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Sortie en salle de "La cour des miracles", un film sur une école de quartier populaire qui veut gagner en mixité sociale

28 septembre

Le film de la semaine : « La Cour des miracles » de Carine May et Hakim Zouhani
Transformer en ‘première école verte’ leur établissement délaissé par l’institution dans un quartier populaire de Seine-Saint-Denis et renverser en leur faveur les mutations induites par le plan ‘Grand Paris’ ? Tel est le pari fou de Zahia, directrice de l’école ‘Jacques Prévert’, et de son groupe hétéroclite d’enseignants, entraînés par Marion, jeune contractuelle à la fibre écologiste communicative. Avec les moyens du bord et beaucoup d’imagination collective, un défi pour renouer avec l’attractivité de l’école publique confrontée à la construction d’une résidence (incluant une école à l’architecture futuriste). Une renaissance de ‘Jacques Prévert’ apte à attirer des habitants et leurs enfants venus de la capitale. Ainsi, pour leur premier long métrage de fiction, « La Cour des miracles », Carine May, forte de sa longue expérience de professeure des écoles, et Hakim Zouhani, longtemps animateur socioculturel auprès de jeunes en difficulté, concoctent ensemble une fable comique et documentée, mélange détonnant d’humour déjanté et de satire sociale. Inspiré, depuis ‘Rue des cités » en 2011, par Aubervilliers, sa ville, le duo dresse un tableau, à la fois tendre, drôle et corrosif, des maux qui sapent les fondements de l’école de la République. Tout en cultivant l’utopie d’une pédagogie vivante de l’expérimentation ‘hors les murs’ menée par un groupe d’enseignants, capables de surmonter leurs discordances et de refuser de s’en laisser conter. Une fable salutaire.

Rêve de l’école publique en quartier populaire, réalité d’une ‘résidence Harmonie’ voisine

Succession de gros plans de candidats de tous âges et origines et aux motivations fantasques face caméra avec un recruteur questionnant en voix off. Casting hilarant pour département ‘pauvre’ en moyens, déficitaire en enseignants titulaires. D’ailleurs, au milieu des tours existantes et d’un chantier de constructions, cherchant son chemin, voici Marion (Anaïde Rozam, épatante), enseignante contractuelle et novice. Cette dernière sort en effet d’une expérience de ferme collective à la campagne. Elle découvre bientôt les us et (étranges) coutumes de celles et ceux qui forment, bon an mal an, le ‘corps enseignant’ de l’école primaire de sa nouvelle nomination et qui se retrouvent dans la salle des professeurs. Premiers contacts avec ses élèves dans une classe sans tableau dotée de chaises inadaptées.

Nous sommes d’emblée frappés, pour notre part, par le dynamisme de la directrice de l’établissement, Zahia (Rachida Brakni, impeccable), sa lucidité sur les ressources humaines (des enseignants aux parcours, aux formations et aux motivations…différenciées) et sur les (faibles) moyens dont elle dispose pour améliorer la situation d’une école ‘ghettoïsée et délaissée dans un quartier populaire où nombre de parents modestes ont du mal à voir encore l’Education nationale comme capable de remplir sa mission .

L’arrivée de la jeune Marion fait germer dans la tête Zahia une idée originale pour attirer de nouveaux élèves à ‘Jacques Prévert’. Marion met, en effet, son amour de la nature au service d’un enseignement fondé sur le contact avec la faune et la flore et, pour ce faire, elle emmène ses élèves non loin des barres d’immeuble, dans la forêt voisine. Elle leur apprend le silence et les bruits d’oiseaux, la variété des herbes et des plantes…

La directrice voit émerger, à proximité, un nouveau quartier, celui des ‘riches’, classes moyennes aisées, à qui le projet urbain du Grand Paris permet de se loger dans la résidence ‘Harmonie’ à des coûts moins élevés que dans la capitale. De nouvelles habitations attrayantes au sein desquelles une école ultramoderne à l’architecture ‘organique’ est vouée à accueillir les ‘têtes blondes’. Un processus parachevant alors le dépérissement de la mixité sociale qu’elle constate chaque année avec le cortège grossissant de parents qui lui réclament une dérogation à la carte solaire.

‘Ecole verte’, matérialisation d’une pédagogie utopique et d’un collectif enseignant

Sans dévoiler toutes étapes de la transformation de l’école primaire sous la houlette d’une directrice se prenant à rêver d’inverser la tendance, nous pouvons cependant dévoiler quelques-unes des inventions initiées par Marion, relayées par certains, tolérées par d’autres plus sceptiques et attachés à un enseignement classique comme Ingrid (Léonie Simaga, remarquable). Dans cette petite structure, tache orange au milieu du béton, les murs des classes se couvrent de dessins aux traits contrastés et aux teintes claires et ceux de la cour de récréation, peints par les élèves, se transforment en grafts aux couleurs vives et lumineuses. La cour devient aussi jardinerie, herboristerie et terre à plantations diverses jusqu’à abriter quelques brebis à élever…

Libre à nous de considérer avec distance critique cette expérimentation pédagogique insolite qui ne prétend pas se substituer à l’enseignement traditionnel. La fable, dans la naïveté de ses représentations et sa dimension comique, traduit en tout cas la volonté de décloisonner les savoirs et les pratiques, le souci de confronter des enfants de la ville aux richesses de la nature, aux façons concrètes de la préserver et de la faire vivre. Mais ce conte moderne et social dépasse largement la question de l’éducation à l’écologie et au respect de la biodiversité.

Force est de constater, nous suggèrent les auteurs, le réveil des élèves concernés par de nouvelles formes d’apprentissage, et la découverte entre des enseignants, a priori réunis par les hasards d’un recrutement erratique, d’une intelligence collective et d’un enrichissement mutuel faisant fi de leurs différences. Une expérience ‘hors les murs’ et hors du commun qui nous montre, par le biais d’une fiction douce amère, à quel point dans les quartiers populaires, l’école publique tente de tenir sa promesse en prenant appui sur des enseignants qui refusent de baisser les bras (mais les lèvent ensemble pour devenir ‘zen’ en un final dansant sur la musique originale et planante de Yuksek !).

En dépit d’une mise en scène assez classique, l’originalité du script et la réussite du casting mêlant non professionnels et comédiens talentueux (de Gilbert Melki à Mourad Boudaoud en passant par Serigne M’Baye, Sébastien Chassagne ou Yann Papin) permettent à Carine May et Hakim Zouhani de mettre au jour de façon humoristique et percutante un état des lieux d’une école publique en grand péril : disparition de la mixité sociale au détriment des élèves les plus démunis, inégalités sociales et territoriales au sein d’une même académie, manque de moyens alloués par les pouvoirs publics, incompatibilité entre la politique de l’Education nationale et les initiatives d’équipes pédagogiques innovantes, crise majeure de la vocation et du recrutement des enseignants…

Sans jamais céder à l’esprit de sérieux, les réalisateurs de « La Cour des miracles » posent la seule question qui vaille aujourd’hui : qu’en est-il de la promesse émancipatrice portée par l’école publique pour tous les enfants de notre République ?
Samra Bonvoisin

« La Cour des miracles », film de Carine May et Hakim Zouhani-sortie le 28 septembre 2022
Sélection officielle, séance spéciale, Festival de Cannes 2022

Extrait de cafepedagogique.net du 28.09.22

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=293653.html
 

La cour des miracles : une comédie touchante sur l’école d’aujourd’hui
Cette comédie qui traite avec justesse des problèmes de l’école actuelle sort en salle ce mercredi. Présentation avec Rachida Brakni et Anaïde Rozam.

Vousnousils est parti à la rencontre de Rachida Brakni et d’Anaïde Rozam, deux comédiennes principales du film La cour des miracles, en salles ce mercredi 28 septembre. Elles nous parlent de leur surprise à la découverte de certaines réalités du métier d’enseignant pendant le tournage, mais aussi de leurs propres souvenirs d’école. Et n’oublient pas de remercier leurs professeurs, sans qui elles n’en seraient pas là aujourd’hui.

Extrait de vousnousils.fr du 23.09.22

 

L’ÉCOLE DE DEMAIN
Faut-il aller voir le film « La cour des miracles » ?

Film de Hakim Zouhani et Carine May (1h34) - Sortie le 28 septembre 2022.
Scénario : Carine May et Romain Compingt
Production : Barbara Letellier, Carole Scotta
Distribution : Haut et Court
Acteurs principaux : Rachida Brakni, Anaïde Rozam, Gilbert Melki, Disiz, Mourad Boudaoud, Raphaël Quenard, Sébastien Chassagne, Léonie Simaga.

Caroline et Stéphanie ont eu la chance de le voir en avant-première, voici leurs impressions :

En quelques mots, le pitch du film ?
Caroline : C’est l’histoire d’une école primaire de quartier « populaire » qui malgré le manque de tout essaie de garder un peu de mixité sociale. L’installation d’un éco-quartier et d’une nouvelle école flambant neuve menace ce fragile équilibre mais l’arrivée d’une nouvelle enseignante dans l’équipe va peut-être changer la donne.
Stéphanie : En effet, Marion va emmener sa classe dehors et entraîner la directrice, puis ses collègues dans l’aventure.

Une comédie de plus sur l’école ?
C : Oui c’est une comédie mais une comédie douce-amère qui préserve son sujet. Le scénario est assez convenu et se déroule sans accrocs. Les personnages principaux, pots de terre contre le pot de fer de la boboïsation des quartiers populaires sont attachants et on a envie de les voir gagner. On rit, parfois un peu jaune, lors des entretiens d’embauche des professeurs vacataires ou devant le défilé des familles dans le bureau de la directrice. Mais on s’attendrit aussi.
S : Je suis d’accord, j’ai été plus souvent émue que dans le rire, ça ne sombre pas dans la facilité ou dans la caricature grossière donc c’est tout à fait supportable... j’ai passé un très bon moment !

Une vision réaliste de l’école aujourd’hui ?
C : Il s’agit bien évidement d’une fiction mais on retrouve dans ce film un bon nombre de réalités de l’École d’aujourd’hui. Le manque de mixité sociale, évidement, mais aussi le manque de moyens, les recrutements rapides de contractuels, l’usure des équipes devant l’abandon des pouvoirs publics et les exigences légitime des familles. On y voit aussi l’enthousiasme de certains enseignants, leur abnégation et le développement de pédagogies différentes.
S : Plein de choses sonnent juste, on voit très bien que le fonctionnement de l’école, les enseignements et le bien-être des élèves reposent en grande partie sur un engagement humain et personnel très important de la directrice et des enseignants. Après, évidemment, certains événements et rebondissements de l’histoire feront bondir les connaisseurs de l’Éducation nationale par leur irréalisme, mais c’est le jeu.

C’est pas un peu manichéen comme propos ?
C : Curieusement, non. Parce que les personnages évoluent au cours du film et qu’il n’y pas d’un côté les bons et de l’autre les méchants. Chacun suit son parcours, fait ses choix qui sont parfois inattendus. Le film n’est jamais dans le jugement et c’est très bien.
S : J’ai notamment beaucoup apprécié la fin à ce sujet, je ne dévoilerai rien mais elle évite l’écueil du manichéisme facile justement.
Une morale à ce film ?
C : En sortant de cette projection, je me suis interrogée sur ce que le film dit de l’évolution de l’École publique. L’argument de la directrice pour attirer les élèves « ici on fait comme dans le privé mais c’est gratuit » me semble révélateur d’une triste réalité. L’École publique ne devrait pas se mettre à la remorque des pratiques à la mode pour attirer les classes moyennes ou aisées, mais proposer pour tous, y compris pour les populations les plus fragiles, les plus abandonnées, une école qui donne envie d’apprendre.
S : Oui, quand on veut vraiment, qu’on y met tout son cœur et son talent... eh, bien, ça ne suffit pas forcément à tout arranger mais on peut essayer de continuer à y travailler quand même !
Donnez nous envie d’aller voir La cour des miracles !
C : Pour le sourire de Rachida Brakni ? Pour l’élégance de Disiz ? Parce qu’on sort de ce film en se disant que tout est possible ?
S : On passe un bon moment, on peut y aller en famille, on n’en ressort pas désespéré...

Extrait de ecolededemain du 23.09.22

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