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Le Conseil régional Ile-de-France demande la création d’"écoles primaires autonomes sous contrat dans les quartiers d’éducation prioritaire"
La "Nouvelle Gestion Publique" (NGP) dans l’académie de Versailles

26 septembre 2023

Valérie Pécresse à l’assaut de l’Education nationale

Comment en finir avec l’Éducation nationale ? En la territorialisant. C’est ce que demande Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, dans un projet de délibération. S’appuyant sur la loi “3DS” de février 2022, la majorité Les Républicains du Conseil régional demande la création d’écoles primaires sous contrat totalement autonomes, la mise sous tutelle régionale des lycées professionnels, la redéfinition par la région des conseils d’administration des lycées, le droit de recruter des professeurs associés de lycée et la prise de contrôle de l’orientation et de la médecine scolaire. Des propositions qui marient les projets d’Emmanuel Macron avec le projet de loi sur l’Ecole déposé par Les Républicains dans une configuration régionale. Un projet qui scellerait la constitution d’une nouvelle majorité , macronistes et Les Républicains, sur le dos de l’école publique.
Un “choc de décentralisation”

“Cette délibération pour un choc de décentralisation en Île-de-France est donc une main tendue au Gouvernement pour initier une véritable révolution girondine des libertés locales“, explique Valérie Pécresse en introduction au “Choc de décentralisation” qu’elle propose au conseil régional d’Ile-de-France. Son projet ne concerne pas que l’Ecole, mais aussi le Smic, l’assurance chômage, Pôle emploi, le système de santé, les transports en commun, qui seraient eux aussi régionalisés.

La présidente de la première région française demande “une véritable gouvernance partagée du système éducatif, comme en Allemagne, qui comprendrait la gestion totale des lycées professionnels ; le recrutement de professeurs issus de la société civile dans les lycées ; et le droit de créer des écoles primaires régionales sous contrat avec l’État dans les quartiers prioritaires de la ville, avec une liberté et une autonomie assumée dans le recrutement des enseignants et le projet pédagogique“.

S’attaquer aux plus faibles : les L.P.

Pour détricoter l’Éducation nationale, V Pécresse attaque d’abord là où c’est le plus facile : les lycées professionnels. Ils deviendraient des “établissements publics locaux d’enseignement régional sous pilotage de la région“. Pour ce faire, V Pécresse reprend l’argumentaire d’E Macron sur l’inadéquation entre la carte des lycées et le marché de l’emploi. “La grande réforme du lycée professionnelle annoncée par le Président de la République au mois de mai 2023 va dans le bon sens mais elle n’est en réalité qu’un toilettage ponctuel“, affirme le projet de V Pécresse. “Une réforme ambitieuse ne devrait donc pas reposer sur une grande opération ponctuelle de fermeture des formations n’offrant pas suffisamment d’opportunités d’emploi ou de poursuite d’études, mais sur la construction d’un nouveau modèle de gouvernance qui permette au fil de l’eau et durablement de connecter en permanence la carte de formations avec les secteurs d’activité les plus prometteurs“. Et pour cela, la région est la mieux placée. Elle demande donc “la fin de la double tutelle Etat/Région des lycées professionnels“. Concrètement, cela voudrait dire que les personnels de l’éducation deviendraient personnels régionaux (sur le modèle des TOS en 2004), que la carte des formations dépendrait de la seule région et que les lycées professionnels sortiraient du code de l’éducation. V Pécresse revendique l’autonomie pour le recrutement des enseignants, celui-ci étant effectué par les chefs d’établissement, une totale liberté pédagogique y compris pour l’organisation des enseignements et l’accompagnement des élèves.

Des écoles primaires “libres” payées par l’Etat

Valérie Pécresse n’ose pas s’attaquer aux départements et aux collèges. Mais elle attaque frontalement les maires en demandant la création d’écoles primaires autonomes sous contrat. Ce point était dans son programme des présidentielles et il est aussi inclus dans le projet de loi Brisson sur l’Ecole, récemment adopté au Sénat. Le projet régional copie le modèle des charter schools anglo-saxonnes pour proposer des écoles primaires financées par l’Etat mais ayant une totale liberté pédagogique. Cela va plus loin que les écoles primaires privées sous contrat actuelles puisque ces écoles auraient une large autonomie pédagogique, y compris le choix des élèves, celui des enseignants, l’organisation pédagogique, les horaires et les programmes. Pour V Pécresse, “la concurrence des méthodes et la liberté d’expérimenter des pédagogies et des contenus d’enseignement différenciés peut être un outil de redressement de notre système éducatif“. Son projet rappelle l’exemple des écoles scandinaves qui ont pourtant remarquablement échoué en Suède. Le modèle n’a d’ailleurs pas plus réussi en Angleterre.

En finir avec les professeurs des lycées

V Pécresse attaque aussi , mais moins frontalement, les lycées techniques et généraux. Elle demande le droit de recruter des “professeurs associés”. Là aussi, elle s’appuie sur l’insistance mise par E Macron dans sa réforme du lycée professionnel pour faire entrer des professeurs non-éducation nationale dans les L.P. Dans des termes proches d’E Macron, la présidente de la région IDF estime que “l’ouverture du corps enseignant à la société civile et à des profils souhaitant s’engager professionnellement dans l’Education nationale sur un temps plus court durant leur carrière peut être un remède à la crise des vocations, et peut contribuer à élargir le vivier d’enseignants potentiels“. La région recruterait “des citoyens émérites” pour faire un métier qui, semble-t-il, ne demande aucune compétence particulière… Les chefs d’établissement seraient chargés de recruter les professeurs associés.

Plus frontalement, V Pécresse demande que la région puisse fixer la composition des conseils d’administration des lycées généraux et technologiques (c’est déjà prévu pour les LP). “Le Conseil régional serait libre de définir un mode de gouvernance, éventuellement différencié en fonction des lycées : cette concurrence permettrait de faire émerger des solutions innovantes“, écrit la région. Il serait surtout débarrassé d’une instance où le personnel est représenté et d’un fonctionnement démocratique des lycées.

La majorité régionale demande aussi la suppression de l’Onisep, déjà fortement réduit par E Macron et JM Blanquer, et la mise sous tutelle régionale de la médecine scolaire.

Un texte accepté sous condition par les macronistes

Tout cela fait beaucoup. La plus grande partie de ce “choc de décentralisation” suppose le vote de lois spécifiques autorisant la délégation soit au titre de la loi 3DS, soit en fonction du droit d’expérimentation inscrit dans la constitution et élargi par la loi 3DS. L’Etat a l’obligation de répondre dans un délai d’un an à cette saisine régionale.

L’opposition régionale a dénoncé ce texte. PS et écologistes se disent “très clairement opposés à la régionalisation de l’enseignement primaire et des lycées (qui)… constituerait une rupture grave dans l’égalité de l’enseignement“. Le groupe LFI régional dénonce un projet qui “ouvre la porte d’une République démembrée où l’égalité de l’accès aux droits des citoyen.nes sera à géométrie variable” et “la mise en concurrence effrénée des territoires“.

Mais il y a une autre opposition régionale qui semble hésiter. Il s’agit des conseillers régionaux de la majorité présidentielle. “Nous sommes pleinement favorables à un examen au cas par cas des propositions de décentralisation qui pourront être faites“, écrit Aurélie Taquillain, présidente du groupe régional de la Majorité présidentielle, “dès lors que le cadre juridique sera suffisamment stabilisé pour l’envisager sérieusement“.

Vers une alliance droite – macronistes sur l’Ecole ?

C’est que dans ce projet, “on retrouve la logique de l’Ecole du futur de Macron“, comme le remarque la CGT Education. Toute la force de ce projet c’est qu’il vient de très loin. Il réutilise les argumentaires et les idées d’Emmanuel Macron. Ce dernier a largement vanté la nécessité d’adapter localement l’Education nationale. C’est la logique du Pacte qui d’une part réduit à un strict minimum le cadre d’enseignement offert aux élèves et d’autre part offre à la hiérarchie locale des moyens de contrôle efficaces des enseignants puisque leur paye dépendra non plus du statut mais de leur bon vouloir. La mise en concurrence est aussi clairement à l’œuvre dans le Pacte.

Le projet régional francilien s’appuie aussi sur le projet de loi sur l’Ecole déposé par le sénateur Les Républicains Max Brisson qui a été adopté par le Sénat en avril 2023. Il prévoit des établissements publics autonomes sur le modèle des charters schools avec des enseignants sous contrat local.

Mais ce projet s’appuie aussi sur plusieurs rapports de la Cour des Comptes. Dans un rapport de juillet 2023, intitulé “Privilégier l’approche territoriale et l’autonomie dans la gestion des dépenses d’éducation”, la Cour demande une territorialisation de l’éducation. Là dessus la Cour se fait de plus en plus pressante : 3 rapports en 2023, 4 depuis 2022.

On voit ainsi se dessiner la convergence d’une vision commune sur l’Ecole. Elle introduit en France les idées du New Public Management avec l’introduction d’une gestion privée de l’enseignement et une redéfinition totale du métier enseignant aussi bien dans sa durée (d’un métier à vie à un job de passage) que dans sa conception (d’un libre artisanat éducatif à un travail d’application rémunéré à la tâche). Peu importe que là où il est appliqué le New Public Management n’ait pas fait progresser les élèves. Il a permis aux populistes de se maintenir au pouvoir et aux plus fortunés de payer moins d’impôts.

Avec deux décennies de retard, nous arrivons en France au moment de rupture. Jules Ferry est dénoncé par les “libéraux” comme “wokiste”. Ils s’en prennent maintenant à l’idée même d’une éducation nationale. Pour l’Ecole et les enseignants, c’est l’heure de l’hallali.

François Jarraud

Le rapport "Saisine de l’Etat pour un choc de décentralisation", septembre 2023, 108 p

L’Ecole du futur et le new public management

Le rapport Longuet

Redonner leur sens aux métiers de l’enseignement

Qu’est ce que le nouveau métier enseignant ?

L’échec de la réforme suédoise

Angleterre Suède Pays Bas : 3 échecs

Blanquer et Philippe dévoilent le nouveau métier enseignant

Extrait de cafepedagogique.net du 25.09.23

 

L’Ile-de-France voudrait créer des écoles sous contrat, récupérer la totalité de l’orientation, fusionner LP et CFA...

Le Conseil régional d’Île-de-France a voté, mercredi 20 septembre, une délibération valant "saisine de l’Etat" pour "récupérer un certain nombre de missions de service public aujourd’hui assumées par l’État". La Région précise que sa démarche ne concerne qu’elle-même "et non pas les autres Régions" (même si certaines de ses demandes ont, de fait, un impact national, comme la suppression de l’ONISEP, ndlr). Plusieurs d’entre elles concernent l’éducation, notamment les lycées professionnels, les écoles primaires, l’orientation, le recrutement des enseignants.

L’Ile-de-France voudrait "transformer les lycées professionnels en établissements publics locaux d’enseignement régional sous pilotage de la Région" et les fusionner avec les CFA. La Région dénonce "l’inadéquation entre la carte des filières et des spécialités et la structuration du marché de l’emploi". Elle fait valoir que "ce sont les rectorats qui gardent la main et décident souverainement des ouvertures et des fermetures des différentes formations". Elle propose donc "un nouveau modèle de gouvernance qui permette au fil de l’eau et durablement de connecter en permanence la carte de formations avec les secteurs d’activité les plus prometteurs".

La réforme des lycées professionnels comprendrait "la régionalisation du recrutement, de la gestion et de la formation des personnels de l’éducation selon des modalités équivalentes aux transferts des personnels TOS et DDE de 2004 ; un pilotage complet de l’évolution de la carte des formations professionnelles initiales (...) ; une décentralisation des règles de gouvernance des lycées professionnels" en permettant notamment "une liberté de recrutement du chef d’établissement via la création de contrats de mission. La Région pourrait confier aux proviseurs davantage de marges de manœuvre sur l’allocation et l’utilisation des moyens budgétaires, l’organisation pédagogique et les dispositifs d’accompagnement des élèves."

La Région voudrait aussi se voir confier "une compétence de recrutement de professeurs associés dans les lycées" de façon à ouvrir "le corps enseignant à la société civile (...). Qu’un professeur d’économie soit un chef d’entreprise, qu’un professeur d’anglais soit un expatrié britannique ou qu’un prof de physique soit un ingénieur peut être une source de richesse", estime-t-elle. Elle fait remarquer que le statut existe, mais que "cette possibilité juridique reste quasiment fictive puisqu’il y a moins de cent professeurs associés en activité en France". La Région Île-de-France "aurait pour mission d’identifier des professeurs associés ayant vocation à être recrutés par les chefs d’établissements et formés d’un point de vue pédagogique en amont".

Elle demande encore à "expérimenter une décentralisation complète des règles de composition des Conseils d’administration des lycées" dont elle définirait le "mode de gouvernance, éventuellement différencié en fonction des lycées". Ceux-ci seraient mis en concurrence, situation qui "permettrait de faire émerger des solutions innovantes à même de renforcer la démocratie sociale et le paritarisme." La Région ne se prononce pas sur "les contours de ce que pourrait être la future gouvernance des lycées en Île-de-France" puisque "ce sera à l’Assemblée régionale de construire collectivement un nouveau modèle".

Enfin, en ce qui concerne l’orientation, la Région estime qu’elle ne dispose pas "pleinement des moyens de définir et donc d’exercer cette compétence", l’État restant "responsable de l’orientation, de la validation des choix et de l’affectation". L’Île-de-France voudrait donc se voir confier "la pleine responsabilité de l’orientation en transférant à son agence ORIANE les moyens déployés par l’Education nationale". Elle demande "le rattachement des conseillers d’orientation des collèges et des lycées ainsi que l’association étroite de la Région Île-de-France à la définition de la politique nationale de l’orientation". Elle demande également la suppression de l’ONISEP ainsi que de ses délégations régionales (DRONISEP) "pour les remplacer par des offices régionaux d’information sur les enseignements et les professions" rattachés à l’agence ORIANE, de même que les CIO : "l’ensemble de la compétence relative à l’orientation (...) relèverait du conseil régional d’Île-de-France par son agence Oriane, tandis que l’affectation, qui organise la répartition des élèves dans les filières en fonction des décisions d’orientation et des capacités d’accueil, resterait une compétence de l’État."

La Région demande à être autorisée "à créer des écoles primaires autonomes sous contrat". Elle part du principe que "plus les établissements disposent de marges de manœuvre importantes pour déterminer les contenus de l’offre de l’enseignement, choisir leurs manuels, recruter leurs enseignants et fixer les salaires, plus la performance des élèves s’améliore, à condition toutefois qu’il existe des examens terminaux externes et standardisés permettant de confronter et contrôler les méthodes des différents établissements". Elle ajoute que "ce modèle d’écoles publiques autonomes s’inscrit d’ailleurs dans une logique similaire à celui des ’charter schools’ anglo-saxonnes ou des ’écoles libres’ scandinaves."

"Ces écoles régionales publiques seraient sous contrat avec l’État (...). Ce contrat associerait à la fois la Région, l’État mais surtout les parents d’élèves : les familles seront au cœur de la gouvernance de ces écoles primaires autonomes (...). Cette autonomie pourrait porter à la fois sur le recrutement des élèves, l’affectation des personnels, l’allocation et l’utilisation des moyens budgétaires, l’organisation pédagogique ainsi que les dispositifs d’accompagnement des élèves. Ces écoles auraient une très grande liberté dans l’organisation des horaires, des programmes, des enseignements, des activités extrascolaires." La Région "pourrait révoquer leur statut d’établissement public autonome d’éducation en cas de résultats insuffisants, notamment en fonction des résultats objectifs à l’issue d’un examen d’entrée en 6ème."

Le rapport ici (PDF)

Extrait de touteduc.fr du 22.09.23

 

EXTRAIT DU SOMMAIRE
P. 25-39
ÉDUCATION/FORMATION PROFESSIONNELLE

8. Transformer les lycées professionnels en établissements publics locaux d’enseignement régional sous pilotage de la Région Île-de-France en les fusionnant avec les CFA afin de lui confier la gestion des formations en apprentissage.
9. Autoriser la Région Île-de-France à créer des écoles primaires autonomes sous contrat
10. Confier à la Région Île-de-France une compétence de recrutement de professeurs associés dans les lycées pour ouvrir le corps enseignant à la société civile face à la crise des vocations
11.Autoriser la Région Île-de-France à fixer la composition des conseils d’administration des lycées généraux et technologiques
12. Transférer les moyens de l’Éducation nationale consacrés à l’orientation en les
attribuant à l’agence ORIANE
13. Fusionner les trois CROUS franciliens en un seul Établissement public administratif rattaché à la Région Île-de-France

 

EXTRAITS DU DOCUMENT

(page 28)
L’autonomie n’est pas synonyme de dérégulation, mais plutôt d’adaptabilité et de personnalisation. Un établissement autonome serait davantage capable de s’adapter aux spécificités de sa population, de ses enseignants et de son environnement socio-économique.
Il pourrait ainsi établir un projet pédagogique qui réponde aux besoins spécifiques de ses élèves, plutôt que de se conformer à un programme uniforme et rigide. De plus, les établissements publics autonomes sont plus transparents et responsables vis-à-vis des
parents d’élèves, puisqu’ils doivent régulièrement des rapports détaillés sur leurs performances et leurs progrès, en fonction des objectifs qu’ils se sont fixés. Cela favorise une culture de responsabilité et d’amélioration continue, en mettant l’accent sur la qualité de l’éducation plutôt que sur le respect de la conformité bureaucratique.
Ce modèle d’écoles publiques autonomes nouvelles que nous promouvons ne saurait être piloté par le Ministère de l’Education nationale. En effet, le Ministère ayant la charge des 30 000 écoles élémentaires du pays ne peut être également celui chargé de
porter le déploiement de structures innovantes en parallèle du système éducatif existant : ce modèle d’écoles publiques autonomes que nous défendons s’inscrit d’ailleurs dans une logique similaire à celui des « charter schools » anglo-saxonnes ou des « écoles
libres » scandinaves, dans lesquelles la société civile vient porter et mettre en place des établissements enrichissant et se superposant au maillage d’écoles publiques d’État.
C’est pourquoi nous proposons de confier la responsabilité de ces écoles primaires autonomes aux Régions plutôt qu’au Ministère de l’Education nationale. La Région est une collectivité dont la masse critique est suffisante pour organiser le développement de ces nouvelles structures, mais aussi pour identifier les projets les plus aboutis et obtenir les meilleurs résultats, afin de les dupliquer et de les faire essaimer partout sur le territoire. Ainsi, confier cette responsabilité à la Région permettrait de créer progressivement une véritable gouvernance partagée du système éducatif, comme en Allemagne, ce qui inclut également de confier des responsabilités nouvelles pour l’Île-de-France dans le recrutement du corps enseignant des lycées ; dans la gestion
des lycées professionnels et dans la définition du mode de gouvernance des EPLE, conformément à nos autres propositions éducatives.

Expérimenter la création d’écoles primaires autonomes dans les quartiers d’éducation prioritaire, sous contrat avec l’État et associant les familles
Nous demandons la mise en place d’une expérimentation permettant à la Région Île-de-France d’ouvrir des écoles primaires autonomes. Les établissements existants pourraient également être transformés en établissement public autonome d’éducation, sur la base du volontariat. Ces établissements publics disposeraient d’un statut nouveau, celui d’établissements publics autonomes, rattachés à la Région Île-de-France, selon des modalités proches du nouveau statut juridique adopté par la majorité sénatoriale le 11 avril 2023 dans le cadre de la proposition de loi pour une école de la liberté, de
l’égalité des chances et de la laïcité.
Afin d’assurer une réelle égalité de traitement, qui est le pilier de l’école républicaine, ces écoles régionales publiques seraient sous contrat avec l’État et seraient financées par une dotation proportionnelle à ses effectifs et au coût moyen par élève correspondant au niveau d’enseignement. Ce contrat associerait à la fois la Région, l’État mais surtout les parents d’élèves : les familles seront au cœur de la gouvernance de ces écoles primaires autonomes. Un dialogue de gestion avec le Ministère de l’Education Nationale définira chaque année le nombre plafond d’écoles primaires autonomes que la Région pourra implanter ou transformer.
Toutefois, si ces écoles restaient publiques, elles seraient régies par une organisation et modes de gouvernance différenciés, permettant une très grande souplesse dans la gestion quotidienne de l’établissement, et accordant une large autonomie pédagogique aux établissements sur les méthodes d’enseignement, les progressions des élèves, l’éducation artistique et culturelle. Cette autonomie pourrait porter à la fois sur
le recrutement des élèves, l’affectation des personnels, l’allocation et l’utilisation des moyens budgétaires, l’organisation pédagogique ainsi que les dispositifs d’accompagnement des élèves. Ces écoles auraient une très grande liberté dans l’organisation des horaires, des programmes, des enseignements, des activités extrascolaires.

Ces écoles seraient implantées en priorité par la Région dans des territoires confrontés à
des difficultés économiques et sociales singulières
et desquelles découlent de fortes difficultés académiques que ne parviennent pas à résorber les différents dispositifs existants.
Ces écoles publiques autonomes s’inscriraient dans une logique de résultat, et feraient l’objet d’évaluations régulières et exigeantes : la Région Île-de-France pourrait révoquer leur statut d’établissement public autonome d’éducation en cas de résultats insuffisants, notamment en fonction des résultats objectifs à l’issue d’un examen d’entrée en 6ème.

Mise en œuvre juridique de la demande
Mise en œuvre du droit à l’expérimentation fondé sur l’article 37-1 de la Constitution.
Modifications législatives et réglementaires :
■ Adopter une loi autorisant l’expérimentation de la création et de la gestion des écoles primaires autonomes par les régions qui le souhaitent, créant le statut d’établissement public de l’école primaire autonome à titre expérimental, organisant les relations administratives et financières avec l’État.
Fixant une durée suffisante d’expérimentation pour permettre d’imaginer, de mettre en œuvre, et d’évaluer les innovations pédagogiques nécessaires.
■ Déroger à l’article L.211-1 du code de l’éducation notamment en ses dispositions relatives à l’organisation et au contenu des enseignements et au recrutement et à la gestion du personnel.
■ Déroger à l’article L.311-2 du code de l’éducation relatif à la définition par décret de l’organisation et au contenu des enseignements.
■ Déroger à l’article L.912-1-1 du code de l’éducation relatif à l’encadrement de la liberté pédagogique de l’enseignement par les instructions du ministre chargé de l‘éducation nationale.
■ Déroger aux articles L. 212-2 et L.212-3 du code de l’éducation relatifs à l’implantation des écoles primaires et aux seuils d’ouverture et de fermeture
des classes pour inscrire les territoires confrontés à des difficultés économiques et sociales singulières dans les hypothèses de traitements différents.
■ Déroger aux articles L. 212-4 et L.212-5 du code de l’éducation relatifs au rôle de la commune et au caractère de dépense obligatoire pour tenir compte du rôle de la région concernant les écoles primaires autonomes.
■ Déroger à l’article L.212-7 du code de l’éducation relatif à la compétence de la commune pour déterminer le ressort des écoles, s’agissant des territoires en difficultés économiques et singulières.
■ Déroger à l’article L.214-6 du code de l’éducation limitant la compétence de la région aux lycées, des établissements d’éducation spéciale et des lycées professionnels maritimes.
■ Déroger aux article L.521-1 et suivants du code de l’éducation relatifs aux temps et à l’espace scolaire, à l’article D. 521-10 du code de l’éducation relatif à l’organisation des heures d’enseignement, et aux articles D. 521-1 et D.521-4 du code de l’éducation
relatifs à la compétence du recteur d’académie pour adapter le calendrier scolaire normal aux spécificités géographiques particulières, pour y inclure les spécificités économiques et sociales particulières.
■ Déroger à l’article D.521-13 du code de l’éducation relatif aux activités pédagogiques complémentaires pour les élèves en difficultés scolaires et l’aide au travail personnel.
■ Déroger à l’article R.551-13 du code de l’éducation relatif au projet éducatif territorial organisant les activités péri-scolaires pour prévoir la compétence de la région pour les écoles primaires autonomes.
■ Déroger à l’article L. 2121-30 du code général des collectivités territoriales, pour les écoles primaires autonomes confiant au seul conseil municipal la compétence de décider de la création et de l’implantation des écoles des écoles primaires.
■ Déroger aux lignes directrices de gestion fixées en application de l’article L. 413-3 du code général de la fonction publique pour l’affectation des personnels.
■ Déroger aux articles L. 512-18 à L. 512-22 du code général de la fonction publique pour adapter les conditions d’affectation d’un enseignant aux écoles primaires autonomes.

 

La Nouvelle Gestion Publique (NGP) dans l’académie de Versailles

Suicide de Nicolas à Poissy : la lettre du rectorat aurait été écrite par un DRH qui n’avait “jamais travaillé pour l’école”

Selon Le Parisien, l’ambiance est à la consternation dans l’académie de Versailles, où beaucoup dénoncent l’arrivée au rectorat de hauts fonctionnaires “très éloignés” du monde de l’Education
“Vision issue du privé”, “déshumanisé”, “éloigné du terrain”... plusieurs voix s’élèvent dans l’académie de Versailles pour décrire l’orientation prise par le rectorat ces dernières années. Un article du Parisien détaille l’ambiance tourmentée de l’institution, depuis la révélation par BFMTV de courriers menaçants envoyés à plusieurs familles d’enfants harcelés. Parmi eux, la famille du jeune Nicolas, lycéen de Poissy qui a fini par se donner la mort le 5 septembre dernier après des mois d’alerte sur le harcèlement dont il était victime.

L’Education nationale gérée comme une entreprise ?
Les prises de paroles de Charline Avenel au cours des cinq années passées à la tête du rectorat de Versailles laissent peu de place au doute quant à la vision de l’école de cette proche d’Emmanuel Macron : un discours entrepreneurial et réformateur, appelant à un “bon” management et à une transformation générale. Le nombre croissant de contractuels dans son académie ? Un “delta frictionnel” normal. Ses projets pour l’Education nationale ? “Une transformation profonde de la gestion des ressources humaines”. Ses qualités ? “Une âme d’entrepreneuse”. [...]

Extrait de sudouest.fr du 25.09.23

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