la réduction de la taille des classes :

96,5 % des professeurs concernés rapportent une meilleure compréhension des modes de raisonnement des élèves
98,5 % une meilleure identification des besoins des élèves
82 % une meilleure dynamique de la classe

Les professeurs des CP dédoublés en REP+ décrivent des classes mieux disposées aux apprentissages scolaires : les élèves y sont plus attentifs, plus concentrés, plus efficaces dans leur travail, plus motivés et ils présentent moins de difficultés de comportement, de lecture et d’apprentissage.

Dans les classes de CP dédoublées en REP+, les professeurs se distinguent par des pratiques pédagogiques plus actives et davantage orientées vers la différenciation, comparativement aux professeurs du groupe témoin.

En termes d’enseignement du français, les professeurs des classes de CP dédoublées en REP+ recourent plus fréquemment à des pratiques individualisées et à l’enseignement systématique du code alphabétique.

Les enseignants des CP dédoublés en REP+ sont plus nombreux à avoir bénéficié en 2017-2018 d’une formation d’au moins 6 heures consacrée spécifiquement au niveau CP.

Impact du dédoublement sur les compétences des élèves durant l’année 2017-2018

L’évaluation de l’impact du dédoublement sur les compétences des élèves indique que l’effet est de 8 % d’écart-type en français et de 13% en mathématiques, en faveur des élèves de REP+, par rapport au groupe témoin.

Cet effet est donc statistiquement très significatif : les élèves de classes dédoublées ont en fin de CP des résultats supérieurs aux élèves issus de classes ayant des caractéristiques similaires mais n’ayant pas étudié dans des classes de taille réduite.

Cet effet se vérifie en particulier pour les élèves en très grande difficulté :

sur les 60 000 élèves scolarisés en CP REP+ l’année dernière, 40% étaient en très grande difficulté en mathématiques et en français soit 24 000 élèves
le dispositif permet une baisse de cette proportion d’élèves en très grande difficulté de 7,8% pour le français et de 12,5% en mathématiques
ainsi, au terme de la première année, sur les 24 000 élèves en très grande difficulté, il y a :
- 2 000 élèves de moins en très grande difficulté en français
- 3 000 élèves de moins en très grande difficulté en mathématiques

La mobilisation des données des évaluations nationales de CP et de CE1 va en outre permettre de compléter ces résultats.

Pour faire progresser plus encore les élèves, cette mesure doit s’accompagner d’un renforcement de l’accompagnement pédagogique par les professeurs.

L’enquête montre que les professeurs des classes dédoublées ont fait évoluer leurs pratiques même si l’écart observé avec les pratiques des professeurs des classes non dédoublées reste cependant modeste.
Cette situation correspond à une première année de mise en œuvre et indique également la direction à suivre. Des transformations pédagogiques plus importantes devront accompagner le déploiement et l’approfondissement du dispositif dans les années à venir pour donner sa pleine efficacité à la mesure de dédoublement.

Téléchargez le dossier de présentation "Dédoublement des classes de CP en éducation prioritaire renforcée : première évaluation"

Extrait de education.gouv.fr du 23.01.19 : Dédoublement des classes de CP en éducation prioritaire renforcée : première évaluation (site du MEN)

 

Le commentaire du Café

Dédoublement des CP : Des résultats mais peut mieux faire

"C’est un premier grand jour car ce sont les premiers résultats sur une politique phare du ministère". Pour donner les premiers résultats des évaluations sur les CP dédoublés, tout le ministère s’est déplacé le 23 janvier. JM Blanquer est intervenu dans le JT de TF1. Son directeur de cabinet, le directeur de la Dgesco et la directrice de la Depp ont communiqué les résultats à la presse. Selon le ministère 2000 élèves en français et 3000 en maths auraient nettement amélioré leurs résultats. L’étude de la Depp montre donc une amélioration sensible des résultats en français et en maths mais moitié moins forte que ce qu’on pouvait attendre.

Une évaluation portant sur 15 000 élèves

"Depuis 20 mois on s’est donné les moyens de corriger cette inégalité à la racine". Christophe Kerrero, directeur de cabinet de JM Blanquer, s’est déplacé pour présenter le 23 janvier les premiers résultats des élèves de CP des classes dédoublées. Il rappelle "les moyens exceptionnels" que le gouvernement a débloqué pour ces dédoublements qui sont devenus la vitrine sociale ’E. Macron. Et "ce qu’on retient c’est que les résultats sont positifs et même très positifs".

Les résultats portent sur l’année 2017-2018, explique Fabienne Rosenwald, directrice de la Depp, la division des études du ministère. L’évaluation porte sur un échantillon de 15 000 enfants de CP, appartenant à des classes de Rep+ dédoublées ou , pour constituer un groupe témoin, à des élèves "au profil social proche" mais qui n’ont pas bénéficié du dédoublement. A la rentrée 2017 seulement 2200 classes de Cp ont été dédoublées en Rep+, soit 60 000 élèves. Ces élèves ont été testés sur tablettes et non dans le cadre des évaluations nationales.

Une baisse du nombre d’élèves en grande difficulté

Les résultats montrent une baisse sensible de la proportion d’élèves en très grande difficulté dans les classes de rep+. "Le dispositif permet une baisse de cette proportion d’élèves de 7.8% pour le français et de 12.5M en maths", déclare le ministère. Autrement dit, sur 60 000 élèves de Rep+, 24 000 auraient du être en grande difficulté. Avec le dispositif il y a 2000 élèves de moins en très grande difficulté en français et 3000 en maths. Il en reste quand même 22 000 et 21 000 en grand difficulté.

L’effet du guide orange ?

Pour Jean Marc Huart, directeur de la Dgesco, cela tient pour beaucoup aux "recommandations " de JM Blanquer et au guide orange, des instructions publiées bien tard : en avril 2018. JM Huart rappelle aussi les réunions de cadres et notamment d’inspecteurs à l’ESEN , intervenues cette fois ci cet automne... C’est aussi seulement cette année que les 18h de formation ont été dédiées aux maths et au français (9h chaque).

D’après l’étude de la Depp, les professeurs des CP dédoublés en REP+ "décrivent des classes mieux disposées aux apprentissages scolaires : les élèves y sont plus attentifs, plus concentrés, plus efficaces dans leur travail, plus motivés et ils présentent moins de difficultés de comportement, de lecture et d’apprentissage... Les professeurs se distinguent par des pratiques pédagogiques plus actives et davantage orientées vers la différenciation, comparativement aux professeurs du groupe témoin. En termes d’enseignement du français, les professeurs des classes de CP dédoublées en REP+ recourent plus fréquemment à des pratiques individualisées et à l’enseignement systématique du code alphabétique".

F Rosenwald souligne que l’étude continue sur 3 années ,avec aussi un échantillon de près de 6000 professeurs suivis. "Il faudra des analyses complémentaires pour voir quels types d’élèves ne ont profité le plus", dit-elle. "Il faudra voir aussi si les résultats sont durables".

Quand le ministre se convertit à la réduction des classes...

Comment expliquer ces résultats ? Réduire les effectifs élèves n’a pas toujours été bien vu par le ministère. Longtemps la doxa ministérielle était de nier l’utilité de la réduction de la taille des classes (RTC). En 2001, une étude de Denis Meuret sur une RTC en classe de CP concluait en insistant sur les limites de la réduction de la taille des classes. "Les recherches ne justifient donc certainement pas une réduction de la taille des classes (RTC)... C’est le résultat le plus clair des études menées en France". Le propos étaient ensuite plus nuancés : "Elles ne justifient pas non plus une attitude fondée sur l’idée que la RTC est forcément la politique la moins efficiente qui soit. Elles peuvent effectivement, semble-t-il, servir d’argument à une politique visant les populations défavorisées pendant les premières années du primaire, pourvu que la baisse soit importante, que des mesures de formation adéquates soient prises".

En 2006, T Piketty et M Valdenaire mettent les pieds dans le plat en publiant une étude qui prouve l’intérêt de réduire les effectifs en éducation prioritaire et qui explique que cela peut se faire à moyens constants. La grande force de leur travail c’est de s’appuyer sur une méthode incontestable. Elle utilise les effets de seuil qui font que de façon aléatoire certaines classes sont éclatées en deux groupes classes et se retrouvent à petits effectifs. Pour M Valdenaire "la diminution de 5 élèves des tailles de classes de ZEP conduirait à une réduction des inégalités de 37% au primaire, 13% au collège et seulement 4% au lycée". Si l’impact est faible au lycée et même au collège, il est majeur à l’école.

Aujourd’hui cette étude pionnière n’est pas citée par le ministère qui cite par contre les travaux de Gurgand. C’est que quand Piketty et Valdenaire ont sorti leur étude dans une revue ministérielle en 2006 elle a immédiatement été censurée par le ministre de l’époque G de Robien dont JM Blanquer dirigeait le cabinet...

Depuis d’autres études ont renforcé la thèse des partisans de la RTC. En 2013, P Fredriksson, B Ockert et H Oosterbeek publient une étude sur le devenir des jeunes suédois entrés à l’école entre 1967 et 1982. "Réduire la taille des classes est bénéfique dans les tests cognitifs et non cognitifs à l’âge de 13 ans et 16 ans", écrivent-ils... "Plus important, nous trouvons que des classes plus petites augmentent la durée de l’éducation, les salaires et les revenus à 27 ans et 42 ans". Autrement dit l’effet est durable, il est permanent. Pour les auteurs, "réduire d’un élève par classe dans les 3 dernières années du primaire (de 10 à 13 ans) augmente la durée de l’éducation de 20 jours". Cela augmente donc la probabilité d’accéder à l’enseignement supérieur. La même réduction se traduit par une hausse de 1,2% du revenu.

Beaucoup plus récemment, après l’arrivée au pouvoir d’E Macron qui met le dédoublement dans son programme, une étude de A Bouguen, J Grenet et M Gurgand, publiée à la rentrée 2017, conclue à l’efficacité des dédoublements de CP. " Le dédoublement de la taille des classes (de 24 à 12 élèves par classe) conduirait, d’après les études recensées dans cette note, à une amélioration des performances scolaires comprise entre 20 % et 30 % d’un écart-type", expliquent les auteurs. Un tel effet est important : dans une classe de 24 élèves, il correspond pour l’élève médian à une progression de 2 à 3 rangs et il est d’un ordre de grandeur comparable à la moitié de l’écart de performance moyen que l’on observe à l’entrée en CP entre les enfants de PCS favorisées (cadres, professions intellectuelles supérieures) et les enfants de PCS défavorisées (ouvriers, personnes sans activité professionnelle)."

Des résultats en dessous de l’attendu

L’étude de la Depp publiée le 23 janvier évoque des écarts types de 8% en français et 13% en maths. On est donc sur des scores très moyens par rapport à ce qui état attendu. Pour le ministère la faute revient aux enseignants qui n’ont pas assez modifié leurs pratiques...

Le ministère profite aussi de cette publication pour vanter pour la première fois officiellement les mérites de l’association Agir pour l’école, une association proche de l’Institut Montaigne et de JM Banquer. Il se garde pourtant de donner des chiffres ! " Un article sur les données de la cohorte 2015-2016 de CP estime l’impact du programme à 20% d’écart type pour la fluence et 30% d’écart type pour la compréhension écrite ; il est en cours de publication", précise le dossier de presse. Autrement dit il ne concernerait pas les CP dédoublés et il n’y a toujours aucune évaluation scientifique à l’(appui de ce soutien . Aujourd’hui 2700 élèves de CP Rep+ subissent le protocole d’Agir pour l’école.

Les progrès réalisés dans les classes dédoublés sont bien réels et il faut en créditer le ministre même si ces dédoublements ont été réalisés en prélevant des moyens ailleurs, sans que cela coute un poste supplémentaire. On peut quand même s’interroger sur la modestie des résultats par rapport à al communication officielle. D’autres outils (les maitres + ?), d’autres démarches pédagogiques que l’accent mis sur le déchiffrage auraient peut -être permis d’avoir de meilleurs résultats. Pour les 100% de réussite promis aux familles il reste du chemin...
François Jarraud

 

Le commentaire de ToutEduc

CP et CE1 dédoublés : un gain de 0,1 écart-type

Pour l’entourage du ministre de l’Education nationale, la publication de la première évaluation du dédoublement des CP en REP+, "une politique phare" du quinquennat, est "un grand jour", et les résultats sont "positifs et même très positifs". A l’occasion de cette présentation à la presse, a été de plus annoncée la prochaine publication d’un "guide orange" pour la grande section de maternelle. En marge de cette présentation, a été précisé que le dispositif "Plus de maîtres que de classe" ne serait pas évalué.

En ce qui concerne les résultats au test spécifique passé en début de CE1 par les élèves de REP + dont le cours préparatoire a été dédoublé en 2017-2018, soit 60 000 enfants, "l’effet est de 8% d’écart type en français et de 13 % en mathématiques" (soit 0,08 et 0,13 écarts type*). Ces données rapportées au 40 % d’élèves en grande difficulté dans ces classes (soit 24 000 enfants), permettent d’estimer que 2 000 élèves de moins sont dans cette catégorie en français et 3 000 de moins en mathématiques. Fabienne Rosenwald, directrice de la DEPP, précise toutefois qu’il s’agit d’une moyenne et que le travail doit se poursuivre pour savoir si cette forte réduction des effectifs profite vraiment aux plus faibles, davantage aux garçons ou aux filles, en fonction de leur catégorie socioculturelle... Elle admet également que ces résultats, "significativement positifs", correspondent à ce que permet d’attendre "la littérature mondiale", mais se situent "plutôt dans la fourchette basse". Cela peut s’expliquer du fait que la plupart des évaluations sont menées sur des échantillons réduits et non pas sur le grand nombre comme dans le cas présent.

Une IEN de Paris ajoute que les enseignants de sa circonscription, presque entièrement en REP+, indiquent que 97 % de leurs élèves "savaient déchiffrer en fin d’année" alors qu’ils "en faisaient passer au CE1 chaque année 2 à 3 qui n’avaient pas toutes les compétences pour suivre".

"Une meilleure dynamique de classe"

En ce qui concerne les pratiques des enseignants, dont l’évolution sera, elle aussi évaluée, elles semblent se distinguer déjà par des pédagogies "plus actives et davantage orientées vers la différenciation". "En ce qui concerne le français", ils "recourent plus fréquemment à des pratiques individualisées et à l’enseignement systématique du code alphabétique". Ils sont quasi unanimes (96 et 98 %) à évoquer "une meilleure identification des besoins des élèves" et "une meilleure compréhension de leurs modes de raisonnement", 82 % "une meilleure dynamique de classe".

Le dossier de presse fait également état de deux exemples d’expérimentations conduites dans ces CP dédoublés. Le dispositif AILE (apprentissage intégral de la lecture et de l’écriture) conduit par Alain Bentolila aurait permis, dans le domaine de la compréhension, de diviser par deux l’écart entre élèves de l’éducation prioritaire et hors éducation prioritaire, et de 3,3 pour l’identification des mots. En ce qui concerne le protocole d’Agir pour l’école (voir ToutEduc ici), son impact est estimé à 0,2 écart type pour la fluence et 0,3 pour la compréhension écrite.

Le service statistique de l’Education nationale a travaillé sur cette évaluation avec Marc Gurgand et Julien Grenet (Ecole d’économie de Paris), Pascal Bressoux (Grenoble-Alpes, voir ToutEduc ici) et Peter Blatchord (University College London).

* Les responsables ministériels qui ont présenté le dossier de presse ont peiné à donner une définition facilement accessible de la notion d’écart-type. Au risque d’une simplification abusive, disons qu’il s’agit de la mesure de la variabilité des résultats, quelle que soit l’échelle utilisée. Si l’échelle est une notation sur 20 et que les notes des 2/3 des élèves (68 % exactement, pour ne pas tenir compte des extrêmes) s’étalent entre 5 et 15, que la moyenne est à 10, l’écart à la moyenne est de 5, et un gain de 20 % (ou 0,2 écart-type) signifie un gain d’un point sur 20.

Extrait de touteduc.fr du 23.01.19 : CP et CE1 dédoublés : un gain de 0,1 écart-type

 

Extrait de lirelactu.fr/source/lemonde du 25.01.19 : Première évaluation en demi-teinte pour les CP dédoublés

 

Extrait de lirelactu.fr/source/les-echos du 25.01.19 Classes de CP à douze élèves : des premiers résultats encore modestes

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