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B* Oser le mur de données de lecture au collège REP Pablo Neruda de Stains (entretien du Café pédagogique)

14 septembre Version imprimable de cet article Version imprimable

M. Bantignies et L. Barthélémy : Oser le datawall de lecture

Après un remue-méninge, rassembler, visualiser et tisser sur un mur le fil des idées recueillies : peut-on utiliser cette technique du « datawall » ou « mur de données » pour créer une dynamique collective de lecture ? C’est la voie explorée par Marine Bantignies, professeure de français, et Lisa Barthémémy, professeure-documentaliste, au collège Pablo Neruda de Stains. L’activité s’est déroulée au CDI dans le cadre d’un projet de lecture de romans. La mise en forme visuelle et participative des données, en l’occurrence des impressions de lecture, parait avoir bien des intérêts et bien des déclinaisons possibles, dans la classe ou à l’échelle de l’établissement. Jusqu’à tisser des fils entre les matières : « La participation de professeurs de sciences à un projet autour de la lecture et au CDI a beaucoup plu aux élèves… »

Marine Bantignies, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un « mur de données » ?

Le datawall (mur de données) est une méthode visuelle d’expression de données. Un datawall peut avoir de nombreuses formes car il dépend du sujet traité : collecte de données sur les impressions des participants, recueil des avis, retour d’expérience…

Quels sont les objectifs d’un tel « mur » ?

Les objectifs du datawall sont de représenter visuellement des « nœuds » qui traduisent des schémas récurrents (patterns) sur un sujet précis. Par exemple, dans le cadre d’un projet autour de la lecture, le datawall représente les œuvres les plus lues et ce que les élèves ont le plus pensé. Le travail autour des data est vraiment accessible à tous.

Vous avez mis en œuvre un « datawall » dans le cadre d’un projet lecture : comment a-t-il été préparé ?

Dans le cadre de ce datawall autour de la lecture, nous avons commencé par un tableau assez simple, proche du QCM, qui met en forme nos questions et les réponses proposées. Les questions, inscrites en haut du tableau, sont les suivantes : genre littéraire, époque, émotions et ressentis, ambiance, ce que j’ai préféré, ce que j’ai moins aimé, temps de lecture, personnes à qui je recommande le livre. Dans la colonne de gauche figurent les titres des livres, en l’occurrence « Tumee l’enfant élastique », « Tobie Lolness », « Sœurs de guerre », « Victoria rêve », « Une photo de vacances », « Séraphine », « La maison sans sommeil ».

Que faire ensuite de ce tableau ?

La suite consiste à rendre physique ce tableau sur un format assez grand pour que toutes les réponses soient bien visibles. Chaque proposition est représentée par une étiquette (réalisée par les élèves) suivi d’un clou pour que chaque élève puisse y accrocher un fil de laine de couleur.

Le datawall est ensuite laissé au CDI en libre accès et les élèves peuvent venir mettre leurs impressions de lecture. Pour cela, ils prennent un fil de laine de couleur et suivent chaque clou en fonction de leur choix. C’est ainsi que se forment les patterns. On peut alors observer dans le datawall que parmi les œuvres proposées cette année, c’est l’ambiance et le héros ou l’héroïne de l’histoire qui ont le plus plu aux élèves. De la même manière, on apprend en analysant le datawall que les livres ont principalement été lus en une nuit ou un week-end.

Quels intérêts voyez-vous à un tel travail pour les élèves ?

Plusieurs intérêts sont perceptibles. C’est une méthode de partage de lecture libre et simple, accessible aussi à tous (aux élèves moins à l’aise à l’écrit, non francophones...). C’est une bonne manière de comparer ses impressions de lecture par rapport aux autres (notre avis n’est pas forcément le plus partagé). Cela permet d’ouvrir le dialogue et le débat et ouvre plus largement une réflexion sur la lecture et le lecteur. Cela permet de renforcer le sentiment d’appartenance à un groupe de lecteurs. C’est un bon moyen de promotion de la lecture chez les camarades qui peuvent tous observer le mur.

Quels intérêts voyez-vous à un tel travail pour l’enseignant.e ?

Cela permet de visualiser la lecture des élèves, c’est une représentation très concrète qui peut nous surprendre et permet ensuite d’adapter son enseignement (on ne prévoit par exemple pas autant de lecteurs qui lisent en une nuit et pourtant…). C’est un bon retour sur les œuvres proposées. C’est un bon moyen de connaître ses élèves et les dynamiques de groupe (le datawall peut être fait avec plusieurs groupes classes par exemple).

Quels autres usages d’un tel « datawall » pensez-vous intéressants ?

Le datawall peut vraiment être utilisé dans toutes les matières et tous les moments importants de la vie d’un établissement. Il faut savoir que l’on peut aussi utiliser d’autres mises en forme et outils. Par exemple, il est possible d’utiliser également des post-it et des gommettes.

Quelques exemples d’usages en vrac. D’abord en classe : en langue pour travailler sur les idées reçues par rapport à un pays ; en maths et en technologie pour retranscrire les données sur un tableur et les analyser ; en éducation musicale, en art plastique et en français pour récolter les impressions par rapport à une œuvre, un genre ; en EPS pour travailler sur les temps des élèves en endurance et visualiser les progrès …

Et même dans l’établissement : pour réaliser un sondage auprès des élèves sur un sujet de vie scolaire ; en vie de classe pour faire un bilan de l’année et proposer le datawall à un conseil de classe ; pour avoir un retour des élèves après un projet, une sortie, une rencontre ; pour laisser les élèves proposer des idées autour d’un projet et faire voter l’établissement à partir de gommettes (technique de Design Thinking).

Lisa Barthélémy, vous êtres professeure-documentaliste au CDI qui a mis en en œuvre ce projet de datawall de lecture : comment s’est-il déployé de votre point de vue ?

Le projet de data-visualisation s’inscrit dans un prix Romans organisé pour les élèves volontaires de tous les niveaux. La sélection de romans est constituée du corpus de livres offerts par le salon du livre de Montreuil 2021, offrant une très grande diversité et permettant d’engager des élèves de tous les âges. Au total, 25 élèves ont participé, de la 6ème à la 3ème. Chaque élève a lu au moins trois livres sur une durée de deux mois. Puis nous avons sélectionné les 10 romans les plus lus.

Les élèves ont pu ensuite remplir le “mur des lectures” en déroulant le fil de leurs idées. Chaque élève devait, tout en remplissant le data-wall, expliquer ses choix aux autres et engager (ou non) à la lecture de son roman. Pour des raisons de règles sanitaires, je ne pouvais pas réunir les élèves lecteurs sous la forme d’un club (interdiction de mélanger des élèves de classe différentes). Dans l’idéal, nous aurions imaginé et construit ensemble le mur car l’objectif de ce projet est à la fois de rendre compte de ses impressions de lectures mais aussi d’imaginer un outil de communication visuel et engageant pour les autres élèves « non-lecteurs ».

Le projet est collaboratif : l’idée vient de Marine, la conceptualisation du tableau a été réalisée par Marine et moi-même, et pour la construction Daniel Weyrath (professeur de SVT) et Yasmina Al Amini (professeure de mathématiques) ont pu apporter leur expertise. La participation de professeurs de sciences à un projet autour de la lecture et au CDI a beaucoup plu aux élèves.

Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut

Le site de Marine Bantignies

Marine Bantignies dans Le Café pédagogique

Un exemple de datawall par Marie Soulié

Une présentation Canopé du Mur de données

Extrait de cafepedagogique.net du 13.09.21

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