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Vers des bourses d’internat, payées par les entreprises, pour les ZEP ?

24 novembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Monde » du 24.11.04 : vers des bourses d’internat, payées par les entreprises, pour les ZEP ?

Des CV anonymes pour éviter les discriminations à l’embauche des "minorités visibles" : dans son rapport remis à Matignon lundi, le président d’Axa, Claude Bébéar, fait 24 propositions pour résorber les inégalités d’insertion des personnes issues de l’immigration

« Lutter contre la discrimination en entreprise n’est pas affaire de compassion mais plutôt d’intérêt bien compris." Claude Bébéar se veut avant tout pragmatique.
Le président du conseil de surveillance d’Axa a remis, lundi 22 novembre, un rapport au premier ministre sur les mesures selon lui nécessaires pour résorber les inégalités d’insertion des personnes issues de l’immigration.

Les 24 propositions de son rapport, intitulé "Des entreprises aux couleurs de la France", sont censées faire évoluer les mentalités des dirigeants de société.
En reprenant l’expression anglo-saxonne de "minorité visible", M. Bébéar cible d’abord le racisme qui touche les personnes que leur couleur de peau distingue. Diplômés ou non, les jeunes issus de l’immigration sont deux à cinq fois plus frappés par le chômage que les autres, souligne le rapport, et le phénomène s’aggrave encore pour les seniors.

Cette discrimination s’est déjà dessinée dans le système scolaire, où les jeunes issus de l’immigration sont plus fréquemment orientés vers les filières courtes.
A l’université, la relégation se traduit par une présence massive dans des filières aux débouchés incertains et un accès exceptionnel aux grandes écoles. L’exclusion serait renforcée, pour l’auteur du rapport, par "une incitation à l’activité trop faible" due à des prestations sociales décourageant la recherche d’emploi et à l’existence d’une économie souterraine "plus attractive" dans les quartiers.

Cette réalité et des préjugés encore vivaces ont entraîné une réticence des chefs d’entreprise à embaucher ces minorités visibles. M. Bébéar, qui n’est pas pour un recours massif à l’immigration pour pallier le manque de main-d’œuvre qualifiée, assure que "les entreprises peuvent trouver sur le territoire des forces vives susceptibles de créer des richesses". Il y aurait là, selon lui, un vivier dans lequel les entreprises pourraient non seulement puiser de la main-d’œuvre, mais aussi de futurs dirigeants.

Il y a d’autant plus "urgence" à changer les pratiques, insiste le rapporteur, que les procédures pour discriminations font courir un risque juridique aux dirigeants des sociétés, "dorénavant considérés comme responsables des pratiques discriminatoires tant au plan civil qu’au pénal". Les agences de notation commencent à prendre en compte cette dimension dans leur évaluation des entreprises.

M. Bébéar propose l’établissement d’une "photographie statistique de l’entreprise", destinée à mesurer la diversité des effectifs. Sur la base d’un questionnaire anonyme, "chaque salarié déclarerait s’il appartient ou non à une minorité".

Ces données seraient publiées dans le rapport de développement durable de l’entreprise. Grands groupes et entreprises moyennes seraient encouragés à produire un "audit diversité", inclus dans le bilan social, permettant d’apprécier les efforts faits pour remplir les objectifs d’égalité.

En matière de recrutement, le rapport propose de systématiser les CV anonymes jusqu’au premier entretien d’embauche, afin d’éliminer la discrimination fondée sur le nom ou l’origine du candidat. Une "cellule indépendante" pourrait recevoir les CV et les rendre anonymes avant de les transmettre à la direction des ressources humaines. Le dispositif, testé dans le Rhône, a montré que les a priori peuvent être levés lors du face-à-face candidat /recruteur. M. Bébéar a affirmé qu’Axa adopterait dès 2005 cette pratique.

Pour élargir le vivier de recrutement des "élites entrepreneuriales et professionnelles" aux personnes de couleur, le rapporteur propose que les entreprises financent des bourses d’internat aux bons élèves des collèges et des lycées situés en zones d’éducation prioritaires (ZEP). Pour les stages, elles s’engageraient à ne pas refuser les étudiants sélectionnés par un établissement de formation partenaire.

Sur la base notamment du rapport Bébéar, Jean-Pierre Raffarin a annoncé, lundi, la tenue à Matignon, "dans la deuxième partie du mois de janvier 2005" de la première "conférence nationale sur l’égalité des chances", qui "s’attachera à définir les moyens jugés nécessaires pour passer des déclarations d’intention aux actes, dans le respect du principe d’égalité."

Sylvia Zappi

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