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Le think tank "Vers le haut" développe une nouvelle stratégie (entretien avec ToutEduc sur la présidentielle)

29 mars

"Vers le haut" développe une nouvelle stratégie

Le think tank "Vers le haut" a renouvelé sa direction au mois de septembre. Rencontre avec Guillaume Prévost qui a remplacé comme délégué général Marc Vannesson (voir ToutEduc ici). Si l’objectif n’a pas changé, l’intégration dans la constitution d’une "charte de l’éducation", il s’est doté d’un plan de développement et a revu sa stratégie pour les années à venir, de façon à contribuer de façon décisive à la transformation du système éducatif, notamment en vue des prochaines élections locales.

ToutEduc : Nous sommes à la veille d’élections, présidentielle et législatives. Comment voyez-vous s’organiser le débat sur l’éducation ?

Guillaume Prévost : Ce qui me frappe justement, c’est l’absence de débat. Ce n’est pas seulement aujourd’hui, dans le cadre des campagnes électorales, mais de façon générale la façon dont on aborde le sujet éducatif dans le débat public. Tous s’accordent pourtant sur l’importance cruciale du sujet, mais sans jamais vraiment sortir de postures éculées, de mots d’ordre trop entendus, sans vrai rapport avec la réalité des écoles et des jeunes. Soudainement, on se passionne pour un sujet, puis on passe à autre chose...

ToutEduc : Est-ce que ça n’a pas toujours été le cas ?

Guillaume Prévost : Sans doute. Mais j’ai le sentiment que s’y ajoute un défi générationnel. Au-delà des images simplificatrices, "mammouth ou colibri", l’Education nationale repose surtout sur des hommes et des femmes engagés et compétents, qui connaissent parfaitement les rouages du système et dont beaucoup conservent la mémoire des débats qui ont agité l’Ecole depuis des décennies. Le danger existe que cette mémoire, cette expertise se perdent avec le passage des générations. Au risque de recommencer sans fin des débats éculés qui ne font pas vraiment avancer la cause des élèves, notamment les plus fragiles. On constate en effet une vraie défiance, une vraie réticence de la société à s’engager sur des débats de fond, dans une réflexion sur les finalités de l’éducation.

Or, une société, pour s’enseigner, doit pouvoir se dire, se formuler. La succession des mesures d’organisation ou de gestion ne répondent pas à cette exigence de vision, de projet, qui est au cœur du débat démocratique. Comment redonner de la profondeur, du sens, du souffle au débat éducatif, pour que la société puisse s’en emparer dans son ensemble ? C’est ce à quoi VersLeHaut doit répondre.

ToutEduc : Que peut apporter VersLeHaut à ce débat dont vous soulignez la faiblesse ?

Guillaume Prévost : D’abord notre ouverture. Nous plaçons résolument nos travaux hors du champ partisan, parce que nous souhaitons être capables "de parler à tout le monde", comme on le disait à une époque de la diplomatie française. Le débat éducatif se limite trop souvent à un duel entre la rue de Grenelle et les syndicats, alors que les parties prenantes sont beaucoup plus nombreuses, beaucoup plus diverses, à l’image de la richesse du terrain éducatif.

La deuxième caractéristique de VersLeHaut, c’est justement son ancrage fort sur le terrain, auprès de ceux qui apportent des solutions concrètes aux défis éducatifs. Dans le champ des apprentissages, de l’orientation, de la personnalisation des parcours, nos travaux mettent en lumière les initiatives des éducateurs, en classe, dans l’école mais aussi autour de l’école, avec les familles, avec les animateurs, dans les clubs sportifs. Les prochaines années doivent nous permettre de renforcer cette assise, auprès de ceux et celles, et ils sont nombreux, qui font bouger les choses.

De ces deux exigences, transpartisane et concrète, résulte une approche originale de l’éducation et de la jeunesse, résolument optimiste et constructive parce que la réalité dépasse heureusement sans cesse que les idées que nous nous en faisons.

ToutEduc : Quels sont vos projets ?

Guillaume Prévost : Notre stratégie pour les trois prochaines années s’articule autour de trois objectifs : influencer, fédérer et accompagner. Il est urgent de redonner toute son ampleur au débat éducatif pour ne pas laisser l’école seule face à des enjeux qui concernent toute la société. Dès 2030, la France comptera davantage de plus de 65 ans que de moins de 25 ans et nos travaux vont s’élargir pour mettre en valeur cette jeunesse, son génie, ses aspirations, ses contradictions aussi.

Nous voulons fédérer les éducateurs qui ont besoin de mieux se connaître, de construire de nouvelles alliances susceptibles de faire passer l’innovation pédagogique à l’échelle, sur le mentorat, sur l’orientation, sur l’accompagnement des familles. Nous devons également renforcer notre capacité à faciliter des projets, à identifier des synergies, par exemple dans le renforcement du lien entre apprentissages scolaires et activités périscolaires. A titre d’exemple, notre dernier rapport, dédié aux activités artistiques et culturelles, souligne entre autres l’intérêt de la musique pour les apprentissages, pour la mémorisation en particulier. En région Bretagne, le rectorat, la DRAC et les collectivités ont déployé des initiatives communes et originales dans ce domaine qui pourraient inspirer un renouvellement des pratiques.

Et pour nous, accompagner, c’est favoriser l’émergence et l’affirmation, aux côtés de la puissance publique, de nouveaux acteurs éducatifs. Je pense en premier lieu à la famille, qui reste en France un acteur trop marginal alors que toutes les études montrent le caractère décisif de l’implication des parents pour la réussite des enfants. Je pense également aux entreprises qui ont leur rôle à jouer pour donner davantage de cohérence et de continuité au parcours d’orientation, notamment dans le cadre de la revalorisation des filières professionnelles et dans le contexte de tensions grandissantes sur le recrutement. Je pense afin aux collectivités, qui financent près de la moitié de la dépense intérieure d’éducation dans le primaire tandis que l’éducation demeure invisible dans les campagnes municipales. Peut-on raisonnablement continuer à se prévaloir d’un continuum éducatif en cloisonnant comme nous le faisons aujourd’hui financement des infrastructures d’un côté et action pédagogique de l’autre ?

Nous sommes convaincus que "changer l’éducation, c’est possible", au-delà des constats et des postures. Au-delà de la seule question de l’école, trop souvent accusée de tous les maux, l’ampleur du défi éducatif invite à une mobilisation de la société dans son ensemble, qui tient là une occasion de se rassembler autour de sa jeunesse plutôt que de creuser ses divisions.

Le site ici
Guillaume Prévost remplacera fin septembre Marc Vannesson qui était délégué général du "think tank" Vers le haut, dont les membres fondateurs sont les Apprentis d’Auteuil, l’Armée du Salut, le Groupe Bayard, le Collège des Bernardins, les Scouts musulmans de France, SOS villages d’enfants et Sport dans la ville.

Propos recueillis par P. Bouchard, relus par G. Prévost

Extrait de touteduc.fr du 27.03.22

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