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05.02.07 - Silence sur l’éducation prioritaire dans le discours de Nicolas Sarkozy aux enseignants. Mais il est question du soutien scolaire

5 février 2007 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extraits de « L’Expresso », le 04.02.07 : Sarkozy flatte les profs

Ingrédients :

1 : Prenez une phrase aguichante " Ce sont les éducateurs plus que les conquérants qui ont fait la France et la République" par exemple.

2 : Mobilisez les âmes des ancêtres, y compris ceux qui vous auraient détesté : Jules Ferry et même Léon Blum !

3 : Faites peur. " La faillite de l’éducation a mis en faillite notre système d’intégration. Elle a affaibli le sentiment d’appartenance à la nation, fabriqué du chômage et de l’exclusion. Elle a privé toute une partie de la jeunesse des moyens d’exprimer ses sentiments, ses doutes, ses angoisses, de dominer ses pulsions, de canaliser ses émotions, ne lui laissant plus comme exutoires que la violence ou le repli sur soi".

4 : Désignez les boucs émissaires ; " L’idéologie de 68 a imposé partout le relativisme intellectuel et moral. Désormais tout se valait : plus de hiérarchie des valeurs, plus de hiérarchie des savoirs, plus de hiérarchie des œuvres. Le dessin de l’enfant valait celui de Michel-Ange et l’élève auquel on demandait d’imaginer une autre fin au Cid pouvait légitimement se prendre pour le rival de Corneille".

5 : Faites des promesses : " Les professeurs, les instituteurs ne sont pas responsables de cette faillite... Je veux qu’ils sachent que la révolution de l’école que je souhaite sera d’abord la leur. Elle sera fondée sur sept grands principes : la liberté pédagogique, l’autonomie, l’évaluation, la modulation des moyens en fonction des handicaps des élèves, l’orientation, la deuxième chance et la formation tout au long de la vie".

Cette recette du discours démagogique, Nicolas Sarkozy l’a tenue le 2 février à Maisons Alfort (94). Il s’agit visiblement de capter l’électorat enseignant.

Le discours vaut aussi qu’on s’y arrête par ses mensonges et ce qu’il annonce de choix politiques. "Il était bien rare de rencontrer jadis des enfants sortis de l’école vers le début du XXe siècle à l’âge de 12 ans qui ne savaient pas lire, écrire ou compter correctement, ni exprimer de façon compréhensible leurs pensées et leurs sentiments, et qui ne possédaient pas quelques rudiments d’histoire et de géographie. Pourquoi ce qu’alors l’école de la République réussissait à faire, la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans aujourd’hui n’y parvient-elle plus ?" Cette vision idéale de l’école de la 3ème République ne correspond évidemment pas à la réalité. Près de la moitié des enfants ne décrochaient pas le certificat d’études. Et il suffit de lire le courrier des Poilus de la Grande Guerre pour savoir à quel point l’orthographe était hésitante et même parfois le français.

La programme annoncé peut sembler séduisant : liberté pédagogique, autonomie par exemple. En fait il traduit plutôt un désengagement de l’Etat dans les moyens accordés à l’enseignement et le pilotage du système. Que vaut la liberté pédagogique d’équipes laissées à elles-mêmes pour diagnostiquer leurs difficultés et y faire face ? Que vaut l’autonomie quand elle se limite à gérer la pénurie mise en place par le gouvernement auquel appartient le candidat Sarkozy en tant que ministre d’Etat, en second rang hiérarchique derrière le premier ministre. Qui croira qu’il tienne une politique nettement opposée à celle de ce gouvernement ?

On retiendra plutôt de ce discours l’alignement de N. Sarkozy sur les thèses des réactionnaires de l’Ecole, qui sont bien maintenant la pensée de la droite sur l’Ecole. " Après mai 68, il ne s’est plus agi d’élever le niveau de chacun pour l’approcher le plus possible d’un idéal humain, mais d’abaisser le niveau de l’école pour le mettre à la portée du plus grand nombre. L’école n’a plus mission de tirer tout le monde vers le haut au nom d’une certaine idée de ce que doit être un homme mais de brader les diplômes pour remplir l’objectif d’amener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat... Il s’est effondré d’autant plus que l’idéologie de 68 a imposé partout le relativisme intellectuel et moral...
C’est le principe d’autorité qui déserte l’école puisque ce que dit l’enfant devient aussi important que ce que le maître a à dire. C’est aussi le respect qui disparaît puisque la hiérarchie entre le maître et l’élève est abolie". Ce discours annonce l’abandon des 80% au bac, c’est-à-dire de la démocratisation de l’Ecole. C’est justement la politique du gouvernement.

Le discours

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Extrait de "Libération" du 03.02.07 : Profs : Sarkozy fait le fayot

Après les ouvriers, qu’il ne cesse de courtiser depuis le début de sa campagne, Nicolas Sarkozy s’attaque à un autre bastion de la gauche : l’école et le monde enseignant. Pour séduire les profs, il leur fait miroiter une carrière revalorisée et des hausses de salaire. Il vient ainsi de confier une mission à l’ancien ministre à l’Enseignement scolaire, Xavier Darcos, dont le but est d’apporter aux enseignants une « amélioration nette et indiscutable de leurs conditions de travail, de leur statut social et de leurs revenus ».
En meeting vendredi soir à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), le candidat de l’UMP a longuement expliqué comment l’école du début du XXIe siècle devait, à ses yeux ,s’inspirer de celle de Jules Ferry, à la fin du XIXe. Enclenchant la marche arrière toute, Nicolas Sarkozy a livré une vision passéiste et réactionnaire, toute teintée de la nostalgie, d’un supposé âge d’or de l’école.

« Rancoeur ». Pour lui, même s’il s’en défend ­ « il ne faut jamais trop magnifier le passé » ­, tout était beaucoup mieux avant. L’école éduquait, les enseignants apprenaient aux enfants, les élèves sortaient avec un bon niveau dans toutes les matières. « Il était bien rare de rencontrer jadis des enfants sortis de l’école vers le début du XXe siècle à l’âge de 12 ans qui ne savaient pas lire, écrire ou compter correctement, ni exprimer de façon compréhensible leurs pensées et leurs sentiments », assène-t-il.

A quatre reprises, il cite Mai 68 pour faire le procès d’une « idéologie qui a imposé partout le relativisme intellectuel et moral ». Dans l’éducation, les « pédagogues » et les libertaires de tout poil ont pris le pouvoir. Et tout s’est effondré. L’élève n’a plus appris grand-chose ­ le « dessin de l’enfant valait celui de Michel Ange » ­ et, plus grave, le principe d’autorité a été mis de côté, au profit d’expériences ou d’échanges plus vivants. Le candidat à l’Elysée prône une « école du respect où les élèves se lèvent quand le professeur entre dans la classe ». Dressant le bilan d’un système éducatif à la dérive, il assure que le « problème n’est pas technique, il est intellectuel et il est moral ». Persuadé que l’école « ne corrige plus les inégalités mais les aggrave », il l’accuse de ne « plus fabriquer de l’espérance mais de la frustration et de la rancoeur ». Et même d’avoir mis « en faillite notre système d’intégration ».

En panne. Désormais l’ « école ne fonctionne plus comme un lieu de transmission du savoir mais comme une gare de triage où se joue, dès le plus jeune âge, la destinée de chacun », estime le candidat UMP, reprenant une critique centrale des « déclinistes » qui considèrent que le niveau de l’école française a chuté de façon catastrophique et qui réclament un retour aux méthodes traditionnelles. « Au bout de la faillite de l’école, il y a l’éclatement de la famille », ajoute Sarkozy.

Après cette description d’une école en panne qu’il promet, à l’attention des parents, de réparer, le candidat s’est adressé directement aux enseignants. Pas question pour lui de faire de ces gros bataillons d’électeurs les « boucs émissaires d’un désastre dont la politique est seule responsable ». Persuadé que les professeurs doutent de la gauche et attendent un autre message des dirigeants politiques, Nicolas Sarkozy leur propose de remettre le projet éducatif au coeur du débat politique pour « refaire une école du respect » et de l’ « autorité ». Il s’engage à ce que les programmes scolaires soient débattus devant le Parlement : « Nous ne bâtirons pas la même société selon que nous déciderons ou non que l’école est d’abord un lieu de transmission du savoir avant d’être un lieu de contestation de la société. »

Traditionnellement considérés comme majoritairement à gauche, les enseignants ont, ces derniers temps, montré des signes de flottement, notamment après les propos de Ségolène Royal leur reprochant de trouver le temps de donner des petits cours payants et de ne pas travailler assez dans leur établissement. Le ministre de l’Intérieur les caresse dans le sens du poil, soulignant la « dégradation de leurs conditions matérielles et morales depuis vingt-cinq ans ». Il s’engage, s’il est élu, « à revaloriser leur carrière ». Et propose « que ceux qui voudront travailler davantage puissent gagner plus ». En clair, ceux qui voudront s’occuper des études surveillées ou faire du soutien scolaire dans leur établissement seront payés en heures supplémentaires. Une telle proposition ne devrait pas déplaire aux enseignants qui dénoncent le fait que le gouvernement veuille les faire travailler plus sans les rémunérer davantage, notamment avec la réforme des « décharges » qui revient à rallonger les horaires de certains.

Devoirs. Evoquant l’égalité des chances, très en vogue actuellement, Nicolas Sarkozy propose « pour les "orphelins" de 16 heures ou 17 heures dont les parents travaillent », qu’il y ait chaque jour, à l’école, des études surveillées où les enfants feraient leurs devoirs. Il reprend aussi l’idée d’internats d’excellence pour les enfants modestes qui n’ont pas de bonnes conditions pour travailler chez eux.

En ne citant pas une fois le nom du ministre de l’Education, qui pourtant multiplie les réformes, le candidat va encore une fois blesser Gilles de Robien. Lorsqu’il rappelle qu’il reste « beaucoup à faire pour que l’école contribue de nouveau à réduire les inégalités au lieu de les aggraver », Nicolas Sarkozy feint d’oublier les nombreuses mesures pour promouvoir l’ « égalité des chances » dont Robien est si fier, comme les collèges « Amibition réussite ». De même qu’il passe sous silence toutes les réformes, très controversées, sur la lecture, la grammaire, le calcul. Et qui sont pourtant menées au nom d’un retour aux bons vieux fondamentaux.

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