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« Parcoursup : une génération « en attente » 100 millions d’euros pour tout changer sans rien régler (Collectif Nos services publics, juin 2022, 30 p.)

2 juin

« Parcoursup : une génération « en attente » 100 millions d’euros pour tout changer sans rien régler
Collectif Nos services publics juin 2022, 30 p.

"Parcoursup" a modifié les modalités d’inscription dans l’enseignement supérieur, introduisant des ruptures importantes avec les pratiques antérieures.

La plus importante d’entre elles réside dans le fait que les lycéens n’ont plus la possibilité de classer à pri ori leurs vœux par ordre de préférence. La procédure augmente ainsi l’importance de leur rang sur les listes d’appel, fixées par les formations. Les candidats les mieux classés commencent par choisir l’orientation qui leur convient, puis laissent les place s non occupées à ceux qui les suivent. Le jour de la publication des résultats, près de la moitié des lycéens n’obtiennent donc aucune réponse positive et doivent attendre que leurs camarades « mieux classés » se décident avant de pouvoir faire leurs propr es choix.

La nouvelle procédure élargit ainsi la logique de classement à l’ensemble des formations du supérieur, alors qu’elle était autrefois uniquement réservée aux filières sélectives.. Les personnels doivent parvenir, en l’espace de moins de deux m ois, à ordonner près de 12 millions de vœux formulés par plus de 900 000 candidat·e·s. Ce procédé est non seulement très coûteux environ 2 600 000 heures de travail, soit l’équivalent de 100 millions d’euros de budget uniquement pour classer les candidat ures mais il participe aussi à désorganiser l’enseignement secondaire. Il modifie le calendrier scolaire de l’année de Terminale et augmente le temps passé à évaluer au détriment du temps pédagogique. L’ensemble de ces efforts aboutissent à un résultat d ont l’objectivité est très contestable : en l’absence d’harmonisation nationale, comment distinguer deux dossiers scolaires construits par des enseignants différents, dans des établissements différents et selon des critères différents ?

Quatre ans après sa mise en service, les bénéfices de la nouvelle procédure d’orientation sont difficiles à estimer. La répartition des nouveaux inscrits dans les différentes filières n’a pas fondamentalement changé et il est impossible de savoir si les élèves sont plus, ou moins, satisfaits de leur orientation. La principale différence observable est une augmentation de la pression qui pèse sur les personnels mais aussi, et surtout, sur les élèves et leurs familles. Forcés d’accepter un numéro de place dans une file d’atte nte pourtant en grande partie artificielle, la nouvelle procédure leur fait porter la responsabilité de voir les portes de certaines formations se fermer, et d’échouer à intégrer la filière de leur choix. Cette culpabilisation des familles est le prix d’un autre échec : celui du service public à saisir l’opportunité d’une augmentation du nombre de bacheliers pour affronter les défis auxquels notre société fait face, en ouvrant davantage de places dans l’enseignement supérieur public pour garantir à chacun.e *** une place dans la filière de son choix.

[...] Redonner aux jeunes toute leur place dans la définition de leur avenir implique deux grandes évolutions. La première serait de revenir à une logique de choix des élèves et de mettre fin à l’omniprésence des classements. En permettant aux élèves de hiérarchiser a priori leurs choix éventuellement après avis rendu par les formations sélectives ils retrouveraient leur place à l’origine de leur affectation, et non seulement en bout de chaîne. En mettant fin au classement dans toutes les filières non sélectives, et à toutes les lourdeurs et coûts que celui ci implique (fiches avenir, lettres de motivation, algorithmes locaux) le système sortirait en outre de l’ambiguïté et réaffirmerait la priorité donnée aux vœux des lycéen.ne.s. La seconde grande évolution consisterait dans l’accompagnement de la hausse du nombre de bacheliers, notamment dans les filières général e et professionnelle, par une hausse du nombre des places dans l’enseignement supérieur public. La réinscription dans la loi de la liberté pour les jeunes de s’inscrire dans l’établissement de leur choix apparaît ainsi comme une garantie importante. Elle devra être accompagnée par la création de places dans l’enseignement supérieur public à la hauteur des besoins et préférences exprimées, en particulier en STS et à l’université.

Extrait de files.umso.co de juin 2022

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