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Retour sur la 11ème édition (depuis 20 ans) des "rencontres nationales de l’éducation", les 4 et 5 avril, organisées par la Ligue de l’enseignement et la ville de Rennes (ToutEduc)

23 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

"L’idée maintenant incontestée qu’il nous faut mieux organiser la cohérence des différents temps de l’enfant" (H. Grimbelle, secrétaire générale adjointe de la Ligue de l’enseignement)

La 11ème édition des "rencontres nationales de l’éducation", les 4 et 5 avril, organisées par la Ligue de l’enseignement et la ville de Rennes, ont été l’occasion d’un bilan de 20 ans de réflexion sur les politiques éducatives locales. Hélène Grimbelle, secrétaire générale adjointe de la Ligue de l’enseignement, en tire les leçons pour ToutEduc.

ToutEduc : Pour cette 11ème édition des Rencontres nationales de l’éducation, vous avez affirmé, je cite, que “pour réussir, l’éducation nécessite un temps long qui n’est pas toujours celui du politique”. Est-ce à dire que l’éducation doit échapper aux choix que font les citoyens avec leur bulletin de vote ?

Hélène Grimbelle  : Si je prends l’exemple de la réforme des rythmes scolaires instaurée en 2013, 5 ans après, nous sommes au milieu du gué. Les chiffres indiquent pourtant que les enfants sont 3 fois plus nombreux à fréquenter les accueils périscolaires et que cela a profité aux enfants des milieux populaires. Les études réalisées dans quelques grandes villes (Arras, Nantes, Rennes, Nancy, Reims…) montrent les effets positifs.

Mais nous n’avons pas laissé le temps aux territoires d’organiser plus finement une meilleure organisation des différents temps de l’enfant ou aux employeurs de développer la formation des animateurs périscolaires. Alors oui, le temps de l’éducation est plus long que le temps politique. Je ne crois pas non plus qu’on ait demandé aux citoyens de s’exprimer sur les changements de rythmes de la semaine scolaire qui, je le rappelle, ont changé trois fois depuis 2008.

Au-delà du bulletin de vote dans les urnes tous les 5 ou 6 ans (élections présidentielles ou municipales), les citoyens dans les politiques éducatives locales peuvent être consultés, associés aux décisions. Reste à vérifier que les conditions de l’expression de tous sont réunies… Pendant cette année scolaire, les mairies ont lancé des consultations malheureusement peu accompagnées de réels dispositifs de participation, de débats étayés pour favoriser l’émergence de choix partagés. Les enseignants ont pu s’exprimer notamment dans les conseils d’écoles mais les animateurs périscolaires, eux, non. Et nous savons que les familles populaires et les familles les plus en difficulté participent généralement peu à ces consultations.

ToutEduc : Ces premières Rencontres ont eu lieu en 1998. Nous sommes en 2018. Reconduire ainsi la même chose 20 ans plus tard toujours autour de la thématique des projets éducatifs territoriaux ne signifie-t-il pas qu’au-delà des bonnes intentions, ces projets font du sur-place ?

Hélène Grimbelle : Disons plutôt que pendant 20 ans, à Rennes, nous nous sommes intéressés aux politiques éducatives locales, à la façon dont elles se mettaient en place, aux conditions de réussite de la concertation, du nécessaire travail commun des éducateurs (enseignants et animateurs), du croisement des politiques sectorielles à l’échelle locale (politiques publiques de la petite enfance, de la culture, du sport, de la jeunesse …).

En 20 ans, ce qui a progressé, c’est le niveau d’investissement public en matière éducative. C’est aussi l’idée maintenant incontestée qu’il nous faut mieux organiser la cohérence ou la complémentarité des différents temps de l’enfant, que les éducateurs doivent davantage travailler ensemble. Les Rencontres nationales de l’éducation ont contribué à passer d’une réflexion sur la forme scolaire à une réflexion partagée sur la forme éducative. Les acteurs locaux ont appris concrètement à travailler différemment, en coopération et en nouant des alliances face à des enjeux locaux partagés en matière éducative.

Depuis 20 ans, les Rencontres de Rennes restent l’un des très rares espaces où chercheurs, collectivités locales, associations et services de l’Etat se rencontrent, partagent leurs analyses et proposent des solutions concrètes.

ToutEduc : D’aucuns, à certains moments, remettent en question l’existence de cadrages nationaux qu’ils jugent trop contraignants pour ce qui relève de ces projets locaux. A contrario, d’autres, et parfois les mêmes, déplorent, à d’autres moments, qu’ils ne soient pas plus précis, par exemple en matière d’implication des établissements scolaires. À l’issue de ces journées, peut-on trancher entre ces reproches paradoxaux ?

Hélène Grimbelle : En matière éducative, tout ne peut pas venir d’en haut ! Les dépenses publiques d’éducation sont réellement partagées entre l’Etat et les collectivités locales. Bien évidemment, nous avons besoin d’un cadrage national, d’un service public, d’une école publique qui prenne mieux en compte au quotidien notre devise républicaine. Et concrètement, par exemple, le socle commun de connaissances, de compétences et de culture constitue un cadrage national de premier ordre que les acteurs locaux (au-delà des seuls enseignants) peuvent appréhender comme un horizon commun.

Et si nous voulons plus de cohérence entre les acteurs à l’échelle locale, autour de l’école, il nous faut construire des réponses locales avec tous les éducateurs (parents, enseignants, animateurs) qui prennent en compte les conditions de vie des habitants, l’offre culturelle et sportive locale, en impliquant aussi les enseignants qui, on peut le dire, sont bien peu consultés par leur ministère.

Cadrage national, construction locale des politiques éducatives, les Rencontres de Rennes sont le lieu où s’analyse cette tension permanente et nécessaire. Ces Rencontres se déroulaient dans un contexte politique singulier et regrettable avec un retour massif à la semaine de 4 jours à la rentrée 2018 et la crainte justifiée de stopper les dynamiques locales créées autour des projets éducatifs de territoire.

ToutEduc : Pour cette édition 2018, vous semblez avoir privilégié, en termes d’offres aux participants, parcours à la carte et moments d’échanges entre pairs. N’est-ce pas préjudiciable à la lisibilité des Rencontres et à leur apport sur le plan prospectif comme sur celui des propositions ?

Hélène Grimbelle : Les Rencontres de Rennes ont toujours constitué un espace de réflexion prospective, s’appuyant notamment sur les pratiques innovantes présentées par les acteurs de terrain eux-mêmes dans les ateliers. Pour cette onzième édition, notamment, nous avons fait le choix de présenter presque 40 actions innovantes initiées dans ou en dehors des établissements scolaires s’inscrivant dans des logiques territoriales.

Nous avons aussi voulu privilégier une présence "active" des participants en leur proposant de construire leur propre parcours de deux jours à partir de 4 entrées thématiques : savoir agir ensemble sur les territoires ; répondre aux attentes et aux aspirations des enfants et des jeunes ; développer des compétences ; évaluer les politiques éducatives.

Enfin, cette 20e édition s’est conclue par un appel "Semaine de 4 jours ou 4,5 jours, ne renonçons pas à l’éducation populaire" signé par la Ligue de l’enseignement, les Francas, le CAPE, ATD Quart-Monde et la FCPE [voir ToutEduc ici]. Ce texte, qui interpelle les pouvoirs publics, est aussi un appel à la mobilisation de l’ensemble des acteurs de terrain pour continuer à promouvoir des activités périscolaires de qualité pour tous.
Propos recueillis par Arnold Bac

Extrait de touteduc.fr du 13.04.18 : "L’idée maintenant incontestée qu’il nous faut mieux organiser la cohérence des différents temps de l’enfant" (H. Grimbelle, secrétaire générale adjointe de la Ligue de l’enseignement

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