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Cité éducative du 20ème : A l’école Mouraud, des sciences naturelles et concrètes (4ème volet) (ToutEduc)

29 juin Version imprimable de cet article Version imprimable

Cité éducative du 20ème : A l’école Mouraud, des sciences naturelles et concrètes (4ème volet)

“-Il est où l’escargot ?

“-Il est là !

“-On dirait qu’on habite dans la terre et nos habits quand on sort de la terre ils sont sales...“

De la curiosité, et de la malice. L’expression des visages poupins, rencontrés cet après-midi là, témoignent autant que leurs paroles de l’émerveillement que suscite l’atelier de jardinage auquel ils participent. “Moi je pense qu’on devrait appeler les SVT émerveillement“, estime Nadine Lahoud, fondatrice de l’association Veni Verdi, qui dirige les opérations accompagnée de deux stagiaires bénévoles de Sciences Po.

Dans la cour de l’école élémentaire Mouraud, bloc de bitume et de béton du XXème arrondissement, un îlot de verdure en devenir a pris ses quartiers, investi par 15 élèves d’une classe de CE1. Au programme, l’essaimage de broyat afin de protéger les sols, les feuilles et éviter que les enfants ne glissent.

Nadine explique à son groupe de 5 élèves : “Maintenant, démonstration ! avec mes jolis gants je prends un peu de broyat et on le met autour des plantes, on a tout ça à couvrir. On fait ça avec amour.."

Jules lui demande : on fait tout ?

- Nadine : “On va tout colorier, c’est du coloriage nature ! Regardez, il ne faut pas recouvrir les feuilles, sinon ça étouffe les plantes. Là on voit apparaître des petits pois, des patates, des haricots..

Les enfants s’affairent, rient, jouent, se calment et s’excitent à nouveau. Toujours actifs, ils découvrent à chaque instant, et les idées naissent, comme quand Erika prend les devants : “Hé les garçons, y’en a un qui se met dedans comme moi et Jeanne, et y’en a un qui donne le broyat qu’on répartit.“ Toutes les classes se relaient chacune leur tour pour réaliser les ateliers pratiques, avec en parallèle un projet de construction de niches pour vers de terre. La maîtresse, Camille Egéa, trouve que “mettre la main dans la terre, découvrir tout ce qui est nature, je pense que ça peut leur apporter beaucoup, ça leur ouvre un peu l’esprit sur le monde qui nous entoure, le monde animal, la faune et la flore“. Elle ajoute les voir “contents après de le raconter autour d’eux, on en parle beaucoup en classe, ça change aussi des apprentissages où ils sont assis derrière une table. Ils travaillent ensemble, ça aide au bon climat de classe, effectivement vous voyez le bon exemple là, ils balaient au bord du jardin“ conclut-elle alors que le groupe de Nadine entame un nettoyage de la terre renversée.

La directrice, Catherine Ternot, dirige ce groupe scolaire (avec une maternelle) qui compte près de 200 élèves. L’association Veni Verdi a été présentée par la Mairie de Paris, il y a deux ans, au travers d’un dispositif appelé Tous mobilisés, aujourd’hui intégré au projet de cité éducative. Elle souhaitait un projet “à la jonction de deux axes de travail, plus de culture scientifique pour nos élèves, et à la fois essayer d’échanger plus avec les parents sur des contenus scolaires et d’apprentissage“. Elle explique que les enfants “ont besoin de voir et de toucher pour apprendre, surtout nos élèves qui sont peu familiers des milieux ruraux ou même des jardins, parce que dans le quartier il y en a très peu, et également quand ils observent. J’ai vu des élèves de CM2 qui étaient agglutinés la première semaine pendant la récréation autour d’un escargot, parce qu’ils n’en avaient jamais vu ni touché en vrai, ça a été l’événement dans la cour de récréation !“

Justement, Nadine Lahoud propose à son groupe “une expérience“. Elle sort de sa poche une sorte de lorgnon et dit : “Ça c’est une loupe de botaniste, c’est pour regarder ce qui est tout petit tout petit, je te le donne et tu le passes à ton voisin, et tu le passes à ton voisin chacun son tour.“ Après un essai infructueux du premier, elle reprend : “encore plus près encore plus près ton œil plus près plus plus, il faut que tu voies net“. Une forme de pédagogie ? Elle loue “le faire faire, à partir du moment où ils font et qu’on laisse, on n’est pas tout le temps dans la discipline, vous voyez les gamins, ils manipulent une loupe de botaniste, c’est un vrai outil“.

Comme à l’école Mouraud, Veni Verdi, fondée en 2010, exerce ses ateliers dans 3 autres établissements de la cité éducative Portes du XXème. Pour sa fondatrice, “quand on est dans les classes populaires il y a des sujets que l’on comprend beaucoup plus que quand on est dans des quartiers pas du tout du tout populaires. Faites moi un potager dans le 6ème arrondissement (quartier aisé de Paris, ndlr), on n’aura pas le même travail qui sera fait ici, ici il est bien plus vivant, il est beaucoup plus habité par les gens parce que peut-être nécessité fait loi...“

Elle raconte “avoir eu beaucoup de problèmes à l’école" : "Je suis ce qu’on appelle hyperactive, et quand on me mettait dans des activités comme ça je devenais adorable la prof était raide dingue de moi, mais quand j’étais en classe je m’évadais par la fenêtre, donc vous mettez un enfant à travailler à faire des choses, et en plus des jardins des choses comme ça, vous avez des places pour tous les élèves, parce qu’il y a des élèves capables de mentaliser, et d’autres qui sont très talentueux avec leurs mains, et quand on ne fait que de la mentalisation en classe l’élève qui est comme mo pense qu’il est con, et après il fait des conneries il rate sa vie, et tout ça c’est à cause de l’Education nationale..“

Les petits tournent toujours autour du petit coin de verdure, posent des questions pour savoir par exemple quel est cette plante, ou bien qui viendra arroser pendant les vacances. Nesra explique qu’elle “aime bien faire le jardin, trouver des vers de terre et des escargots“, tandis que de son côté Maël me montre en riant “des framboises. On va les manger à la cantine“ (bien qu’elles soient encore vertes).

Catherine, la directrice, voit également en la végétalisation de la cour un atout esthétique, et souligne que chaque étape de la création du jardin a été suivie et commentée sur un blog très suivi, accessible à tous les parents et enfants au travers de l’ENT de l’école. Pour elle, “le projet initial c’était d’entretenir le jardin avec les élèves et leurs parents, sauf qu’avec le confinement la partie parents a été moins travaillée. Par la suite on espère mettre en route cette liaison..“

La relation parents-enfants, un élément majeur, et même essentiel dans le projet de cité éducative, qui devrait commencer, si la pandémie ne revient pas perturber de nouveau l’école, dès la rentrée de septembre.

NDLR : Les prénoms des enfants ont été modifiés

Extrait de touteduc.fr du 28.06.21

 
Note : L’école Mouraud est en REP

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