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03.02.07 - Les effets scolaires des logements précaires ou insalubres

3 février 2007 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extraits de « L’Humanité » du 02.02.07 : Vingt mille enfants sans « chez eux » dans le 93

Dominique Vilaine est membre de la coordination des travailleurs sociaux de Seine-Saint-Denis pour le droit au logement pour tous et partout.

Les statistiques donnaient, en 2003-2004, cinq mille enfants en errance en Seine-Saint-Denis. La protection de l’enfance du département parle de 20 000 à 40 000 enfants sans adresse. Cela correspond-il, pour vous, à la réalité ?
Dominique Vilaine. Rien que sur Saint-Ouen, il y a une quarantaine d’hôtels, tous occupés par des familles. Oui, 20 000 enfants sans « chez eux » me semble un chiffre absolument crédible. Des enfants qui vivent dans des hôtels, mais aussi dans des hébergements d’urgence, dans des squats, chez la famille de la famille, chez les amis de la famille, chez les squatters. Et puis il y a les enfants qui ne finissent pas l’année scolaire et ceux qui partent avant la fin, pour cause de rupture dans la vie de la famille, qui se retrouvent à la rue ou qui changent d’hébergement.

Quelles sont les conséquences pour les enfants ?

Dominique Vilaine. Cela génère une grande instabilité. On n’a pas une maison à soi : on doit donc se faire tout petit, on n’a pas de sécurité intérieure, on doit tenir compte des exigences des hébergeurs, on ne peut pas se laver facilement, il ne faut pas faire de bruit, on est dépendant tout le temps des autres, on dort sur un canapé, on mange mal. Les enfants ne peuvent pas accueillir de copains et, donc, n’iront pas chez eux. La situation de précarité atteint toute la vie, avec des difficultés relationnelles entre enfants, entre parents et enfants, entre parents. C’est d’une telle violence intérieure qu’elle engendre pour les enfants de grands moments de tension qui se ressentent à l’école. Cela fait des enfants agités ou, au contraire, amorphes, des enfants qui ont beaucoup de difficultés pour se concentrer, pour mémoriser. Ils ont autre chose dans la tête que ce qui se passe à l’école.

Vous dénoncez aussi l’insalubrité et la promiscuité...

Dominique Vilaine. Hier, des gens m’ont appelée parce que leur plafond s’effondrait. Les enfants ont peur que la maison ne s’effondre sur leur tête pendant la nuit. À plusieurs enfants dans un lit, parfois dans le même lit que les parents, personne n’a d’intimité. Tout le monde dort à la même heure et les parents ne se couchent pas à vingt heures, donc les enfants non plus. Une mère m’a expliqué qu’elle mettait un traversin dans le lit pour que les corps ne se touchent pas. La famille vit dans neuf mètres carrés. En fait, son fils vit dehors. Elle ne peut pas le tenir à la maison. Cela n’a rien de surprenant. Le logement n’est pas la cause de toutes les difficultés des enfants et des adolescents mais sa part de responsabilité est plus grande qu’on ne le croit. Il n’y a qu’une chose qui réconforte, c’est l’élan de solidarité incroyable entre tous ces gens.

Hier, à Bobigny, des représentants de la coordination des travailleurs sociaux, de la CGT, de la CNL, du Secours populaire, de l’UNEF, de l’APEIS et des élus communistes de Seine-Saint-Denis ont appelé le préfet et les maires à multiplier les réquisitions et engager un effort « colossal » de construction pour rendre le droit au logement « effectif immédiatement ».

Entretien réalisé par Émilie Rive

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