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Docs sur l’Educ : missions et statut des AED (témoignages dans les quartiers Nord de Marseille)

14 juin

Docs sur l’Éduc : Juliette, Morgane et Sacha , AED

Chaque vendredi, le café pédagogique publie un épisode du podcast consacré aux métiers de l’éducation « Docs sur l’Éduc, la parole à celles et ceux qui font l’école » réalisé à Marseille avec des personnels travaillant majoritairement auprès d’élèves en difficulté d’apprentissage. Aujourd’hui, il donne la parole à Juliette, Morgane et Sacha, AED dans un collège des quartiers nord de Marseille.

Je ne peux commencer cette rubrique hebdomadaire sans penser au danger majeur que connaît notre pays avec une dérive autoritaire et l’accession possible du RN au pouvoir dans quelques semaines. Le système éducatif souvent mis à mal par les politiques libérales reste bien souvent un des rares services publics présents dans nombre de quartiers. Il porte les valeurs d’égalité républicaine et pâtirait immédiatement de cette situation.

« Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut pas chanter victoire
il est encore trop tôt : le ventre est encore fécond
d’où a surgi la bête immonde. »
Bertolt Brecht
La Résistible Ascension d’Arturo Ui.

Quelques points de repère.

En France, les Assistants d’éducation (AED) ont été créés par la loi du 30 avril 2003, dans le but de remplacer les maîtres d’internat (MI) et surveillants d’externat (SE), dont le statut, remontant à 1937, était considéré par le ministère de l’Éducation nationale comme obsolète et mal adapté aux besoins actuels des établissements scolaires du second degré. De ce fait les AED exercent principalement des fonctions d’encadrement et de surveillance des élèves anciennement dévolues aux MI-SE.

Selon un document du Ministère de 2024, le nombre d’AED étai de 49154 Équivalent Temps Plein en 2023 et 49075 en 2024. Ce chiffre est inférieur au nombre de personnes physiques présentes – plus de 60000 – mais le MEN est avare d’informations précises dans ce domaine. Cette évolution ne prend pas en compte les AED en préprofessionnalisation. Il y avait 9138 AED dans ce cas en 2023 contre 7568 en 2024. Soit une suppressions de 1644 postes sur un an.

Le statut

Les assistant·es d’éducation (AED) sont recruté·es par les établissements dans le cadre d’un CDD de droit public. Ils sont à ce titre des agents publics non titulaires. Depuis la rentrée 2023, les AED peuvent poursuivre leur activité en signant un CDI après la sixiéme année d’exercice.

Ils assurent principalement des missions de surveillance et d’encadrement des élèves, à l’externat ou à l’internat, dans les collèges et les lycées. Ils peuvent aussi être Assistants Pédagogiques (recrutés à Bac+2) ou des Assistants de Prévention et de Sécurité (gestion de projets visant à prévenir des comportements violents chez les élèves). Quoique payés sur le budget de l’État, les AED ne sont plus recrutés par les recteurs d’académie sur critères sociaux (avec barème) comme leurs prédécesseurs MI-SE, mais par le chef d’établissement.

La précarité de l’emploi s’est accrue en même temps que la rémunération a baissé. Progressivement, avec la pression du chômage de masse, le recrutement s’est élargi à d’autres personnes que des étudiants préparant majoritairement les concours de l’Éducation Nationale.

Le rectorat de l’académie décide des ouvertures et des fermetures de postes dans chaque établissement public local d’enseignement en fonction de la dotation ministérielle allouée et s’assure du suivi de gestion global de ces personnels. Le traitement et la gestion administrative personnelle des AED relèvent d’établissements dits mutualisateurs, chargés de ces tâches de gestion et de paiement.

Pour postuler à un poste d’assistant d’éducation, il convient d’être titulaire du baccalauréat ou d’un titre ou diplôme équivalent et d’avoir vingt ans révolus à la date d’entrée en fonction.

Le service des AED est annualisé et représente un temps de travail de 1 607 heures (803 heures à mi-temps), répartis entre 39 semaines minimum et 45 semaines maximum en début d’année par le principal ou le proviseur. Les AED bénéficient d’un crédit d’heures quand ils poursuivent des études supérieures ou une formation professionnelle. Il est accordé par le chef d’établissement sur justificatif dans la limite de 200 heures annuelles pour un temps complet (100 heures pour un mi-temps). Il s’impute sur les horaires de travail.

Les AED sont placés sous l’autorité hiérarchique du chef d’établissement, et la plupart du temps sous l’autorité fonctionnelle du conseiller principal d’éducation.

Le salaire

Les AED sont rémunéré.es sur la base de l’indice 366 pour les AED en CDD et 375 pour celles et ceux qui sont en CDI. Ce qui représente respectivement un salaire de 1462 € et 1498 € pour un temps plein. Dans les deux cas, il n’y a aucune évolution possible (pas de grille de salaire) et bien souvent en fonction de la quotité de temps de travail, ces personnels sont condamnés à vivre en dessous du seuil de pauvreté.

Sur l’Académie d’Aix-Marseille…

Il est très difficile d’obtenir de la part de l’administration des éléments précis concernant cette catégorie de personnel. Depuis plusieurs mois par exemple, la représentation syndicale demande qu’un groupe de travail sur le sujet puisse se tenir afin de préciser les conditions d’exercice, l’importance et les caractéristiques de ce corps . Ce qui permettrait en définitive d’élaborer un ensemble de revendications précis concernant ces collègues essentiels au bon fonctionnement des services notamment celui de la vie scolaire.

Après différents recoupements, il en ressort qu’un peu plus de 3000 AED sont salarié.es par l’académie d’Aix-Marseille, 2700 d’entre eux – en majorité des femmes 60 % – sont employé.es à la vie scolaire essentiellement en Contrat à Durée Déterminée, en général sur des temps partiels (la quotité moyenne est de 80% d’un exercice à temps temps). 120 n’ont pas de fonction de surveillance, 200 AED sont en contrat de « pré-professionnalisation » (c’est à dire qu’ils et elles sont affecté.es à des tâches pédagogiques).

Selon les sources syndicales, 10 % de l’effectif total sera en CDI à la rentrée 2024.

La répartition par âge est la suivante : 75,2 % des AED ont moins de 35 ans, 4,6 % ont plus de 50 ans, l’âge moyen est de 30,2 ans (29 ans pour les hommes – 31 ans pour les femmes).

Les étudiants représentent entre 45 et 50% des effectifs d’AED .

Un exemple de pratiques professionnelles au collège Jacques Prévert (classé Rep+ dans les quartiers nord de Marseille).

Nous sommes en compagnie de Morgane Bozoyan, Sacha Caillaud et Juliette Pioli.

Morgane est AED depuis trois ans dans cet établissement, elle a 28 ans et vient de réussir le CAPES interne d’Arts Plastiques. Elle occupe pour l’instant un poste à temps partiel – 75 % d’un temps plein. Elle a en charge la gestion des projets de remédiation et d’actions artistiques. Elle sera professeur- stagiaire à la prochaine rentrée. Elle est l’exemple type d’une assistante d’éducation qui a préparé son concours avec une attitude bienveillante de sa hiérarchie locale lui permettant d’aménager son temps de travail et de développer des activités pédagogiques contribuant à la réussite du CAPES.

Sacha lui est AED depuis quatre ans, il a 32 ans et a exercé plusieurs métiers auparavant en dehors de l’éducation nationale. Il est titulaire d’un baccalauréat et de ce fait ne peut pas se présenter au concours externes ou internes pour accéder à un emploi de catégorie A (Enseignants, CPE). Son activité professionnelle à la vie scolaire le passionne et il désire continuer dans cette voie. Cela signifie pour lui de pouvoir signer un CDI avec l’éducation nationale. Mais il lui faudra encore attendre deux ans pour arriver au terme de son 6ème CDD et avoir l’avis favorable de sa hiérarchie.

Mais un CDI ne garantit pas une stabilité dans l’emploi parce qu’il ne rompt pas avec la notion d’agent contractuel et ne débouche pas sur une titularisation dans la fonction publique, en dehors d’un plan de recrutement extraordinaire qui n’est pas à l’ordre du jour de ce gouvernement et du ministère. Il ne permet pas cette stabilité aussi parce qu’il n’y a aucune évolution salariale possible (il n’y a pas de grille de salaire avec différents échelons, contrairement à ce qui existe de façon limitée pour les AESH). Tout reste à construire dans ce domaine. Et cela ne pourra se faire que dans le cadre d’actions collectives de la profession. Sacha travaille à plein temps.

Juliette, 28 ans elle aussi, va bientôt faire partie des AED titulaires d’un CDI qu’elle va signer à la rentrée prochaine. Elle occupe un poste à temps plein d’Assistante de Prévention et de Sécurité – APS – dans l’établissement. Elle compte continuer dans cette voie et faire de cette activité un vrai métier.

Ces trois personnes illustrent parfaitement la situation complexe que vit cette catégorie de personnel.

Morgane était étudiante parallèlement à ses fonctions au collège. De ce point de vue elle avait besoin d’une stabilité dans son emploi (ce qui est contradictoire avec des CDD renouvelables tous les ans) et d’un salaire décent et évolutif. Elle avait intérêt aussi à réussir le concours le plus vite possible et ne pas s’installer dans cette fonction qui était provisoirement la sienne. Elle sera à la rentrée professeure-stagiaire et voit un autre avenir professionnel s’ouvrir devant elle.

Juliette et Sacha par contre pour des raisons différentes ne s’inscrivent pas dans une démarche d’intégration dans la fonction publique par voie de concours. Par contre il et elle occupent des fonctions essentielles pour le bon fonctionnement de l’établissement. À la vie scolaire pour Sacha qui est un élément de référence pour les adolescent-es et permet de pacifier nombre de conflits potentiels. Dans ses fonctions d’APS pour Juliette.

Les APS visent à renforcer les actions de prévention et de sécurité conduites au sein des établissements et à répondre à leurs besoins spécifiques. Ils et elles contribuent à l’analyse de la situation pour favoriser la mise en place d’une politique de prévention. Ils et elles participent à l’action éducative, en complémentarité avec les autres personnels. Ils et elles concourent au traitement des situations en cas de crise grave compromettant la sécurité des personnes et des biens, afin de rétablir les conditions nécessaires au bon fonctionnement de l’établissement. Mais l’essentiel du travail de Juliette consiste à promouvoir et gérer des actions de prévention.

Elle participe, à ce titre, à l’amélioration du climat scolaire et à l’animation des ateliers Prométhée spécifiques au collège Prévert. Il s’agit de sas de décompression pour des élèves en difficulté scolaire que Juliette prend en charge au travers d’activités pédagogiques telles que le jardinage, des activités artistiques, le bricolage, des échanges avec d’autres établissements.

Dans ces deux derniers cas, il s’agit d’emplois qui nécessitent une qualification acquise sur le terrain mais qui n’est pas reconnue. Pas reconnue quand ces personnels doivent subir six années de CDD reconductible, quand aucune perspective d’intégration à la fonction publique ne leur est offerte, quand leur salaire est irrémédiablement bloqué au minimum de la fonction publique.

« Et pourtant elle tourne » disait Galilée. On pourrait en dire autant de l’Éducation Nationale au pays des Blanquer, Belloubet ou autre Attal.

Pour écouter l’intégralité des entretiens avec Juliette, Morgane et Sacha,

Premier volet : les Missions

Deuxième volet : le statut, le salaire, les conditions de travail

Alain Barlatier

barlalain@gmail.com

Extrait de cafepedagogique.net du 14.06.24

Toutes les vidéos de Docs sur l’Educ (Alain Barlatier)

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