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Dans un rapport sur la formation à la citoyenneté, la Cour des comptes liste les freins qui brident cet apprentissage (ToutEduc)

23 novembre Version imprimable de cet article Version imprimable

“Monodisciplinarité des professeurs, contrainte des programmes, généralisation du SNU "peu crédible"... La cour des comptes liste les manques de la formation à la citoyenneté

“Si une politique d’éducation à la citoyenneté reste à construire, c’est avant tout parce qu’elle souffre d’un empilement de ses dispositifs, d’une mobilisation insuffisante des principaux acteurs appelés à la mettre en œuvre, de difficultés pour toucher certains publics ayant de réels besoins mais demeurant difficilement accessibles, d’un manque de ciblage des objectifs évaluables à atteindre et d’une absence de chiffrage de certains dispositifs, comme le projet de généralisation du SNU“, explique la Cour des comptes dans son rapport d’octobre 2021 dédié à la formation à la citoyenneté.

Elle ajoute avoir, grâce à une enquête de terrain pu “observer le désarroi de nombreux enseignants face aux attaques contre la laïcité et leur difficulté à y répondre alors que c’est le domaine où l’appui des instances académiques et nationales est le plus ancien et le mieux structuré“, ajoutant que “la multiplication des personnes et/ou structures dédiées à certains aspects (égalité filles-garçons, mémoire, etc...) dans les rectorats ne peut suffire“. D’où les difficultés provenant d’une “insuffisante formation initiale et continue des enseignants sur ces sujets, et de l’organisation inadaptée des échelons académiques et départementaux pour les soutenir“.

Soulignant “les difficultés à faire cheminer les élèves d’aujourd’hui dans le parcours citoyen“, pour la Cour des comptes l’organisation scolaire comprend également de nombreux freins qui en brident l’apprentissage : “monodisciplinarité des professeurs, contrainte des programmes, faible poids de l’enseignement moral et civique (EMC) dans les emplois du temps, absence d’horaire et de programme pour l’éducation aux médias et à l’information (EMI), dispositif d’évaluation très incomplet, manque de considération de la part des inspecteurs et d’une partie des personnels d’encadrement et de direction.“

Mais qu’en est-il pour les jeunes ? Aujourd’hui, indique la Cour des comptes, la seule obligation commune à tous les jeunes est la journée défense et citoyenneté (JDC), journée qui rassemble chaque année plus de 800 000 jeunes et qui, “bien que très dense en contenus variés, ne semble pas souffrir de la désaffection que connaissait le service militaire avant sa suspension en 1997.“

Pour le reste, les autres dispositifs d’engagement (non obligatoire) sont nombreux, mais “bien qu’un effort de rationalisation soit intervenu en 2010 lorsque le service civique a absorbé plusieurs formules de volontariat, le paysage actuel reste fragmenté“. De plus, “la part des jeunes entre 16 et 25 ans qui participe à ces dispositifs paraît modeste : de l’ordre de 250 000 jeunes, alors que chaque tranche d’âge compte plus de 800 000 jeunes“, ajoute la juridiction financière.

En outre, ces “ nouvelles formules d’engagement ne semblent répondre qu’imparfaitement“ aux aspirations des jeunes, selon la Cour des comptes qui cite une fois encore le service civique, “principale porte d’entrée des missions d’intérêt général pour les jeunes“ mais qui “n’offre que 10 % de missions dans le domaine de l’environnement, pourtant largement plébiscité par les jeunes qui y voient la première raison de se mobiliser. Bien qu’un gisement existe dans les collectivités territoriales, l’Agence du service civique ne parvient pas à les impliquer.“

Au total, la Cour “observe, sans pouvoir le quantifier précisément, un foisonnement d’actions en faveur de la citoyenneté, tantôt coordonnées (principalement dans la sphère scolaire), tantôt désordonnées". Pour construire une “véritable politique de formation“, il lui importe ainsi de mettre en place un pilotage, et d’organiser un continuum entre la formation en milieu scolaire et les diverses formes d’engagement là où “les passerelles sont rares, seuls quelques dispositifs comme les cadets de la Défense les relient, mais ils ne concernent que de petits effectifs de jeunes". Elle précise que dans cet objectif, “le projet de service national universel (SNU), s’il était confirmé, pourrait permettre d’articuler le parcours citoyen et les formations obligatoires ou facultatives destinées aux adolescents, à condition de l’asseoir sur des bases solides, notamment juridiques et financières“.

Par ailleurs, si les services centraux et déconcentrés qui pilotent le parcours citoyen et le projet de SNU se saisissent de cette opportunité, “l’agencement des multiples dispositifs pourrait bénéficier d’une réflexion facilitée par l’appartenance ministérielle commune". Alors que cette démarche a commencé avec les expérimentations du séjour de cohésion sociale, “la mise en œuvre de cette première étape du SNU se heurte à de nombreux obstacles qui rendent sa généralisation peu crédible dans sa configuration actuelle“.

“Si certains acteurs, déplore enfin la Cour des comptes, comme le ministère des armées qui a déjà accommodé ses dispositifs jeunesse, participent à l’effort, d’autres restent en retrait et considèrent que l’indispensable coordination des phases de formation pourrait emprunter une forme moins lourde et moins coûteuse.“

Pour elle, ces limites montrent la nécessité de se doter d’une documentation solide qui permettra d’élaborer des outils de pilotage.

Le rapport de la Cour des comptes ici (PDF)

Extrait de touteduc.fr du 22.11.21

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