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Laïcité : - un sondage Ifop/Licra alarmiste et discutable (Le Café) - des « atteintes » à la laïcité en légère hausse depuis la rentrée (Men, Le Monde)

9 décembre 2021

Laïcité : Un nouveau sondage pour rien
Irrécupérables les élèves musulmans ? Un sondage réalisé par l’IFOP pour la Licra prétend révéler "l’ampleur des atteintes à la laïcité à l’Ecole". Le sondage est très alarmiste puisque selon lui la moitié des élèves auraient été exposés à ces atteintes et à des contestations de cours pour des motifs religieux. Problème : ce sondage semble bien peu étayé méthodologiquement. D’autres sondages, massifs , affirment le contraire. Tout comme la minceur des "incidents" remontés dans l’éducation nationale.

Un sondage alarmiste

Revoilà le séparatisme. Selon le sondage Ifop - Licra, 40% des élèves musulmans soutiendraient les atteintes à la laïcité. Ainsi, toujours selon le sondage , que 49% des "non blancs", une nouvelle catégorie assez éclairante sur les finalités de cette étude. Ces atteintes seraient particulièrement répandues les banlieues populaires où on assisterait à "une poussée du religieux qui s’immisce jusque dans le contenu des cours. La critique des religions "ne passerait pas auprès des élèves musulmans".

Le problème c’est que les biais sont nombreux dans ce sondage. Le premier c’est la date. Le sondage a été réalisé en janvier 2021 probablement en même temps qu’un autre sondage IFOP portant sur les enseignants, dont nous avions déjà montré les limites.

Des questions fallacieuses

Certaines questions laissent pantois. Ainsi 56% des élèves de l’éducation prioritaire ont observé au cours de leur scolarité des demandes à ce que soit servi des menus conformes à des pratiques confessionnelles. C’ets long une scolarité... 47% de ces mêmes élèves ont assisté à des absences de jeunes filles au cours de natation (toujours au cours de la scolarité) et 47% aussi au cours d’EPS. On se demande ce que regardaient les 53% restants. 46% ont vu des refus de donner la main à quelqu’un. Dans le même registre 58% des élèves des mêmes quartiers ont vu au cours de leur scolarité des élèves remettre en cause au nom de leur religion lors d’un cours d’EMC et 56% en cours de SVT. Les élèves musulmans sont 27% à être d’accord sur la demande de repas confessionnels contre 19% des catholiques. 12% sont d’accord sur un refus d’entrer dans un lieu de culte contre 7% pour les catholiques. Enfin 65% des élèves musulmans jugent les règles de la religion plus importantes que les lois de la République. Après tout ça, l’IFOP et la Licra donnent la parole à JP Obin pour enfoncer le clou.

Plus graves sont les questions posées par les sondeurs. Les auteurs tirent des conclusions alarmistes de réponses à des questions anodines. Est il surprenant que 56% des élèves aient au moins une fois dans leur scolarité vu un élève demander un repas confessionnel ? Ou constaté qu’une jeune fille était absente à un cours d’EPS ? La question ne précise même pas "pour une raison religieuse". Combien de jeunes sèchent les cours d’EPS de temps en temps pour tout un tas de raisons ? Pourquoi un élève ne "contesterait" pas un cours d’EMC puisque celui-ci invite au débat ? Le verbe contester ne convient pas.

Un échantillon non représentatif

Mais il y a pire quand on regarde l’échantillon. Toutes ces affirmations ne font pas que reposer sur des questions mal interprétées ou biaisées. Elles reposent sur un échantillon de 1006 élèves dont 11% de "musulmans" c’est à dire 111 élèves musulmans. Qui défendrait l’idée que l’opinion de 111 personnes a une valeur représentative pour environ 1 million de jeunes élèves ?

Enfin ce sondage est contredit par d’autre études. Le ministère de l’éducation nationale, malgré tous les appels du ministre, n’arrive à recenser qu’un millier d’atteintes à la laïcité en une année pour 12 millions d’élèves.

Un sondage contredit par le Cnesco

Et puis on dispose d’un autre sondage autrement plus représentatif. En janvier 2020, le Cnesco a consulté 16 000 élèves de 3ème et terminale , 500 professeurs et 350 chefs d’établissement. Le principal enseignement de cette enquête c’est la très forte adhésion des élèves à la laïcité. Ainsi 90% des élèves et 100% des professeurs et personnels de direction trouvent importants qu’à l’école les élèves soient tolérants entre eux quelques soient leurs croyances et que les enseignants respectent tous les élèves. 67% des élèves et 90% des professeurs estiment qu’un enseignant n’a pas à évoquer ses croyances en classe.

Les élèves sont aussi majoritairement contre l’influence religieuse dans la société. 90% des élèves de terminale sont contre l’idée que les responsables religieux devraient avoir davantage de pouvoir et 83% estiment que les règles religieuses sont moins importantes que les lois de la République. Ces données contredisent directement celles du sondage Ifop.

L’étude montre aussi l’impact des cours d’éducation civique (EMC). " Plus les connaissances civiques des élèves augmentent (à caractéristiques équivalentes : filles comme garçons, favorisés comme défavorisés, immigrés ou non, en éducation prioritaire ou non…), plus ils ont tendance à considérer comme important le respect de la religion de chacun ainsi que la libre expression de leur religion par les élèves" dans l’école. L’EMC a donc un impact bien réel. Ainsi 42% des élèves de 3èem ayant de faibles connaissances civiques estiment que les règles religieuses doivent primer sur les lois contre 12% des élèves ayant de très bonnes connaissance.

La nausée

Face aux agitateurs d’angoisse, le rapport du Cnesco apporte des données claires. Il y a des problèmes de laïcité. Cela arrive. Mais pas du tout dans la proportion du sondage IFOP. Et les établissements et les enseignants savent gérer les problèmes quand ils arrivent. Le sondage IFOP qui met à part les élèves "musulmans" et les élèves "non blancs" utilise une division nauséeuse des lycéens.

François Jarraud

Sur le sondage Cnesco

Extrait de cafepedagogique.net du 09.12.21

 

Dans les établissements scolaires, un accueil mitigé pour les multiples « ressources » sur la laïcité
Affiches, vade-mecum, formations… Certains enseignants accueillent favorablement ces dispositifs, mais beaucoup d’autres regrettent des outils « venus d’en haut », qui ne tiennent pas compte de la nécessité de s’adapter à différents auditoires.

[...] A l’école, des « atteintes » à la laïcité en légère hausse depuis la rentrée
Après une période jugée trop instable, du fait de la crise sanitaire, pour poursuivre le décompte trimestriel entamé au début du quinquennat, l’éducation nationale a repris son travail de recensement des « atteintes » à la laïcité et communiqué de nouveaux chiffres, ce jeudi 9 décembre. De la rentrée de septembre à la fin du mois de novembre, 614 faits ont été recensés.

Comparativement aux derniers chiffres – 517 atteintes, entre janvier et avril 2021 –, une légère hausse est enregistrée. Entre-temps, le monde scolaire s’est réuni, en octobre, pour rendre hommage à Samuel Paty, un an après son assassinat : à cette occasion, ce sont 219 incidents (un tiers du total trimestriel) qui ont été signalés. Le ministère de l’éducation leur prête une attention particulière : parmi eux, 45 % ont donné lieu à une sanction disciplinaire (dont 40 exclusions d’établissement) ; 19 enquêtes judiciaires sont en cours, deux condamnations ont, à ce stade, été prononcées.

Que recouvrent les autres atteintes signalées ? Un quart relève d’invectives et de menaces, une sur dix renvoie à des contestations d’enseignement, autant à des refus d’activité scolaire, des suspicions de prosélytisme et des revendications communautaires. Six académies (Versailles, Créteil, Lille, Nice, Toulouse, Nantes) ont à elles seules fait remonter la moitié des cas, qui ont majoritairement pour cadre des collèges.

Autre chiffre en hausse, scruté de près rue de Grenelle : 14 % des signalements sont liés au port de tenues ou de signes religieux. C’est huit points de plus que lors du précédent décompte. « On assiste à un retour de la problématique, qui était plutôt en baisse » depuis la loi de 2004 proscrivant les signes ostensibles aux élèves, commente-t-on au cabinet du ministre, Jean-Michel Blanquer.

Au-delà du bilan statistique, dans tous les rectorats, des équipes « valeurs de la République » traitent désormais chacun des signalements que leur adressent les établissements, pour faire la part entre ce qui relève de la provocation adolescente et de « faits beaucoup plus graves », explique-t-on au ministère de l’éducation.

Extrait de lemonde.fr du 09.12.21

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