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Le témoignage d’une étudiante vivant en ZEP à l’Ile Maurice

13 avril 2007

Extrait de « L’Express.mu », le 12.04.07 : Les ratés du développement...

Vanessa Ramdonee 19 ans, classée 21ème après les lauréats, est la première candidate à avoir brillé dans les Business Studies. Cette habitante de Bois-des-Amourettes n’a pas peur des mots. Elle livre le fond de sa pensée avec beaucoup de franchise. Cela se voit lorsqu’elle raconte son itinéraire et celui de trois autres proches qui fréquentent des établissements scolaires dans la région urbaine. Un parcours qui, dit-elle, est souvent marqué par de nombreuses péripéties, en raison des difficultés rencontrées en l’absence d’horaires fixes pour les autobus qui desservent cette route. Vanessa, qui fréquente le Mahatma Gandhi Institute (MGI) voyageait par autobus pour se rendre à Réduit et le trajet durait quatre heures. Dans l’après-midi, elle doit rattraper le dernier autobus qui quitte la gare de Mahébourg à 18 heures pour se rendre chez elle à Bois-des Amourettes après les leçons particulières. “Nous vivons chaque jour l’exclusion dans sa forme la plus terrible. Nous sommes privés de beaucoup de choses dans la vie, que ce soit sur le plan éducatif ou sur le plan social”, explique Vanessa.

Pour étayer ses dires, elle parle de son amour pour le théâtre et de son chagrin d’avoir dû abandonner ses cours à l’Atelier Pierre Poivre à Rose-Hill pour ne pas rater le transport dans l’après-midi.

Déception

Lorsqu’elle parle du niveau de l’éducation dans son village natal, Vanessa ne cache pas sa tristesse et sa déception. “Certains écoliers ont un retard considérable à rattraper. Etant située dans la Zone d’Education Prioritaire (ZEP), Vanessa pense que les élèves de la maternelle auraient dû avoir un cursus adapté aux spécificités de la région même si les enseignants doivent passer par le curriculum décidé par l’État dans le cadre de la politique générale de l’éducation. Il existe un énorme potentiel dans la région mais la pauvreté n’aide malheureusement pas à sortir la tête hors de l’eau pour une éducation plus poussée. Il faudrait que ces enfants soient suivis de manière régulière par un psychologue attaché à ces écoles”.

En ne pas répondant pas à temps aux attentes des enfants, Vanessa pense que cela peut conduire les mineurs à durcir leur comportement.

Il faut, selon elle, mettre en place un système où l’adhésion des parents est essentielle et faire de sorte qu’ils s’engagent dans un projet où les enfants pourraient être accueillis après l’école et pendant les vacances scolaires. On mettrait à leur disposition des jeux pédagogiques.

Bois-des-Amourettes est un village habité par des pêcheurs, des maçons, des petits planteurs. Vanessa suggère aux autorités de créer des lieux de rencontres, avec l’aide de travailleurs sociaux formés pour encadrer les habitants du quartier et les encourager à participer aux actions collectives, qui pourraient donner des résultats durables sur leur environnement familial.

“Les enfants et les jeunes, tout comme dans d’autres endroits du pays sont pleins de ressources. Il faut développer leur potentiel”. D’où son indignation lorsqu’elle constate que le village n’est toujours pas doté d’une librairie ou d’un endroit où les étudiants pourraient échanger des idées ou organiser des compétitions littéraires.

Vanessa suit de très près l’évolution du pays à travers les médias, et surtout tout ce qui touche à la vie de son quartier.

Que pense-t-elle des projets IRS que comptent réaliser des investisseurs étrangers dans la région ?

“Je souhaite de tout cœur que ces projets répondent à un besoin de justice, une justice longtemps réclamée pour développer cette partie de l’île Maurice, exclue du développement depuis de très longues années et non creuser davantage le fossé entre riches et pauvres”, insiste-t-elle.

En ce qui concerne ses études, Vanessa hésite entre la loi et les finances. Mais c’est aussi une question de ... financement. Malgré cette contrainte, elle ne baisse pas les bras. Elle a déjà postulé pour une bourse à l’étranger. Elle sera loin de son village avec qui elle a développé une indéfectible tendresse. “Je pense revenir un jour. ”

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