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Une rentrée scolaire sereine en élémentaire, ça se prépare, par Sarah et Nicolas Zannettacci, Esf Sciences humaines, mai 2020 (entretien du Café avec les auteurs)

1er septembre 2021

Une rentrée sereine en élémentaire, un livre pour y parvenir
Sarah et Nicolas Zannettacci sont tous deux professeurs des écoles depuis une quinzaine d’années. Collègues mais aussi conjoints, c’est ensemble qu’ils publient « Une rentrée sereine en élémentaire, ça se prépare ». Un livre pour le moins utile en cette journée de rentrée. « Ce livre s’adresse certes à des collègues qui débutent, mais aussi à des collègues qui souhaitent approfondir ces liens entre Recherche, pratiques et textes Officiels, soit qu’ils veuillent faire évoluer leur métier, soit qu’ils préparent le CRPE » expliquent-ils.

C’est sur proposition de Sylvain Connac, enseignant chercheur connu notamment pour ses écrits sur la coopération, que le couple s’est lancé dans l’aventure. « La maison d’édition ESF Sciences Humaines, voulait lancer une nouvelle collection autour de « se lancer en classe » et cherchait des enseignants de terrain pour écrire. Il nous a donc été proposé d’écrire pour les enseignants débutant en élémentaire. Le projet nous a vraiment plu car il s’agissait pour nous, de mettre par écrit des liens explicites entre les Textes Officiels, les apports de la Recherche, et des outils pratiques testés dans nos classes ».

Dans quelle démarche situez-vous votre livre ?

Pour débuter, Patrick Robo, formateur dans l’Hérault, avait déclaré dans un stage, « S’il est dangereux de demander des conseils, il est encore plus dangereux d’en donner ». Nous sommes assez en accord avec cette sentence car les situations sont tellement différentes d’une classe à l’autre, d’un enseignant à l’autre, que nous serions bien en peine d’identifier des « conseils » valables de manière universelle et intemporelle… Une fois cette précaution posée, notre travail de rédaction a plutôt été d’amener nos lecteurs à se poser des questions pertinentes pour qu’ils y apportent leurs propres réponses - à travers des jeux, des questionnaires... Nous sommes dans une dynamique d’accompagnement à la réflexion professionnelle de chacun, et non de « faire parce que c’est comme ça » ou « parce que j’ai toujours vu ça comme ça » …

Vous débutez votre livre par un chapitre sur l’aménagement de l’espace de la classe et le matériel ? Pourquoi ?

Réfléchir à l’espace et au matériel, c’est déjà poser les jalons de notre façon de fonctionner, de notre manière d’enseigner. Les affichages : où ? Comment ? Dans quel but ? Seront-ils fixes ou évolutifs ? Accessibles aux enfants ou non ? Du côté de la disposition des bureaux, des meubles, sera-t-elle évolutive ou la même toute l’année ? Est-ce que l’on commence directement avec des groupes ou des rangs ? et pourquoi faire ? Quel lien avec les postures d’élèves et les postures d’enseignant que l’on souhaite développer ? Les cahiers aussi, quel rôle et quel usage ? Séparer les matières ou les regrouper ? Autant de questions qui permettent de se projeter et de réfléchir à nos pratiques. Du côté des documents administratifs, nous proposons quelques outils pour ne rien oublier, parce que quand on débute il y a des choses qu’on ne peut pas connaitre ni inventer.

Du côté des contenus, vous proposez plusieurs pistes, comme la construction d’une séquence d’apprentissage ou encore la motivation des élèves. Que pourriez-vous nous en dire ?

Dans le chapitrage, nous avons souhaité placer la programmation des contenus dans la partie « avant » la rentrée car les progressions, les programmations, l’emploi du temps et le cahier-journal offrent un cadre qui permet de savoir où l’on va. C’est le moment avant la classe où l’on peut concevoir des projets interdisciplinaires qui aident à mieux programmer dans le temps, créer du lien entre les savoirs, créer de la motivation pour les enfants. Nous proposons des pistes de construction de séquences en lien avec différentes recherches - Vygotsky, Houdé…. On peut évidemment effectuer ce travail en cours d’année, mais tout ce que l’on aura anticipé avant la rentrée sera autant de temps disponible pour être vraiment avec les élèves et répondre à leurs besoins particuliers.

Pour ce qui est de la motivation, les travaux de Daniel Favre sont extrêmement éclairants et plaisants à apporter à nos élèves. Sa courbe « Émotions et apprentissages » est un des outils qui peut permettre aux élèves d’entrer dans le travail en ayant compris que ce n’était pas toujours agréable. Mais qu’une fois réussie, la récompense en dopamine est tellement bonne que l’on crée un cercle vertueux de l’apprentissage ! Alors, bien sûr, cela ne fonctionne pas de manière immédiate avec 100 % des élèves, cela se saurait si des « recettes » existaient.

Un chapitre est consacré à la gestion du temps. Grosse difficulté pour une grande majorité d’enseignants. Des conseils ?

Là encore, pas de conseils, mais des pistes de réflexion : tenter de prendre en compte des apports de la chronobiologie, ritualiser, penser des projets interdisciplinaires, un projet autour de EPS, Musique, Langues et géographie va permettre de regrouper des heures par exemple...

Nous offrons un bonus non négligeable : les horaires officiels des cycles 2 et 3 recalculés en décomptant les temps de récréation d’une part, mais aussi tous les petits temps de pauses, d’interruptions, d’impondérables qui peuvent être extrêmement importants dans une journée !

L’idée générale est de se dire, face au « temps », que justement il faut le prendre, s’en rendre maitre ou maitresse, c’est nous qui dirigeons notre journée de classe. Nous proposons donc de démarrer l’année en travaillant plutôt « à la tâche », prendre le temps d’installer petit à petit chaque rituel que l’on veut voir, chaque temps d’activité, chaque temps d’entrée et de sortie de classe, bref, chaque moment peu à peu.

La gestion de classe, entre autorité et flexibilité. Comment trouver un cadre dans lequel les besoins des élèves sont respectés individuellement mais dans un cadre collectif ?

C’est une question absolument centrale, que l’on débute ou non. Un climat serein, apaisé, c’est une condition sine-qua-non pour continuer de travailler et passer toute l’année ensemble. On gagne donc à prendre, dès le premier jour, le temps de faire des pauses à chaque entorse, pour établir peu à peu et en collaboration avec les enfants les règles qui seront en vigueur tout le reste de l’année.

Le premier jour, un enfant court dans l’escalier ? On s’arrête, on remonte calmement, et on redescend tranquillement en précisant la règle. Un enfant prend la parole de manière intempestive ? On s’arrête, on discute : qu’est-ce qu’on fait avec ça ? Quelles sont les règles ? A-t-on besoin d’une règle pour cela ? Laquelle ? Pendant un temps de travail censé être silencieux, il y a du bruit ? On arrête tout, on discute : qu’est-ce qu’on fait avec ça ? Etc.

Nous ne souhaitons pas pour autant tomber dans la négociation permanente, et certaines règles sont inébranlables, intangibles, non-négociables, justement, les « lois », qui seraient à différencier des « règles » de fonctionnement propres à chaque classe, à chaque école. Nous proposons des pistes à adapter pour construire un règlement évolutif de classe sur le mode lois/règles et droits/devoirs.

Poser ce genre de bases dès le début de l’année, c’est saisir toutes les occasions de travailler à la co-construction du cadre avec les élèves. Cadre de travail et cadre de discipline, mais qui sont, finalement, plus qu’intimement liés. C’est Sylvain Connac qui disait quelque chose comme « pas de travail sans cadre, mais pas de cadre possible sans travail ». Nous proposons donc de chercher, en début d’année, à poser ces deux cadres-là de front, dès le premier jour. C’est possible en se dotant d’un protocole clair, applicable, et adaptable selon l’âge de nos élèves et la situation de notre école.

Précisons tout de même que, même dans des postes de compléments, en n’étant présent qu’une journée par semaine, l’instauration de ces cadres est nécessaire - peut-être encore plus... - ce que fait le ou la collègue concerne ses jours de classe. On peut s’harmoniser sur certaines règles et certains fonctionnements, bien sûr, et c’est sans doute la meilleure solution, quand deux adultes vont dans le même sens, les enfants ont moins de failles dans lesquelles s’engouffrer. Mais parfois ce n’est pas possible, ou alors ça ne fonctionne pas. Et même quand cela fonctionne, il semble qu’il faille toujours s’approprier un fonctionnement, le modifier, se l’adapter à son propre tempérament, à sa propre pratique. Conséquence, même pour un jour par semaine, on gagnerait à prendre ces temps d’installation des cadres.

Les éditions ESF offrent un petit bonus aux lecteurs sur leur site, on peut trouver tout un tas d’outils de nos classes, d’exemples, de propositions de documents-types - programmations croisées, fiches de prep de séquences, par exemple - qui n’ont absolument pas vocation à être des « modèles » mais bien des propositions, il appartient à chacun de s’en emparer, s’approprier ces outils pour les faire devenir siens. Comme l’expliquent si bien Sarah et Nicolas, « des chaussons, c’est personnel, et si on essaye de se couler dans ceux d’un collègue, on risque d’être mal à l’aise. Mieux vaut donc enfiler ses propres chaussons pour se sentir bien dans son métier, dans sa classe, car un enseignant mal à l’aise peut-il réellement exercer son métier de manière sereine et efficace ? C’est un peu tout le travail que nous avons essayé de produire avec cet ouvrage : proposer des pistes, des idées, des ressources, pour que chacun et chacune puisse se fabriquer ses propres « chaussons pédagogiques ».

Propos recueillis par Lilia Ben Hamouda

Sarah et Nicolas Zannettacci, Une rentrée sereine en élémentaire, ça se prépare. Mon compagnon quotidien pour une année réussie, Esf Sciences humaines, ISBN 978-2-7101-4167-9

Sommaire et extrait

Extrait de cafepedagogique.net du 01.09.21

 

Voir aussi

Le guide pratique de la rentrée 2021 du Café pédagogique

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