Les lycées Louis le Grand et Henri IV ne recruteront plus leurs élèves parisiens sur dossier (Le Café, ToutEduc, Le Figaro)

25 janvier

Les lycées Louis-le-Grand et Henri-IV ne recruteront plus leurs élèves parisiens sur dossier
Les deux établissements d’élite entrent dans la procédure d’affectation des élèves de troisième dans les lycées parisiens, alors que des premiers effets de la réforme conduite depuis 2020 se font sentir sur la mixité sociale et scolaire.

C’est une petite révolution qui se prépare sur la montagne Sainte-Geneviève, dans le 5e arrondissement de Paris. Les lycées Henri-IV et Louis-le-Grand ne recruteront plus leurs élèves de seconde parisiens sur dossier mais à travers la procédure informatisée Affelnet, a appris Le Monde. Les deux établissements prestigieux perdent ainsi leur régime d’exception.

Sous l’impulsion du recteur, Christophe Kerrero, ancien directeur de cabinet de Jean-Michel Blanquer, l’académie de Paris mène depuis 2020 une réforme d’ampleur du système d’affectation des 15 000 élèves de troisième dans 45 lycées publics de la capitale, avec une nouvelle sectorisation plus fine, autour de cinq établissements à privilégier par collège et un indice de position sociale (IPS), qui donne des points bonus au collège en fonction des classes socioprofessionnelles des parents.

Extrait de lemonde.fr du 22.01.22

 

« On s’attaque à des siècles d’excellence ! » : à Henri IV et Louis-le-Grand, la fin de la sélection inquiète
DÉCRYPTAGE - Les deux prestigieux lycées publics parisiens ont toujours sélectionné eux-mêmes les élèves admis en Seconde : cette exception leur sera retirée par le rectorat dès la rentrée prochaine. Une décision qui suscite la consternation de nombreux enseignants et parents d’élèves.

La nouvelle a eu l’effet d’un séisme dans les couloirs de ces deux lycées, situés dans le voisinage l’un de l’autre, dans le quartier latin. Les lycées Louis-le-Grand et Henri IV vont se voir retirer dès la rentrée prochaine la possibilité de sélectionner eux-mêmes les lycéens admis à entrer en classe de Seconde. Contrairement en effet au reste de l’enseignement secondaire public, les deux lycées n’appartenaient à aucun secteur de l’Académie de Paris et recrutaient leurs élèves au terme d’un examen minutieux de leur dossier scolaire, incluant les bulletins de notes du collège, une lettre de motivation, parfois des lettres de recommandation d’un professeur principal...

À LIRE AUSSI Affelnet : le rectorat de Paris se félicite de la réforme de la procédure d’affectation au lycée

Une exception, gage évidemment d’excellence pour ces établissements de grande renommée convoités par les meilleurs élèves, qui s’achèvera donc à compter de septembre prochain puisque Henri IV et Louis-le-Grand vont être intégrés à la procédure générale de répartition des élèves pour l’entrée en classe de Seconde. Celle-ci se…

Extrait de lefigaro.fr du 23.01.22

Voir aussi :

Lycées parisiens : Affelnet passe, l’excellence trépasse
Extrait de lefigaro.fr du 24.01.22

Olivier Babeau : ce sont les principes de 1789 que l’on abandonne
Extrait de le figaro.fr du 25.01.22

 

Mixité sociale : A Paris, les lycées des beaux quartiers font de la résistance
"Il y a des progrès encore à établir. Mais les choses vont mieux". Le 24 janvier, Christophe Kerrero, recteur de Paris, présentait les premiers résultats de la réforme d’Affelnet, la plateforme d’affectation en lycée. Profondément modifié pour la rentrée 2021, Affelnet veut faire entrer plus de mixité scolaire et de mixité sociale dans des établissements parisiens fortement ségrégués. Le bilan, réalisé par Julien Grenet, montre de réels progrès dans la majorité des lycées parisiens. Mais les établissements des quartiers chics, 16ème, 5ème, 6ème, résistent.

Une ségrégation scolaire 5 fois supérieure à la moyenne

"C’est une réforme ambitieuse et un défi démocratique pour la capitale... Les premiers résultats sont positifs et encourageants". Recteur de Paris, Christophe Kerrero présente le 24 janvier les premiers résultats du comité de suivi Affelnet. Julien Grenet (PSE) avec Pauline Charousset (PSE) et Gabrielle Fack (Dauphine) ont évalué les effets de la réforme d’Affelnet sur les lycées parisiens.

Nouvelle carte, nouvel indice

La réforme veut lutter contre la très forte ségrégation sociale et scolaire dans les établissements de Paris. Ainsi l’indice de ségrégation sociale des lycées publics parisiens était 1.2 fois plus élevé à Paris que la moyenne nationale. C’est pire pour la ségrégation scolaire. Elle était 4.8 fois plus élevée que la moyenne nationale. La situation était donc celle d’une hiérarchisation très forte des lycées, avec des taux de pression très important pour quelques uns et la fuite d’autres établissements.

Le nouvel Affelnet remplace la division de Paris en 4 grands secteurs par une nouvelle sectorisation calculée pour chaque collège de rattachement. Un bonus est donné à l’affectation dans 5 lycées de proximité. Des points sont aussi réservés au niveau scolaire des élèves, calculé à partir des compétences du socle et des notes de controle continu. Enfin la réforme introduit un bonus social calculé selon un indice de positionnement social du collège. Les collèges à population défavorisée font bénéficier d’un bonus de 1200 points, 600 points s’il s’agit d’un établissement à population socialement "moyenne". Les collèges à bonus social sont surtout situés dans la périphérie nord, sud et est de Paris.

Des résultats positifs

Avec Affelnet 2021 97% des élèves étaient affectés à l’issue du 1er tour soit un peu plus qu’avec Affelnet 2020 (94.7%). Le taux de satisfaction du 1er voeu atteint 59% soit davantage qu’en 2020 (52%). 85% des collégiens ont eu un de leurs trois premiers voeux.

En ce qui concerne la mixité scolaire, l’indice de ségrégation a diminué de 30% en 2021 (de 0.4 à 0.28) en partie à cause de la nouvelle sectorisation et en partie à cause du bonus social. Progrès aussi pour la mixité sociale :l’indice de ségrégation sociale passe de 0.09 à 0.07 soit 28% de moins. L’indice IPS a joué son rôle. Notamment 72% des élèves ayant le plus fort indice de positionnement social (IPS) ont eu leur 1er voeu contre 46% pour les plus favorisés.

Et globalement il y a plus de quartiers où un fort pourcentage d’élèves a obtenu son premier voeu en 2021 qu’en 2020. En 2021 seuls les 8ème et 9ème arrondissements, le centre de Paris (1er arrondissement) et une partie du 12ème ont peu d’élèves pris sur leur premier voeu. Ailleurs les taux de satisfaction sont élevés.

Les beaux quartiers résistent

Et c’est bien là qu’est le problème. Il est dans les objectifs de la réforme d’avoir accordé une meilleure affectation aux élèves des quartiers populaires du nord, de l’est et de la périphérie sud parisienne. Par contre, on constate un fort taux de satisfaction des demandes dans les quartiers les plus privilégiés : 16ème, 7ème, 6ème, 5ème arrondissements avec les parties chics du 14ème et du 15ème.

Quand on regarde en détail les résultats, on voit que 23 lycées se sont rapprochés de la moyenne parisienne pour le niveau scolaire. Ils se sont déségrégués. Par contre 11 lycées ont augmenté leur ségrégation scolaire. Et ce sont des lycées des beaux quartiers : Janson de Sailly V Duruy ; Buffon, PG de Gennes, J de la Fontaine, JB Say par exemple. Ainsi à J de Sailly le niveau scolaire des élèves admis en 2021 est encore meilleur que celui des admis 2020.

Une observation similaire peut être faite pour la ségrégation sociale. Si 24 lycées ont amélioré leur situation, dans 12 lycées les élèves sont encore plus favorisés en 2021 qu’en 2020. C4est le cas par exemple de JB Say, J de la Fontaine, Janson de Sailly, Buffon, PG de Gennes etc. A JB Say par exemple en 2021 on compte encore davantage d’élèves favorisés socialement qu’en 2020.

Pour Julien Grenet, il faut revoir la sectorisation de ces lycées pour l’élargir à des bassins plus défavorisés. Ainsi les établissements du 16ème , très favorisés, devraient s’ouvrir vers le 15ème et le 17ème. Les 5èmes et 6èmes arrondissements pourraient accueillir des élèves du centre de Paris (rive droite). Des suggestions validées par C Mazeron, DSDEN. "On va ouvrir le nord du 16ème aux collèges du 17ème, 18ème, 8ème et même 9ème arrondissements".

Pour la FCPE, la solution pourrait être dans des quotas sociaux dans les collèges. L’association de parents d’élèves, qui salue les progrès d’Affelnet, estime que cela permettrait de réduire l’autocensure des familles dans leurs voeux.

Christophe Kerrero a souligné les efforts faits par l’académie pour accompagner ces évolutions dans les lycées. "On a donné 8800 HSE dans les lycées pour le soutien scolaire", dit le recteur. POur la rentrée 2022 il ne s’agira plus d’HSE mais de moyens inscrits dans les DHG pour des dispositifs d’accompagnement, assure t-il. L’académie ouvre des premières générales dans certains lycées et des premières technologiques dans d’autres pour accompagner l’évolution.

Le poids du privé

Cet effort vers davantage de mixité scolaire et social bute aussi sur l’existence d’un enseignement privé important dans la capitale. Or si une partie des lycées privés sous contrat sont inclus dans Affelnet, ils ne le sont que pour éviter les doubles inscriptions. Ils ne sont pas soumis au tri effectué par Affelnet. Ces établissements restent une porte de sortie pour les familles qui veulent entretenir l’entre soi. Si sur le plan des effectifs J Grenet ne signale pas beaucoup de changement, sur le plan de l’évolution sociologique du privé, il n’a pas de données. Autrement dit il est possible que les gains en mixité sociale dans le public soit le résultat d’une ghettoïsation sociale accrue dans le privé.

Henri IV et Louis le Grand

Reste la question des deux lycées les plus prestigieux et les plus sélectifs de Paris : Henri IV et Louis le Grand. Affelnet va être étendu à ces deux lycées. Mais, assure C Kerrero, "il ne s’agit pas réduire l’élite mais de l’élargir car la France a besoin de tous ses talents". Le ratio entre élèves parisiens et non parisiens devrait être maintenu (25% à Henri IV et 14% à LOuis le Grand). "On envisage des quotas d’IPS", dit C Mazeron. Mais "la procédure d’affectation dans ces lycées continuera à se faire à la main" et non via un algorithme. "On sera plus transparent", assure t-elle. "On sera volontariste pour mettre des boursiers et des élèves venant de collèges à IPS faible. Mais dans des proportions acceptables par la communauté éducative".

L’exemple des lycées parisiens montre à quel point faire progresser la mixité sociale et scolaire est ardu. Les efforts de l’académie commencent à porter des fruits. Mais ils se heurtent à la résistance des beaux quartiers et de la ségrégation urbaine.

François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 25.01.22

 

Paris : la procédure Affelnet évolue pour intégrer Louis-le-Grand et Henri-IV

La réforme d’Affelnet à Paris, l’algorithme qui organise la répartition des élèves au sortir des collèges (voir notamment ToutEduc ici), avait exclu de la procédure les lycées Louis-le-Grand et Henri-IV qui ont continué de recruter sur dossier. Ils doivent intégrer cette année la règle commune. Emmanuel Garot, vice-président de la PEEP de la capitale, détaille le mécanisme.

Emmanuel Garot : Jusqu’à présent, ces deux lycées prestigieux sélectionnaient leurs élèves sur dossier, et prenaient des collégiens parisiens et d’autres hors académie, quelque 35 % à Louis-le-Grand, 20 à 25 % à Henri-IV. Ils vont conserver la possibilité d’accueillir des élèves venus d’autres académies, sans doute dans des proportions comparables à celles constatées aujourd’hui, mais qui ne sont pas encore fixées.

ToutEduc : Et pour les collégiens parisiens ?

Emmanuel Garot : Ils passeront par Affelnet, et pour tous, ces deux lycées seront "en secteur 1", c’est à dire qu’ils pourront tous y prétendre, où que soit situé leur collège. Mais les élèves dont les collèges dont l’IPS (indice de positionnement social) est le plus bas bénéficieront d’un bonus de 1200 points, les autres de 600 points et les plus avantagés d’aucun point, et il devrait y avoir des quotas, un tiers d’élèves ayant bénéficié du bonus maximum, un tiers du bonus intermédiaire... Le pourcentage d’élèves boursiers devrait également évoluer. Il est également de 8 %, il pourrait passer à 12 ou 13 %, mais ce n’est qu’une hypothèse de ma part, la question n’est pas tranchée.

ToutEduc : Est-ce que cet ajout à la réforme va profondément changer les choses pour ces deux lycées ?

Emmanuel Garot : Oui, très clairement pour Henri IV qui est un groupe scolaire, et dont les collégiens étaient très avantagés. Une quarantaine d’entre eux étaient admis chaque année au lycée, alors que les meilleurs collèges n’y envoyaient que trois ou quatre de leurs meilleurs élèves... Le collège est ramené à la règle commune, ce qui me paraît très positif.

ToutEduc : Certains craignent une "baisse du niveau"...

Emmanuel Garot : Affelnet sélectionne les élèves en fonction des notes mises au collège, et tous les collèges ne notent pas de la même façon. Même s’il est très difficile d’afffirmer que certains sont plus laxistes que d’autres, il est certain que le dispositif renforce un peu l’hétérogénéite scolaire, et sociale des établissements. Charlemagne a ainsi constaté, au vu des tests de seconde, une baisse du niveau de 1,5 point, rien de catastrophique, mais dans l’esprit du rectorat, c’est une étape. De plus, si ces deux établissements perdent un peu de leur prestige, le nombre des candidatures venues d’autres académies pourrait diminuer, libérant ainsi des places pour des parisiens, ce qui ferait tomber un peu la pression.

ToutEduc : Qu’en pensez-vous ?

Emmanuel Garot : Vous connaissez la formule, on sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on gagne. Ces deux lycées produisent les très bons élèves qui iront ensuite dans des filières d’excellence, réussiront les concours des plus grandes écoles, constitueront les élites de demain. Les lycées parisiens seront-ils capables de maintenir le niveau ? Pour le rectorat, il est clair qu’ils doivent amener au baccalauréat le maximum d’élèves et que c’est après, quand ils sont dans le supérieur, que la sélection entre en jeu. Je suis dubitatif.

Pour sa part, la FCPE souligne que "Paris est l’une des villes les plus ségréguée en France", selon le comité de suivi de la réforme d’Affelnet, présidé par Julien Grenet. Les changements apportés à la procédure l’année dernière seraient "dans l’ensemble très positifs". "La mixité scolaire a progressé, et la mixité sociale (...) s’est nettement bonifiée dans certains lycées". Pour la section parisienne de la fédération de parents d’élèves, "la route vers une disparition des lycées de niveau à Paris reste longue" et elle "salue la volonté de faire évoluer les procédures de sélection des collégiens parisiens aux lycées Louis le Grand et Henri IV", même si elle sera attentive à sa mise en oeuvre.

Extrait de touteduc.fr du 24.01.22

Répondre à cet article