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Avec la "nouvelle gestion publique", les enseignants de nombreux pays sont de plus en plus tenus de rendre des comptes : une étude internationale publiée au Québec (ToutEduc)

2 février Version imprimable de cet article Version imprimable

En 30 ans, l’identité professionnelle des enseignants a été profondément modifiée, partout dans le monde (ouvrage)

Les enseignants ont connu de nombreuses réformes fondées sur les notions d’ "économie du savoir" et de "société apprenante" et sur des concepts comme "nouvelle gestion publique" ou "culture d’audit", dans une "logique d’investissement", et ceci dans de nombreux pays. Leur responsabilité s’est déplacée, ils devaient oeuvrer à la construction d’une "bonne société", ils travaillent "à la production d’une bonne économie". C’est ce qui ressort d’un ouvrage collectif, coordonné par Louis Levasseur (Québec), Romuald Normand (France), Min Liu (USA), Luis Miguel Carvalho (Portugal), Dalila Andrade Olivieira (Brésil).

Ils constatent qu’ "à partir des années 1990, l’importance croissante accordée au savoir professionnel et au travail des professionnels de l’éducation s’est accompagnée d’un accroissement significatif d’une nouvelle régulation du travail d’enseignement" et que "nous observons une reconfiguration de la collégialité professionnelle et une redéfinition de l’école comme institution sociale".

Ils montrent comment la pression des enquêtes comme PISA et des normes internationales ont des effets sur la formation des enseignants, et comment se sont développées des politiques de reddition de comptes. Ils s’interrogent sur les limites, voire les effets négatifs, de cette "nouvelle gestion publique" sur l’identité professionnelle des enseignants. Ceux-ci sont soumis à l’obligation de rendre des comptes sur leurs résultats en termes d’apprentissage tandis que les démarches d’assurance-qualité remettent en cause leurs subjectivités et identités. La mesure de leur performance est devenue un outil d’organisation de plus en plus commun à l’échelle mondiale. Cependant, cet ouvrage s’élève contre une représentation universelle du travail enseignant. Le savoir professionnel n’est pas transférable d’un pays à un autre et doit prendre en considération les spécificités de chacun.

De plus, l’obligation de résultats et une gestion fondée sur des évaluations et des statistiques ont entraîné une restructuration des rapports entre les professionnels de l’éducation et l’Etat éducateur. Avec les organisations internationales comme l’OCDE sont apparus des mots clés comme "qualité", "modernisation", "évaluation", "rendement", "compétitivité" et des outils de réglementation, des normes, des contrats, des vérifications, des indicateurs... L’évaluation est un paramètre-clé de la régulation des systèmes scolaires. De nouveaux processus et de nouvelles pressions réglementaires sont mises en œuvre.

L’enseignant doit être en état de perfectionnement permanent et capable de répondre aux besoins de la société. L’évolution des systèmes éducatifs s’inscrit dans le contexte d’une intégration croissante des questions éducatives dans des enjeux politiques et économiques mondiaux, ce qui suppose un nouveau professionnalisme, qualifié d’ "organisationnel", caractérisé par un contrôle des gestionnaires, un accroissement du travail et des pratiques normalisées. Cet ouvrage donne d’ailleurs à voir la réalité complexe et nuancée des continuités et des changements qui caractérisent ces professions, lesquelles "font l’expérience d’un nouveau paradigme qui façonne les identités et les pratiques au sein d’organisations scolaires progressivement réinventées dans leurs dimensions spatiales et temporelles".

"Les politiques de restructuration des professions de l’Education, Une mise en perspective internationale et comparée (Editions Hermann, collection Presses de l’Université Laval au Québec – 420 pages, 30€)

Hélène Cénat

Extrait de touteduc.fr du 31.01.21

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