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Répondant aux questions de ToutEduc, Yannick Jadot veut "restructurer la carte scolaire" avec une dotation progressive des établissements, "qui attribuera les moyens en fonction de critères de mixité sociale et scolaire"

31 mars

Présidentielle : "Former des citoyens désireux de vivre ensemble" - Yannick Jadot (Interview exclusive)
Quel projet pour l’école ont les écologistes ? Yannick Jadot répond aux questions de ToutEduc

ToutEduc : Quels constats faites-vous des politiques d’éducation menées jusqu’à présent ?

Yannick Jadot : Aucune des politiques d’éducation menées jusqu’à présent n’a permis de remédier à ce mal français : la France est l’un des pays de l’OCDE où l’origine sociale est la plus déterminante dans la réussite scolaire. Le principe de méritocratie “républicaine” masque un système de sélection à chaque étape de la scolarité et surtout à partir du collège, qui laisse sur le bord de la route les plus fragiles, les moins favorisés. La vraie méritocratie implique que les mêmes chances soient données à tous les enfants.

Les politiques menées pendant le dernier quinquennat ont accentué les logiques de séparation sociale et scolaire, et encouragé la compétition individuelle entre élèves, entre établissements. Elles ont également renforcé une culture de l’apprentissage intensif et de l’évaluation permanente : les élèves en France passent plus de temps que la moyenne des pays européens à apprendre à lire et à compter ; ils passent également plus de temps à être évalués et notés. La réforme du baccalauréat a augmenté la pression sur les élèves et les équipes, et transformé, avec Parcoursup, le lycée général en gare de triage injuste et opaque de l’enseignement supérieur.

Enfin, à l’instar des autres services publics, l’école subit les conséquences d’une politique de réduction de moyens et de pilotage centralisé, qui met en péril sa capacité à assurer sa mission.

ToutEduc : Que mettriez-vous en place pour y remédier ?

Yannick Jadot : Mon programme pour l’école est en rupture totale avec un modèle élitiste et compétitif : je veux une école désirable pour tous les élèves, une école de l’égalité, une école de tous les savoirs ouverte sur le monde, une école coopérative et citoyenne, qui favorise l’épanouissement et l’émancipation de notre jeunesse.

D’abord je veux mettre fin à la ségrégation des savoirs, en valorisant les apprentissages pratiques, afin que tous les élèves accèdent aux savoirs dont notre société a besoin : fabriquer, réparer, cultiver, jardiner, cuisiner.

Je veux ouvrir les établissements à des partenariats avec des associations, notamment d’éducation populaire, des lieux culturels. J’associerai le monde artisanal, agricole, industriel pour familiariser les élèves aux enjeux de la transition écologique et ancrer le savoir dans le territoire proche. Je permettrai aux élèves d’explorer la nature en découvrant le vivant dans son milieu, de bouger et faire du sport dans la ville.

Je favoriserai l’apprentissage hors les murs, dont l’impact positif est documenté tant sur l’acquisition des contenus que sur la qualité de concentration, en particulier sur l’initiation à la démarche scientifique.

Je garantirai à chaque élève au moins un voyage scolaire par an, et au moins un voyage en Europe au cours de sa scolarité.

Nous formerons davantage les enseignants aux pédagogies coopératives qui donnent une place active à l’élève (tutorat entre pairs, travaux de groupes, mises en situation...). Nous construirons une école citoyenne, dans laquelle on apprend à s’informer, à discuter, à débattre, dès le plus jeune âge : nous ferons de l’école maternelle une véritable école du premier âge où l’on permet aux enfants d’échanger, de faire preuve d’esprit critique, notamment par la mise en place d’ateliers philosophiques ; nous soutiendrons et généraliserons les projets de médias scolaires, en nous appuyant sur les expériences et les réseaux d’éducation populaires.

Nous favoriserons les pratiques démocratiques à l’école, impliquant l’ensemble des élèves : Maison des élèves, favorisant la conduite de projet des élèves et la prise de responsabilité ; soutien, avec les collectivités volontaires, de conventions thématiques de jeunes citoyen.nes sur le modèle de la Convention citoyenne pour le climat.

Cette école désirable, je veux qu’elle soit la même pour tous les élèves. Je mettrai fin à leur ségrégation en renforçant la mixité sociale et scolaire à l’école. A cette fin, je restructurerai la carte scolaire. Elle garantira que l’affectation des élèves dans les établissements prenne en compte non seulement le lieu de résidence mais aussi des critères sociaux et scolaires garantissant la mixité. Pour soutenir l’effort éducatif en direction des enfants les moins favorisés, il nous faut répartir les moyens de façon plus juste, plus solidaire : je créerai un système de dotations progressives des établissements, qui attribuera les moyens en fonction de critères de mixité sociale et scolaire. Ce système s’appliquera aussi à l’enseignement privé sous contrat qui doit prendre sa part dans l’effort de mixité. Pour chaque établissement, nous fixerons en concertation les indicateurs qui permettront de vérifier qu’il tend effectivement à favoriser la diversité des profils de ses élèves.

Parce que c’est au collège que les parcours d’orientation divergent entre les enfants d’ouvrier et de cadre supérieur, et que les stratégies d’évitement et la fuite vers le privé sont les plus grandes, c’est le collège que nous transformerons en maillon fort de la scolarité commune et de l’apprendre ensemble. Nous y garantirons l’accès à l’équivalent de deux heures par semaine d’apprentissages pratiques et par l’expérience, qui se concrétiseront selon des modalités à définir en concertation (temps dédiés par semaine, par mois ou par trimestre).

Nous prolongerons cette culture commune au lycée, en renforçant l’enseignement professionnel sous statut scolaire ; en augmentant des heures d’enseignement général, essentielles pour la formation de la conscience citoyenne ; en développant des lycées polyvalents regroupant les voies générales et professionnelles et en multipliant les passerelles entre les voies.

ToutEduc : Quelle serait la place de l’écologie à l’École ?

Yannick Jadot : Dans notre projet, les enjeux de la transition écologique imprègneront l’école et les apprentissages de manière transversale.

Nous ne proposons pas une nouvelle matière, mais un nouvel espace pour apprendre autrement. En garantissant au collège l’équivalent de deux heures par semaine en interdisciplinaire, hors les murs, à construire en partenariat avec les réseaux d’éducation populaire, le monde associatif, les collectivités, nous ouvrons l’école et les élèves aux enjeux écologiques.

Les modalités peuvent être par exemple de transformer une heure de géographie et de SVT en deux heures de découverte d’une forêt ou d’un bois proche de l’école ; de construire une session avec le prof de technologie dans une recyclerie pour apprendre à réparer, transformer, recycler...

L’intégration des enjeux liés à la transition écologique et à la préservation de la biodiversité fera bien sûr partie de la feuille de route que le ministère de l’Éducation nationale transmettra aux experts chargés de l’élaboration des programmes scolaires. Mais leur élaboration et leur conception doivent s’inscrire dans le temps long, nécessaire à la sédimentation des connaissances et être confiée à un collège d’experts indépendants du pouvoir en place : dans mon projet, le conseil supérieur des programmes sera transformé en une Haute Autorité préservée des logiques de pouvoir, garantissant la pluralité et l’indépendance de ses membres. Nous réécrirons une charte des programmes qui réaffirme un circuit d’écriture transparent impliquant universitaires, inspection générale, enseignants, syndicats, parents, associations disciplinaires et représentants de la société civile.

ToutEduc : Que ferez-vous pour donner aux personnels de l’éducation les moyens de mener à bien leurs missions ?

Yannick Jadot : Ma priorité en arrivant au pouvoir sera de réparer l’école, malmenée et maltraitée pendant ces cinq dernières années. J’organiserai d’abord une conférence de consensus sur l’École afin de retrouver le sens de sa mission, renouer avec le dialogue social et rénover son pacte avec la Nation. Elle donnera lieu à une large concertation entre les personnels de l’Education nationale, les parents, les élèves, et l’ensemble de la société pour définir et construire l’école du XXIe siècle. Une école où l’on se sent bien, une école de la coopération et de l’épanouissement, une école démocratique ouverte sur son environnement.

Dans ce cadre, j’ouvrirai la question des rythmes et de l’aménagement des temps scolaires, sur la journée, la semaine, l’année. Notre boussole sera le bien-être de notre jeunesse, car l’école française est l’une de celles où les journées sont les plus denses pour les élèves, avec des enseignements concentrés sur un faible nombre de jours en comparaison avec les autres pays de l’OCDE. Nous prendrons également en compte le besoin de sanctuariser les tâches des enseignants aujourd’hui invisibilisées : préparer ses cours, aider à l’orientation des élèves, se concerter avec les collèges pour échanger sur des situations concrètes, sur la meilleure façon d’accompagner tel ou tel élève, construire un projet, dialoguer avec les familles... Autant d’activités essentielles qui doivent être reconnues comme partie intégrante des missions des enseignants et reflétées dans l’organisation des temps de l’école.

Je redonnerai au personnel éducatif les moyens de sa mission à travers le tryptique ; formation ; recrutement ; revalorisation. Je renforcerai ainsi la formation initiale par la labellisation de licences universitaires “enseigner et éduquer” intégrant des modules de formations spécifiques aux métiers de l’éducation, puis deux années de formation, associant professeurs du primaire et du secondaire. Les stages renforcés permettront de familiariser les futur-e-s enseignant-e-s avec la vie de la classe sans leur en donner brutalement la responsabilité. Nous renforcerons l’accès à la formation continue en combinant des semaines de formation réalisées par des intervenants spécialisés (psychologues, pédopsychiatre, orthophoniste) avec des temps d’échanges et des visites entre pairs permettant l’analyse de pratiques.

Je recruterai 65 000 enseignants pour faire baisser les effectifs, augmenter le taux de personnels en remplacement, mettre en place des pratiques de co-enseignement, des temps de concertation et de délibération en équipe. Je veux des enseignants moins isolés, avec des temps de co-enseignement, de regroupements de classes, des heures de concertation dédiées à la construction d’outils pédagogiques et de travail et d’évaluation communs, des projets collectifs.

Je procéderai à l’augmentation des salaires des enseignants afin d’atteindre 20% d’augmentation sur le quinquennat pour les situer dans la moyenne des pays de l’OCDE.

Enfin, je romprai avec le management autoritaire et descendant caractéristique du dernier quinquennat, qui a imposé une orthodoxie des apprentissages scolaires en fournissant des kits prêt à enseigner, imposé des réformes sans concertation et produit de la souffrance au travail. Je mettrai fin aux évaluations permanentes, à la mise sous pression, en valorisant le droit au tâtonnement et à l’erreur, pour les enseignants comme pour les élèves. Les équipes éducatives bénéficieront d’une grande autonomie pédagogique et pourront puiser dans la diversité des méthodes auxquelles elles auront été formées pour construire des projets adaptés.

ToutEduc : Par rapport aux autres candidat (e)s à la présidentielle, et concernant votre vision de l’École, pourriez-vous nous dire en quoi consiste votre particularité ?

Yannick Jadot : Mon projet pour l’école est un projet d’avenir : je veux faire entrer l’école dans le XXIème siècle, là où d’autres candidats défendent une vision rétrograde, élitiste et décliniste d’une école du tri et de la compétition. Je veux une école épanouissante dans laquelle élèves et éducateurs se sentent bien.

Mon projet pour l’école est aussi un projet de société car l’éducation de notre jeunesse est notre affaire à tous : les parents, les médias, le monde associatif, culturel et sportif, et les réseaux d’éducation populaire, les collectivités locales participent de l’éducation de notre jeunesse. Et c’est à cette vaste communauté éducative qu’incombe la responsabilité collective de former des citoyens éclairés, désireux de vivre ensemble, de coopérer, pour construire un monde solidaire et juste, capable de faire face au dérèglement climatique, dans lequel ils trouvent toute leur place et peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes.

Propos recueillis par écrit par Rabah Aït Oufella

Extrait de touteduc.fr du 29.03.22

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