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Thèse. Education plurilingue et élèves nouvellement arrivés : pratiques enseignantes contextualisées en France, en Italie et en Pologne, Rouen 2022 (étude dans 1 collège prioritaire de Rouen)

1er juin

Education plurilingue et élèves nouvellement arrivés : pratiques enseignantes contextualisées en Europe

Auteur(s) : JASKULA Malgorzata

Date de soutenance : 2022

Thèse délivrée par : Normandie Université

Section(s) CNU : section 07 : Sciences du langage

Sous la direction de : Mehmet-Ali AKINCI & Véronique MIGUEL ADDISU

Jury de thèse : Andrea Young ; Greta Komur-Thilloy ; Pierre Escudé ; Dominique Groux ; Marisa Cavalli

"L’objectif de cette recherche est de réfléchir aux facteurs de mise en œuvre d’une éducation plurilingue et interculturelle auprès des élèves nouvellement arrivés (ENA) âgés de 11 à 15 ans en France, en Italie et en Pologne. La problématique de cette étude porte sur la valorisation du plurilinguisme de ces élèves comme appui pour l’apprentissage de la langue seconde et levier de l’inclusion socio-éducative (Goï, 2015 ; Mendonça Dias et al., 2020). L’accueil et l’inclusion des ENA plurilingues et pluriculturels dans les classes constituent un nouveau défi pour les acteurs et les systèmes éducatifs (OCDE, 2016). Si les préconisations européennes soulignent l’importance de la prise en compte des connaissances en langues-cultures premières des élèves dans le processus d’enseignement-apprentissage (Cummins, 2011 ; Beacco et al., 2016), les recommandations officielles des pays ne les mentionnent pas systématiquement.Inscrite dans le champ de la didactique des langues-cultures (DDLC) et la perspective sociodidactique (Dabène & Rispail, 2008 ; Cortier, 2009 ; Miguel Addisu, 2012), cette recherche s’appuie sur une démarche ethnographique à partir de données qualitatives et quantitatives (Blanchet & Chardenet, 2011). La complexité du sujet est abordée sur trois niveaux (Bronfenbrenner, 1979 ; Desjeux, 2004 ; Eurydice, 2019) : macro – les enjeux des politiques linguistiques et éducatives des pays, méso – l’impact de l’environnement propre à l’établissement et micro – les poids des pratiques enseignantes en classe. L’approche comparative permet de relever les convergences et les divergences (Groux et al., 2002 ; Meuris, 2008) quant à l’enseignement de la langue de scolarisation en lien avec les approches plurilingues et interculturelles (Candelier et al., 2012).Pour ce faire, notre corpus est constitué d’enquêtes (53 questionnaires et 18 entretiens) menées auprès des enseignants de trois établissements du second degré quant à leurs pratiques en classe, leurs biographies langagières (Huver & Molinié, 2009) et leurs formations. Les analyses des enquêtes montrent que les pratiques des enseignants n’ont pas de lien explicite avec les méthodes et approches plurilingues et interculturelles développées en DDLC (cf. Auger, 2005 ; Favaro, 2005 ; Hélot & Young, 2006 ; Kotarba-Kańczugowska, 2015 ; Pugliese, 2005 ; entre autres). Quel que soit le pays, tous les enseignants se réfèrent davantage aux cultures des élèves qu’à leurs langues, ce qui fait émerger le besoin de développer la conscience linguistique (Hawkins, 1984) chez eux. Néanmoins, les gestes professionnels (Bucheton & Soulé, 2009) qui s’appuient sur le tissage avec les connaissances plurilingues et pluriculturelles des ENA vont dans le sens de la mise en œuvre de l’éducation interculturelle, tout comme des projets transdisciplinaires présents dans l’établissement français. En outre, cette recherche met en évidence des pratiques enseignantes contextualisées, impactées par les histoires des pays, leurs didactiques des langues et les politiques linguistiques et éducatives, pratiques qui reflètent l’impact des formations et des orientations didactiques autour de l’enseignement de la langue du pays d’accueil. Elles sont également influencées par les doxas didactiques soit transmissives soit co-constructives des enseignants (cf. Vygotski, 1934).La démarche comparative choisie souligne la complexité du sujet étudié. Elle permet de réfléchir aux besoins contextualisés des enseignants et proposer des pistes pour la formation professionnelle sur le développement de la langue de scolarisation, les représentations sur le plurilinguisme, les pratiques et les gestes en faveur de la construction d’une compétence plurilingue et interculturelle des élèves, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des formations mentionnés par les enseignants de notre recherche."

p.256-257
Le terrain en France
La collecte des données en France a eu lieu à Rouen, ville de taille moyenne (150 000 habitants) située dans une agglomération urbaine de taille moyenne (plus de 400 000 habitants) à 150 km de Paris. Nous la connaissions depuis plusieurs années, c’est pourquoi nous avons eu quelques savoirs préalables sur les quartiers où nous avons effectué nos enquêtes. De plus, durant notre année de Master 2 recherche (2015-2016) nous avons mené les enquêtes avec les enseignants dans trois collèges rouennais. Pour notre recherche de thèse, nous avons repris le contact avec deux de ces établissements où existaient les UPE2A217.
Le premier collège (indiqué par la lettre « A ») se trouve sur la rive droite, au centre-ville de Rouen. Afin d’y mener les enquêtes de terrain, nous avons repris le contact avec la direction rencontrée l’année précédente. Cette fois-ci, il s’agissait de demander l’autorisation pour mettre en place le projet PARLangues 1
218, sous la responsabilité de Véronique Miguel Addisu, notre co-encadrante de thèse. Dans le cadre de ce projet, notre rôle était d’observer la classe UPE2A et de réaliser des entretiens avec les enseignants volontaires. Cette enquête avait lieu au premier semestre de notre thèse (d’octobre 2016 à janvier 2017).
Le collège A se trouve à proximité de la gare ferroviaire et routière ainsi, il est facilement accessible pour les ENA inscrits en UPE2A venant parfois de différents établissements situés dans d’autres quartiers de la ville, ou d’autres communes de la métropole. En outre, situé au centre historique de la ville, ce collège maintient une bonne réputation depuis longtemps ; ses élèves sont issus des couches sociales aisées. C’est, entre autres, l’opinion des enseignants qui y travaillent et que nous avons enquêtés. Effectivement, l’environnement plutôt aisé avait, selon eux, un impact sur la faible visibilité de la classe d’UPE2A et des ENA dans ce collège.
Enfin, nous avons eu l’impression que durant la période d’observation de la classe UPE2A, notre présence régulière dans la salle des professeurs n’était pas vraiment remarquée. Le projet PARLangues 1 et le sujet de notre thèse n’avaient pas l’air d’intéresser les enseignants. En conséquence, l’atmosphère défavorable de cet établissement a joué sur la décision de ne pas y poursuivre notre projet de recherche et le projet PARLangues 1219.
Par conséquent, en raison du choix d’analyser des pratiques des enseignants d’un seul établissement, nous avons décidé de ne pas ajouter les résultats de l’enquête menée au collège A dans le présent travail. Néanmoins, les interactions en classe observées lors des séances en UPE2A de ce collège ont été intégrées aux analyses publiées dans une revue (cf. Jaskuła, 2018).
Le deuxième établissement, indiqué comme « collège B », se trouve à proximité du centre-ville de la rive gauche de la Seine, dans un réseau d’éducation prioritaire - REP220, et seulement à dix minutes à pied du centre historique de la rive droite du fleuve. En raison de sa localisation, le nombre d’élèves issus de l’immigration y était plus important qu’au collège A.
Afin d’effectuer notre recherche sur ce terrain, nous avons repris le contact avec l’enseignante en UPE2A (FR01_FL2, nommée ici Mathilde), rencontrée lors de l’entretien mené pour le Master 2, quelques mois auparavant. Grâce à elle, nous avons pu discuter avec la direction de l’établissement pour convenir de notre présence régulière au collège221.
Contrairement au collège A, l’accueil dans la salle des enseignants du collège B était d’emblée plus ouvert et plus chaleureux. Il est forcément difficile à savoir si c’est l’effet du même âge avec les enseignants de cet établissement ou, si c’est une atmosphère propice de cet établissement. La relation avec l’équipe pédagogique du collège B a joué sur le choix de la poursuite de notre recherche dans cet établissement. Notre collecte de données sur ce terrain a eu lieu au second semestre de la première année de notre thèse : de janvier à juin 2017. Durant cette période, nous avons noué des relations professionnelles et parfois amicales avec plusieurs collègues - enseignants, qui nous ont consacré leur temps pour un entretien individuel222.
En raison de l’environnement favorable de ce collège, le projet de recherche collaborative PARLangues 2 a pu y être mis en place à partir de l’année scolaire 2017/2018. Cela nous a donné l’occasion de retourner régulièrement sur ce terrain, de participer aux réunions avec les enseignants enquêtés auparavant et d’analyser l’évolution de leurs pratiques selon une méthodologie longitudinale (cf. Jaskula & Miguel Addisu, à paraitre)

Extrait de theses.hal.science

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