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La hausse des faits de violence liés à la pandémie dans un collège REP de Savoie plutôt tranquille (interview de la principale par ToutEduc)

30 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

Les effets délétères de la crise sur un collège habituellement plutôt tranquille (interview)

Principale du collège La Combe de Savoie à Albertville situé en REP, Pascale Iung s’alarme de la hausse des faits de violence à l’école liés à la pandémie. Pour témoigner de ces faits, elle rédige un note rassemblant sur une semaine les multiples situations quotidiennes relevant de la violence : jets de pierres, dégradations, incivilités, insolence, violence physique ou verbale.. une longue liste que ToutEduc a consultée avant d’interroger la principale, personnel de direction expérimentée dans un établissement qui a depuis longtemps une politique pédagogique affirmée. Elle s’exprime en tant que correspondante académique de l’AFAE (Agence française des acteurs de l’éducation)

ToutEduc : Pourquoi avez-vous souhaité mettre en avant ces problèmes ?

Pascale Iung : Il est important que l’on prenne conscience des conséquences des mesures prises pour lutter contre la pandémie sur nos élèves. L’inquiétude et l’anxiété apparues pendant le premier confinement se sont amplifiées depuis le couvre-feu. Et depuis environ un mois, des tensions très fortes ont émergé chez les élèves, les parents et les professeurs, à tel point que j’ai contacté d’autres collègues qui ont constaté le même phénomène. Nous avons alerté le cabinet de Mme la rectrice qui nous a dit avoir peu d’indicateurs, d’où l’idée de lister les faits de violence d’une “semaine témoin“ pour illustrer concrètement cette dégradation du climat scolaire. Ceci pour que les décideurs qui font les choix au niveau du ministère puissent se rendre compte de la réalité du terrain, , une réalité peu connue de la hiérarchie. C’est également pour alerter des difficultés des élèves, des équipes et de la souffrance des personnels de direction, dont le pilotage et la gestion des ressources humaines est mise à rude épreuve. L’absence de lisibilité, les consignes souvent paradoxales apprises au dernier moment et en même temps que le grand public ne facilite pas le retour d’une sérénité au travail.

ToutEduc : Comment avez-vous détecté cette montée en puissance de la violence depuis l’arrivée de la pandémie ?

Pascale Iung : C’est une foule de petits indicateurs ! Nous avons beaucoup à apprendre de cette crise sanitaire, elle n’était pas anticipée bien sûr, le pays n’a pas connu ça depuis plusieurs générations, et cela nous apprend beaucoup de choses sur nous-mêmes : nos capacités d’adaptation ou pas, mais surtout sur nos besoins et ceux de nos élèves. La première chose que les enfants ont comprise était positive : ils avaient une vraie joie à revenir au collège après le premier confinement, c’était beau à voir, ils étaient heureux de se retrouver, avec une prise de conscience que l’école, oui, c’est pénible, il y a des contraintes mais "c’est drôlement chouette", et au final, “ma place c’est au collège“. Il en reste des traces, mais je constate que la suppression des sorties, des projets pédagogiques en lien avec des partenaires, des découvertes culturelles, des voyages linguistiques ou liés au devoir de mémoire, tous ces événements qui aident l’élève à se construire, qui favorisent la variété des situations sociales et d’apprentissage ont rendu les choses très compliquées. La suppression des activités hors temps scolaire aussi a rétréci considérablement l’horizon des élèves. Tous ces espaces, ces situations de vie hors des cours mais organisées par le collège, les lieux d’interactions se sont considérablement réduits et les tensions familiales s’expriment douloureusement dans établissement.

Nous essayons de maintenir des choses, du théâtre d’impro, le témoignage filmé d’un résistant et ancien déporté par exemple, quelques interventions en classe sur la santé ou la citoyenneté, mais notre travail a changé, nous faisons avec mon adjointe face à davantage d’agressivité de la part des parents, nous faisons beaucoup de régulation de conflits, c’est devenu très difficile de piloter un établissement et de faire des projets en ce moment.

ToutEduc : Comment se manifeste cette violence ?

Pascale Iung : J’en suis à un conseil de discipline par semaine en ce moment (pour 680 élèves, ndlr), avec du sursis, parfois des exclusions mais toujours assorti de mesures ou d’un travail éducatifs. Les incivilités sont à la fois verbales et physiques, avec des insultes entre élèves ou envers les adultes, il y a un sentiment d’impuissance lié à la crise sanitaire car les mesures prises font du mal à nos élèves. Nous nous inquiétons de cette détresse qui pointe son nez partout, alors que nous sommes plutôt mieux dotés en REP : nous avons davantage d’assistants d’éducation, le nombre d’élèves par classe est limité à 24. Nous sommes très attentifs à ce climat scolaire et essayons de communiquer le plus possible, c’est très important pour rassurer les élèves et les familles, nous savons que lorsqu’il y a des violences physiques, c’est aussi un mal-être qui s’exprime. Nous organisons des entretiens avec les infirmières, nous avons en effet la chance d’avoir cette présence tous les jours ainsi que celle d’une assistante sociale 1 jour et demi par semaine. C’est indispensable. Nous avons aussi 2 CPE et chaque assistant d’éducation est référent d’une classe, les AED jouent un rôle important d’écoute et de repère pour les élèves : je souhaite leur professionnalisation et souligne leur réel besoin de formation : ils font pleinement partie de l’encadrement éducatif des élèves.

Voici un relevé des faits constatés sur 5 jours, du 8 au 12 mars 2021 :
- Jets de pierres , utilisation détournée d’un objet, jeu dangereux
- Non-respect du règlement intérieur, refus d’autorité (capuche et non port du masque)
- Se trouve dans un lieu interdit
- Insolence
- Incivilité
- Insolence
- Violence physique, violence verbale
- Incivilité
- Violence physique
v- Contestation de l’autorité du professeur, incivilité, insolence
- Insolence
- Violence physique
- Dégradation, refus d’obéissance
- Insultes, violences verbales
- Refus d’autorité
- Non-respect du règlement intérieur
- Refus d’autorité
- Violence physique, jets de pierres et autres projectiles
- Insolence
- Non-respect du règlement intérieur, circulation dans lieux interdits
- Dégradations
- Incivilité
- Incivilité
- Dégradation
- Menaces et insultes
- Insolence

et pour la semaine suivante, un relevé moins exhaustif

- déclenchement de l’alarme incendie par un élève déjà en attente d’un conseil de discipline
- témoignage alarmant d’un élève pour maltraitance familiale
- convocation de 5 familles pour entretiens éducatifs et sanctions d’élèves
- remise à la police d’un pistolet à billes en métal
- plusieurs appels téléphoniques de parents qui contestent une punition, une sanction, une note, un commentaire écrit dans le carnet de correspondance
- des appels de parents qui jugent négativement le travail du collège : "vous servez à rien", "vous faites rien", "vous en voulez à ma fille", ou des propos nettement plus insultants. Agressivité envers la secrétaire, les assistants d’éducation, la direction.

Extrait de touteduc.fr du 28.03.21

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