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- Les lycées Henri IV, Louis-le-Grand et Affelnet : une analyse fouillée de la question dans La vie des idées - Une émission de Louise Tourret sur la méritocratie

14 février

Additif du 24.02.22
Henri IV et Louis-Le-Grand : "Le mérite est un enjeu de lutte"

Louise Tourret s’entretient avec le sociologue Paul Pasquali, auteur de "Héritocratie" (La Découverte, 2021) pour parler des polémiques autour du mode de recrutement des élèves des lycées parisiens, après l’annonce de la fin de la sélection sur dossier à Henri IV et Louis-Le-Grand.

Extrait de franceculture.fr du 4.02.22

 

Henri-IV, Louis-le-Grand et la méritocratie
par Pauline Charousset & Julien Grenet,
La vie des idées, le 11.02.22

Rentreront-ils dans le rang ? La modification annoncée de la procédure de recrutement des deux prestigieux lycées de la capitale est accusée par ses opposants de « briser l’excellence » et de faire le jeu du privé. L’analyse des données de l’académie de Paris va à l’encontre de ces arguments.

[...] Conclusion
Loin de « briser l’excellence », l’intégration des lycées Henri-IV et Louis-le-Grand à la procédure Affelnet vise à élargir la base sociale et géographique de leur recrutement sans pour autant sacrifier la qualité scolaire de ces établissements d’élite ni faire le jeu des établissements privés. Les analyses menées à partir des données de gestion de l’académie de Paris montrent que de tels objectifs ne sont pas inconciliables et que la mise en place de règles d’affectation transparentes permettrait de maintenir le niveau d’excellence de ces établissements tout en portant à 15 % le taux de boursiers et en doublant la part des élèves originaires des collèges publics les moins favorisés de la capitale.

Il serait cependant illusoire de croire que la modification des modalités de recrutement des lycées d’élite suffira à lever l’ensemble les verrous qui en limitent aujourd’hui l’accès pour les élèves issus des couches les moins aisées de la population. Les asymétries d’information, les freins psycho-sociaux et les barrières financières et géographiques constituent aujourd’hui autant d’obstacles puissants à la réduction des inégalités d’accès aux filières les plus sélectives de l’enseignement secondaire et supérieur en France. Dans le cas des lycées H-IV et LLG, on constate par exemple que parmi les élèves des collèges publics qui ont obtenu plus de 16 de moyenne au brevet 2019, la proportion qui a déposé un dossier de candidature pour ces lycées était inférieure de 3 points parmi les élèves d’origine sociale défavorisée (17 %) par rapport aux élèves d’origine sociale très favorisée (20 %). Dans ces conditions, limiter l’influence des stéréotypes sociaux sur les choix d’orientation et fournir une information transparente sur les modalités d’accès aux filières sélectives apparaissent comme des leviers indispensables pour élargir leur recrutement.

On peut enfin s’interroger sur les raisons pour lesquelles les efforts en faveur de l’ouverture sociale devraient peser exclusivement sur les épaules des établissements d’enseignement public. Dans un pays qui se distingue par des inégalités scolaires parmi les plus élevées au monde, le fait que les établissements privés échappent à toute forme de régulation de leur recrutement, alors qu’ils sont financés à hauteur de 73 % par l’État et les collectivités territoriales, apparaît comme une aberration de plus en plus difficile à justifier.

Extrait de laviedesidees.fr du 11.02.22

 

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Méritocratie et entre-soi : A Henri-IV et Louis-Le-Grand, un mélange difficile à justifier (Julien Grenet, Pauline Charousset)
La “très forte surreprésentation des élèves originaires du 5e arrondissement au lycée Henri IV paraît difficile à justifier sur le seul fondement du mérite scolaire“ considèrent les économistes Julien Grenet et Pauline Charousset dans une note publiée ce vendredi 11 février.

De nombreuses voix se sont fait entendre et de nombreux articles ont été publiés depuis la décision de l’académie de la capitale d’intégrer les deux lycées Henri IV et Louis-Le-Grand (environ 5 à 600 élèves chaque année, soit 3 % des lycéens parisiens) dans la procédure Affelnet (affectation en seconde des élèves de troisième par un algorithme).

Chargé de son évaluation dès 2013, Julien Grenet explique que “lors de la mise en place d’Affelnet en 2008, les lycées Henri IV et Louis Le Grand ont, pour des raisons essentiellement politiques, conservé le droit de recruter leurs élèves en dehors de cette procédure. Ce régime dérogatoire leur a permis de continuer à mettre en œuvre un mode de recrutement très similaire à celui qui prévaut dans les établissements d’enseignement privé, et d’échapper de facto aux objectifs d’ouverture sociale qui ont été assignés aux autres établissements publics de la capitale.“

Car si en 2007, il y avait en moyenne 5 % de boursiers dans les 14 lycées les plus socialement favorisés de la capitale, cette proportion était de 21 % à la rentrée 2021. Cependant, le poids important des notes de troisième dans le barème d’affectation explique pour le chercheur que “la ségrégation scolaire des lycées parisiens (c’est-à-dire leur degré de hiérarchisation en fonction des performances scolaires des élèves) soit restée quatre à cinq fois plus élevée que dans la moyenne des autres académies.“

La réforme d’Affelnet à la rentrée 2021
Ainsi, en réponse aux critiques récurrentes formulées à l’encontre d’Affelnet par les fédérations de parents d’élèves, qui réclamaient en particulier la fin des “lycées de niveau“, l’académie de Paris a mis en œuvre une réforme majeure de la procédure à la rentrée 2021, que Julien Grenet a également évaluée : “à la rentrée 2021, la ségrégation sociale et scolaire des lycées publics de la capitale a diminué d’environ 30 % par rapport à la rentrée précédente. Les progrès de la mixité sociale et scolaire n’ont pas cependant été uniformes, le recrutement de certains lycées (principalement situés dans l’Ouest parisien) n’ayant que peu évolué entre 2020 et 2021.“

Dans ce contexte, pour les économistes “le fait pour ces deux lycées de se soustraire à la règle commune depuis plus d’une décennie est, dans ce contexte, devenu de plus en plus difficile à justifier.“

Ils estiment l’ouverture sociale des lycées Henri IV et Louis Le Grand “pour le moins timide“, alors que les défenseurs du statu quo disent ne pas avoir attendu Affelnet pour être attentifs à "la diversité des origines sociales et géographiques de leurs élèves". Mais avec respectivement 78 % et 80 % d’élèves issus de catégories socio-professionnelles (PCS) “très favorisées“, les deux lycées font partie du trio de tête avec Jean de La Fontaine, situé dans le 16e arrondissement. De plus, l’origine géographique des 191 élèves parisiens du lycée Henri IV “paraît pour le moins déséquilibrée“ avec 26 % d’entre eux originaires du 5e arrondissement, alors que cette proportion ne dépasse pas 4 % parmi l’ensemble des élèves parisiens.

La situation particulière des collégiens d’Henri IV
“Cette très forte surreprésentation des élèves originaires du 5e arrondissement au lycée Henri IV, continuent les chercheurs, paraît difficile à justifier sur le seul fondement du mérite scolaire“, avant d’ajouter qu’elle “tient en réalité à une petite entorse aux principes méritocratiques que les opposants à la réforme se gardent bien de mettre en avant, à savoir le traitement préférentiel dont bénéficient les élèves du collège Henri-IV lors de l’examen des dossiers de candidature pour le lycée du même nom. “

Et de poursuivre : “Cette situation est d’autant moins compréhensible que parmi les bacheliers 2019 du lycée Henri IV, ceux qui sont passés par le collège homonyme ont obtenu un taux de mention ‘très bien‘ inférieur de 21 points à celui des élèves issus des autres collèges publics parisiens.“

A l’appui des nombreuses données que fournit la plateforme Affelnet et le rectorat, Julien Grenet et Pauline Charousset démontrent que “le spectre d’un ‘nivellement par le bas‘, voire d’une ‘chute de l’école française dans le classement PISA‘, paraît pour le moins exagéré“, mais également qu’intégrer ces deux lycées dans la procédure Affelnet ne contribuera point à “briser l’excellence“ ou encore à “faire le jeu du privé“.

Une conception étroite du mérite
Par ailleurs, ils indiquent qu’ “en feignant d’ignorer les déterminants sociaux de la réussite scolaire, cette conception étroite du mérite constitue un frein puissant à la réduction des inégalités sociales d’accès aux formations d’élite dans la mesure où, en pratique, elle aboutit à réserver à la frange la plus aisée de la population la quasi-totalité des places proposées par ces formations.“

Mais si la mise en place de règles d’affectation transparentes permettrait pour les économistes “de maintenir le niveau d’excellence de ces établissements tout en portant à 15 % le taux de boursiers et en doublant la part des élèves originaires des collèges publics les moins favorisés de la capitale “, il faut pour eux voir plus loin, et notamment agir pour “lever l’ensemble les verrous“ (comprendre l’autocensure, mais aussi les asymétries d’information, les barrières financières, etc.. ndlr) qui limitent l’accès des lycées d’éilte pour les élèves issus des couches les moins aisées de la population.

Extrait de touteduc.fr du 11.02.22

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