> EDUCATION PRIORITAIRE > EDUC. PRIOR. Les 10 types de documents > Educ. prior. (Positions) > Educ. prior. Positions politiques > Rencontre OZP du 9 mars sur la présidentielle : PS. Les comptes rendus du (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Rencontre OZP du 9 mars sur la présidentielle : PS. Les comptes rendus du Café et de ToutEduc

10 mars

Présidentielle : A la Rencontre OZP, seul le PS a fait le déplacement...
Mercredi 9 mars, l’Observatoire des Zones Prioritaires (OZP) organisait une rencontre avec les représentants des candidats aux élections présidentielles. Une habitude acquise des précédentes élections présidentielles. Cette année, les équipes d’Anne Hidalgo, de Yannick Jadot, de Jean-Luc Mélenchon, de Valérie Pécresse, de Fabien Roussel et d’Emmanuel Macron étaient conviées. Pourtant, seul Yannick Trigance, de l’équipe d’Anne Hidalgo a répondu présent. Une situation déplorée par Marc Douaire, président de l’association. Mais cela n’a pas empêché les échanges sur l’avenir de l’éducation prioritaire. Et la promesse d’Assises nationales de l’éducation prioritaire, si Anne Hidalgo l’emporte...

« Depuis quarante ans, la question de l’éducation prioritaire est marquée par une forte discontinuité mais aussi des objectifs très différents selon les gouvernements. La politique d’éducation prioritaire est une politique à long terme qui n’a jamais bénéficié de la continuité nécessaire. Souvent perçue comme une politique qui coûte cher sans fournir de réels résultats, pourtant même les plus hostiles reconnaissent que la politique de l’éducation prioritaire a permis de limiter l’aggravation des écarts. Ce n’est pas suffisant mais c’est un marqueur de son importance » explique Marc Douaire pour introduire la rencontre. Le président de l’OZP, une association regroupant des acteurs de l’éducation prioritaire, rappelle que depuis l’arrivée de JM Blanquer rue de Grenelle, l’OZP demande l’évaluation de la politique d’éducation prioritaire prévue à l’agenda en 2019 lors de la Refondation de l’Éducation Prioritaire, une demande jamais satisfaite. « Aujourd’hui, la politique d’éducation prioritaire se résume aux dédoublements des grandes sections, des CP et des CE1… Or différentes études montrent des résultats extrêmement mitigés. Il faut donc se poser, évaluer ces dispositifs qui nécessitent énormément de ressources pour si peu de résultats ».

Penser l’école sur le long terme, un temps déconnecté du politique

Yannick Trigance, secrétaire national sur les questions d’éducation du Parti Socialiste, a fait le déplacement. « La question de l’école est un sujet de société dont les enjeux et défis vont au-delà de l’éducation prioritaire mais définissent le paysage dans lequel nous nous inscrivons » , dot-il. Il annonce sept défis sur lesquels se sont penchés les membres de son parti. Penser l’école sur un temps long, « un temps qui n’est pas celui du politique – à chaque changement de ministre, une reforme... Nous regrettons, par exemple, que le ministre Blanquer ait supprimé le dispositif plus de maitres que de classes, comme s’il fallait faire disparaitre tout ce qui a été fait avant lui alors qu’il s’agissait d’un dispositif plébiscité par les enseignants ». Panser le service public d’éducation - là sur un temps très court après « le quinquennat d’hyper fragilisation du système de l’éducation en termes de moyens, de caporalisation des enseignants, de mise en compétition des élèves et de manque de dialogue social. Comprendre et agir sur l’influence des inégalités sociales – « Comment considérer que tous les enfants peuvent réussir dans notre système d’éducation où le milieu d’origine joue un rôle important, où le déterminisme social est très fort ». Saisir les tensions internes de l’institution de l’éducation nationale « qui considère encore trop souvent selon nous que les inégalités méritocratiques peuvent être à la fois justes et méritées, ce qui pose un problème de fond sur la conception que l’on peut avoir de l’école de la république. Lutter contre tous phénomènes de défiance face à l’école de la république. Résoudre un certain nombre de malentendus voire de différends qu’il y peut y a avoir entre l’école et les familles. Et d’un point de vue plus pédagogique, améliorer la prise en charge de la diversité scolaire des élèves par la formation initiale et continue.

Concernant l’éducation prioritaire spécifiquement, Yannick Trigance rappelle qu’à l’origine l’éducation prioritaire a été créée pour compenser les inégalités sociales et scolaires, « une forme de démocratisation là ou elle faisait encore défaut ». « Il y avait une volonté de différenciation des moyens, une rupture du dogme égalitaire qui n’a pas fait l’unanimité. Certes, les résultats ne sont pas à la hauteur des enjeux, l’école française est encore une école où les inégalités de naissances ne se résorbent pas, et pire, parfois s’aggravent ». Un résultat qui s’expliquerait selon le secrétaire national par la faiblesse des moyens accordés, les critères d’attribution des cartes d’éducation prioritaire ou encore le manque d’accompagnement de la mise en œuvre du dispositif. Et l’élu ne manque pas l’occasion de dézinguer la politique sous Sarkozy dont il rappelle la doctrine « déposer le bilan des ZEP ». « Depuis 2000, la politique d’éducation prioritaire s’est diluée dans une politique méritocratique dont la logique reposait sur l’exfiltration des élèves d’éducation prioritaire estimés méritants… ». L’élu PS profite de l’occasion pour dresser un bilan positif du quinquennat Hollande qui a permis une Refondation de l’éducation prioritaire – « dont la philosophie était plus proche de celle de Savary avec cette idée de lutte contre les inégalités sociales, d’une compensation de celles-ci » mais qui n’a pas bénéficiée d’assez de moyens, selon l’aveu même de ce dernier.

« Une école de la coopération et non de la compétition »

« Au parti socialiste, nous croyons à l’éducabilité de chacun. Cela nous différencie profondément des autres. Nous considérons que chaque enfant, chaque jeune, chaque adulte peut progresser. C’est une pierre angulaire de la question de l’éducation. Abandonner ce principe, c’est capituler et signer la fin de l’école de la République. Garder un niveau d’exigence élevé pour tous, quel que soit le milieu social. Là où cela fonctionne bien, c’est quand les enseignants opèrent cet équilibre assez savant entre bienveillance et exigence », explique L’ancien enseignant et directeur d’école de la Seine-Saint-Denis. « Là où cela fonctionne bien, c’est quand les enseignants privilégient la coopération plutôt que la compétition. Une école dont la finalité correspond à une société où pour que quelqu’un réussisse, il n’est pas nécessaire qu’un autre échoue. La démocratisation de la réussite, la lutte contre le déterminisme est au cœur du projet de l’école que nous portons. Notre fil conducteur est la question des inégalités. La mixité scolaire est un véritable levier. Si on ne scolarise pas les enfants ensemble, on se prépare une société de partition. La question du vivre ensemble commence à l’école, comment parler de vivre ensemble si on ne parle pas du scolariser ensemble, c’est une question fondamentale pour nous ».

Si elle est élue, Anne Hidalgo proposera des assises nationales d’éducation prioritaire pour faire le bilan, pour restaurer un pilotage à tous les niveaux, pour une meilleure formation initiale et continue, pour une scolarisation des enfants de moins de trois ans, pour donner de l’attractivité au métier d’enseignant, et particulièrement sur les territoires d’éducation.

Lorsqu’il est interrogé sur le budget qui serait consacré à l’éducation prioritaire, l’élu PS n’a pas de réponse et sur la question des salaires, il répond qu’il s’agit d’un vrai sujet. « Il y a là une question de reconnaissance du métier d’enseignant. Légitimé et reconnaissance sont liées à la question salariale. Rendre attractif le métier passe par les conditions de travail, la formation mais aussi les salaires ». Penser et panser l’école mérite certes de la bonne volonté, ce dont ne semble pas manquer l’équipe éducation de la candidate Anne Hidalgo, mais cela nécessite aussi, et surtout, un budget conséquent et réfléchi, ce qui semble faire défaut…

Les équipes des candidats de Jean-Luc Mélenchon, de Yannick Jadot, de Fabien Roussel et de Valérie Pécresse ont reçu jusqu’à quatre invitations pour l’événement. Leur absence dénote un certain manque d’intérêt pour la question…

Lilia Ben Hamouda

 

Pour le PS, “si on ne scolarise pas les enfants ensemble on se prépare à une société de partition“ (rencontre OZP)
“Notre fil conducteur c’est la question des inégalités“ indiquait hier 9 mars Yannick Trigance, qui représentait Anne Hidalgo lors d’un débat sur l’éducation prioritaire organisé par l’OZP. Il est le seul représentant des candidats “républicains“ invités à avoir répondu à l’invitation.

Et même si la lutte contre les inégalités sociales et scolaires fait partie, pour le secrétaire national du PS à l’éducation, d’un “projet de société“ à part entière, il reste selon lui “très compliqué de faire émerger ce sujet dans une campagne présidentielle“. Il faut, dit-il, “penser l’école sur un temps long, et panser le service d’éducation sur un temps très court“ après un quinquennat “d’hyper fragilisation de l’école, de caporalisation des personnels, de suppression du dialogue social éducatif".

Pour lutter contre les inégalités, il a évoqué le “formidable outil“ que représente la scolarisation des enfants de moins de 3 ans. Ce qui “le différencie profondément des autres candidat.e.s“, c’est croire “à l’éducabilité de chaque enfant, de chaque jeune“, pierre angulaire de l’école de la République sans quoi ce serait la “fin de l’école publique“.

Yannick Trigance souhaiterait pouvoir lutter contre le déterminisme social, et pour cela privilégier la coopération plutôt que la compétition, à travers “une société dans laquelle pour que certains réussissent il n’est pas nécessaire que d’autres échouent.“ Anne Hidalgo, poursuit-il, "propose des assises nationales de l’éducation prioritaire pour permettre de dresser un bilan, mener des concertations sur les ressources et les dispositifs existants avec les acteurs eux-mêmes".

A la question de la mixité sociale et scolaire, le secrétaire national explique “que si on ne scolarise pas les enfants ensemble on se prépare à une société de partition“. A celle des pratiques professionnelles, il considère que les acteurs de terrain “ont été laissés bien seuls, sans formation réelle“, et que l’amélioration de la prise en charge pédagogique passe par la formation initiale et continue.

Concernant l’attractivité du métier pour les enseignants, l’ex-enseignant et directeur d’une école de Seine-Saint-Denis a rappellé la question de “fond“ que représente la revalorisation des enseignants, et il envisage “des dispositifs à imaginer en lien avec les collectivités“, en agissant sur les conditions de vie des enseignants dans certains territoires, par exemple avec des conventions passées pour permettre aux jeunes enseignants d’être logés rapidement et à moindre coût. Il pense “que l’école a besoin de respirer“ à l’image de la mesure “plus de maîtres que de classes mise en place par Najat Vallaud-Belkacem et abandonnée par Jean-Michel Blanquer".

Les remplacements sur les territoires de l’éducation prioritaire ont également été évoqués, tout comme les contrats locaux d’aménagement pour lesquels il a une vision “très critique“. Il ajoute que le déplacement de le question prioritaire sur le milieu rural “est un non-sens et surtout une erreur“, et préfère “se concentrer dans les endroits qu’on connait“ afin de ne pas continuer à faire du “saupoudrage“ de moyens.

Yannick Trigance considère enfin que les classes passerelles sont “un excellent dispositif, extrêmement intéressant, qui a l’avantage de travailler avec les parents“, sans qui “on ne fera rien et on n’arrivera à rien“.

Extrait de touteduc.fr du 10.03.22

Voir aussi :

Dans son nouveau projet pour l’éducation, le PS propose de "regarder sans tabous" la politique d’éducation prioritaire et d’organiser des Assises dès l’automne 2022 (Le Café, ToutEduc)

Présidentielle. Le programme Education d’Anne Hidalgo n’évoque pas l’éducation prioritaire mais propose un "plan mixité"

Répondre à cet article