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3 questions sur le paiement des enseignants au mérite (Fenêtres sur cours, mai 2022)

17 mai

Fenêtres sur Cours N°482 mai 2022
3 questions à ÉVELYNE BECHTOLD
Membre du SUI-FSU*

PAYER LES ENSEIGNANTS AU MÉRITE, DANS QUELLE LOGIQUE CELA
S’INSCRIT-IL ?
Cela a souvent été mis en œuvre par les gouvernements qui se heurtaient à des problèmes de recrutement des professeurs. Ils pensent que si les bons candidats ne se présentent pas au
concours d’enseignement, ce n’est pas parce que le métier est difficile et mal payé mais parce que le système ne permet pas de récompenser les professeurs les plus méritants. Pour attirer les meilleurs étudiants, il faudrait leur garantir la possibilité d’obtenir de meilleurs salaires. C’est aussi la logique du « new management public » qui vise à rapprocher les secteurs public et privé en développant l’efficience avec un moindre coût.

QUELLES FORMES CELA PEUT-IL PRENDRE ?
C’est compliqué à mettre en place dans le service public car la production ne peut se mesurer de façon matérielle. Souvent les résultats des élèves servent de repère, ce qui st absurde car selon le territoire où l’on enseigne, le niveau des élèves varie et les difficultés familiales
et matérielles des élèves impactent les résultats scolaires. Ce sont donc des activités annexes qui vont servir à évaluer le mérite des enseignants : le nombre de formations, l’assiduité aux réunions, la capacité à s’investir dans les projets, le nombre de rendez-vous avec les
parents, les projets que l’on porte, etc...
L’évaluation s’effectue sur des activités certes appréciables mais qui ne constituent pas le cœur du métier, la capacité à faire entrer les élèves dans les apprentissages.

QUELLES CONSÉQUENCES SUR LE MÉTIER ?
Cela a un effet contre-productif, avec une prime à celui qui sera capable de se vendre.
Il y a une mise en concurrence des enseignants au sein de l’école avec des professeurs récompensés qui ne seront pas forcément ceux qui font progresser les élèves en
difficulté. Cela peut être très démobilisateur, certain s se diront à quoi
bon s’investir ou réfléchir à ses pratiques. Cela a aussi un impact sur le mouvement des personnels, les enseignants vont avoir envie d’aller vers des écoles accueillant un
public moins difficile. Cette mise en concurrence est d’autant plus absurde que
l’immense majorité des enseignants fait du bon travail et est attentive aux difficultés et progrès des élèves.

PROPOS RECUEILLIS PAR NELLY RIZZO

Extrait de snuipp.fr du 13.05.22

https://www.snuipp.fr/publications/fsc_publications/438

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