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Dans un rapport au Permier ministre, la "mobilisation positive" de Bébéar à l’égard des minorités visibles (Libération)

24 novembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « Libération » du 23.11.04 : la « mobilisation positive » de Bébéar

La « mobilisation positive » selon Claude Bébéar

Dans un rapport rendu public mardi, l’ancien patron d’Axa propose diverses mesures de lutte contre la discrimination envers les « minorités visibles », dont l’anonymisation des CV.

Des entreprises aux couleurs de la France », annonce en titre le rapport remis lundi au Premier ministre par le fondateur d’Axa, Claude Bébéar, et rendu public aujourd’hui. Des couleurs black blanc beur et plus seulement bleu, blanc, rouge, qu’il est de temps de faire mieux accepter dans le monde du travail. Pour ce faire, cet ancien grand patron très proche de la majorité avance une liste de 24 mesures, dont l’anonymat des CV, très courant dans le monde anglo-saxon, est la plus spectaculaire.

« La discrimination vis-à-vis des minorités visibles est une réalité », note d’emblée le rapport. Il faut donc « mieux intégrer les personnes dont la couleur de la peau les distingue aux yeux de la majorité de nos concitoyens ». Pas question pour autant d’avoir recours à la « discrimination positive », cette traduction du concept américain d’« affirmative action » dans lequel la correction des inégalités au sein des universités et des entreprises passe par l’imposition de quotas de minorités. Fidèles au credo de l’intégration républicaine à la française, le président de la République et le Premier ministre n’en voulaient pas. Ce sera donc une « mobilisation positive ».

Ecole de la deuxième chance.

Certaines propositions relèvent de l’entreprise seule : rendre anonyme les CV pour tous lors des recrutements, ne pas refuser un stagiaire –adressé par des instituts de formation avec lesquels l’entreprise aura signé un « contrat de confiance »– sans que le DRH ait vu le candidat ou encore procéder annuellement à des « photographies » statistiques des entreprises pour mesurer « l’évolution de la diversité ». Il est également proposé de récompenser les entreprises embauchant ou formant des jeunes issus de ZEP (zones d’éducation prioritaires) par des mesures incitatives type crédit d’impôts.

Ses propositions ciblent également l’école où « la discrimination commence dès le primaire ». Un système d’école « de la deuxième chance » est ainsi suggéré pour les jeunes sortis sans diplôme du système scolaire. A l’autre bout de la pyramide éducative, le rapport plaide pour une ouverture du recrutement des grandes écoles. Sur le modèle de ce qui s’est mis en place à l’Institut d’études politiques de Paris, Claude Bébéar préconise l’instauration de filières particulières pour les étudiants des quartiers défavorisés ayant obtenu des mentions « bien » ou « très bien » au baccalauréat et la création de voies d’accès professionnelles (entrer dans une grande école via un BTS ou un DUT). Enfin, le rapport concocté sous l’égide de l’association patronale « Entreprise et cité », dont Claude Bébéaer est le président-fondateur, propose de créer dans chaque zone sensible urbaine (ZUS) une cellule « entreprises et quartiers » pour coordonner et impulser des micro-actions.

Conférence nationale en 2005.
Signe de l’intérêt du gouvernement, Jean-Pierre Raffarin a annoncé lundi la tenue, en janvier 2005 à Matignon, de la première Conférence nationale sur l’égalité des chances. « Cette conférence réunira les partenaires sociaux et des grands témoins et s’attachera à définir les moyens jugés nécessaires pour passer des déclarations d’intention aux actes, dans le respect du principe d’égalité », a déclaré le Premier ministre après la remise du rapport de Claude Bébéar.

Les syndicats n’ont pas attendu les politiques pour lutter sur le terrain contre les discriminations et multiplient ces temps-ci les procédures judiciaires. Des condamnations au pénal ont déjà été obtenues pour discrimination à l’embauche, en se basant notamment sur la méthode de « testing » mise en place par SOS-Racisme avec lequel Axa a signé récemment un partenariat en s’engageant à recevoir en entretien des jeunes diplômés issus de la « deuxième génération ». Comme chez Kodak aux Etats-Unis où un méga-procès intenté par des salariés noirs de l’entreprise est en cours, 35 salariés de Bosch Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise, ont décidé de poursuivre leur employeur devant les prud’hommes. Motif ? « Discrimination raciale » dans leur plan de carrière. Le fameux « plafond de verre » comme on l’appelle dans les entreprises.

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