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Enseigner la lecture au cours préparatoire. Pratiques déclarées en 2019 des enseignantes et enseignants liées à l’usage des manuels de lecture et à la gestion de l’hétérogénéité, in Education et formations, n° 104 (Le Café et ToutEduc)

29 août

Enseigner la lecture au cours préparatoire. Pratiques déclarées en 2019 des enseignantes et enseignants liées à l’usage des manuels de lecture et à la gestion de l’hétérogénéité,
Educations et formations, n° 104, p. 57

 

Lecture : Les enseignants de CP n’en font qu’à leur tête...
Que sait-on de l’enseignement de la lecture en CP ? On a les travaux de R Goigoux. M. Bianco, M-L. Bosse, C. Boggio et C. Pobel-Burtin apportent, dans un nouveau numéro d’Education & Formations (n°104), un nouvel éclairage. A la grande surprise des auteurs, les enseignants de CP n’en font qu’à leur tête. Bien sur ils privilégient des méthodes qui lient graphèmes et phonèmes. Mais ils ne se servent pas des évaluations nationales et se réfèrent prioritairement à leurs collègues pour résoudre les difficultés.

Dans la suite de Roland Goigoux

"Les démonstrations scientifiques ne suffisent pas à installer les pratiques les plus efficaces en classe, qui doivent être relayées par les institutions". Proches du CSEN, les auteurs vont pourtant avoir à s’interroger sur le désintérêt des enseignants pour les recommandations officielles. Pour les auteurs, leur enquête portant sur un ou deux milliers de professeurs de CP, poursuit le travail de Roland Goigoux. Ses travaux sont cités et mis en parallèle avec les résultats de l’enquête. Les auteurs soulignent quelques évolutions.

L’enquête vise à savoir si les professeurs utilisent un manuel unique ou en combinant plusieurs manuels ? Comment les différents outils des manuels sont utilisés notamment numériques ? Enfin toute une partie concerne la gestion de l’hétérogénéité. Comment les enseignants se servent ils des évaluations nationales et quelles sont leurs pratiques pédagogiques.

Dans la cuisine des leçons...

" Questionnés sur l’utilisation d’une méthode pour l’enseignement de la lecture, 10 % des PE ont répondu avoir créé leur propre méthode et 88 % ont déclaré utiliser au moins une méthode éditée". La moitié complètent cette méthode avec des ressources qu’ils ont crées et un tiers avec des ressources trouvées sur Internet. Ceux qui utilisent plusieurs méthodes piochent dedans pour faire de la différenciation.

" S’ils avaient à choisir une nouvelle méthode, la quasi-totalité des PE se conformeraient aux directives actuelles puisque 99 % adopteraient une méthode qui traite des correspondances graphèmes-phonèmes de manière systématique". Voilà qui enterre la vieille accusation d’utiliser la méthode globale. Mais " 96 % des PE préfèreraient aussi une méthode qui introduit quelques mots outils par rapport à une méthode qui n’en introduirait aucun." Les PE sont peu intéressés par les tablettes pour l’apprentissage de la lecture.

" En 2019, 88 % des PE interrogés déclarent utiliser au moins une méthode éditée, ce qui est nettement plus élevé que les 69 % observés avant 2016 (Goigoux, 2016)", note les auteurs. Parmi eux un seul des 5 manuels soutenus vivement par le CSEN trouve une place dans les classes. Les 4 autres en sont quasi absents.

Une forte résistance aux pressions ministérielles

" Quant aux critères qui ont sous-tendu le choix de leur méthode actuelle, la conformité au programme arrive en troisième position (34 %) après l’orientation théorique (50 %), la progression et l’intérêt des textes (38 %). Cette observation est conforme à ce qu’expriment les PE à travers les méthodes qu’ils privilégient et leurs critères de choix pour de futures méthodes. Elle montre qu’ils sont attentifs à ce qu’énoncent les instructions officielles, mais gardent une attitude relativement critique".

"La culture de l’évaluation normée est faible", déplorent les auteurs. "L’utilisation des évaluations nationales n’est pas une pratique habituelle des PE... Ce faible usage des informations données par les évaluations nationales est d’autant plus frappant que les PE font majoritairement passer ces évaluations. Comment expliquer la volonté affichée des PE d’aider les élèves en difficulté et leur faible utilisation d’outils permettant d’objectiver le repérage de ceux-ci ?" se demandent les auteurs. Ils souhaiteraient davantage de pression sur les enseignants.

" Les PE ont recours prioritairement et très massivement à leurs collègues pour les aider à construire des réponses pédagogiques. Cette tendance converge avec les résultats de la littérature. Face à la difficulté, ils se tournent très peu vers les aides institutionnelles comme leur hiérarchie directe (inspection). Ainsi, les sites internet de ressources officielles ou les animations pédagogiques ne sont pas plébiscités... Les conseillers pédagogiques de circonscription (CPC) et les inspecteurs de l’Éducation nationale (IEN) ne sont pas perçus comme personnes ressources".

Après 5 années de pressions ministérielles, les enseignants ont repéré les outils et les méthodes utiles. Et ils continuent à ignorer dans leurs pratiques les outils qu’on veut leur imposer.

François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 25.08.22

 

Méthodes de lecture : des pratiques conformes aux préconisations, des résultats décevants (DEPP)

Au CP, les enseignants sont quasi tous convaincus des bienfaits des "méthodes syllabiques", leurs pratiques ont évolué avec les instructions officielles, mais très peu d’entre eux se fondent sur les évaluations nationales pour repérer les difficultés des élèves et les résultats sont décevants. Ce sont les principaux enseignements d’un article de quatre chercheuses de l’université "Grenoble Alpes) publié par la DEPP et qui "dresse un tableau de l’enseignement de la lecture qui questionne". En effet, "près de 30 % des élèves présentent des difficultés à l’entrée en CE1 en lecture de mots ou de texte" alors que les pratiques des enseignants ont évolué avec les instructions officielles. "Ce paradoxe pourrait témoigner d’une difficulté dans le transfert à grande échelle des pratiques reconnues comme les plus efficaces par la recherche."

Céline Pobel-Burtin, Cynthia Boggio, Marie-Line Bosse, Maryse Bianco se fondent sur les réponses de 1 220 enseignants à un questionnaire qui leur a été adressé en 2019. 99 % des professeurs des écoles, "s’ils avaient à choisir une nouvelle méthode, adopteraient une méthode qui traite des correspondances graphèmes-phonèmes de manière systématique", donc conforme "aux directives actuelles". Les PE "ont recours à des pratiques reconnues efficaces", qu’il s’agisse des correspondances graphème-phonème, de la lecture à voix haute, de l’ "entraînement focalisé sur une compétence", même si certains "conservent aussi des pratiques moins efficaces", à savoir la "différenciation des objectifs". Les enseignants ont par ailleurs sérieusement augmenté le temps consacré à l’enseignement de la lecture depuis l’enquête menée par Roland Goigoux avant 2016.

Interrrogés sur le choix et l’usage de manuels de lecture, 10 % des répondants ont créé leur propre méthode, 88 % utilisent "au moins une méthode éditée", soit bien davantage que les 69 % observés par Roland Goigoux. Toutefois, seuls 9 % d’entre eux la suivent telle quelle et exclusivement. Les autres complètent "avec des ressources qu’ils ont eux-mêmes créées", ou avec des ressources trouvées sur Internet, ou, dans une moindre mesure, "issues d’autres méthodes de lecture". Les méthodes les plus employées principale sont Taoki, Ribambelle et Pilotis. "Le manuel le plus utilisé actuellement est Taoki et compagnie, l’un des cinq manuels cités par le CSEN comme particulièrement conforme aux préconisations ministérielles". Les méthodes Borel-Maisonny et La planète des Alphas "semblent plus souvent être utilisées en méthodes complémentaires". Interrogés sur leur enseignement de la compréhension, presque tous "ont indiqué travailler la compréhension, mais 66 % d’entre eux aimeraient le faire davantage".

Les autrices analysent aussi les 231 réponses d’enseignants de deux départements, Isère et Ardèche qui montrent que plus de 8 sur 10 des PE repèrent les élèves en difficulté "de façon autonome", font parfois appel au RASED. Seuls 20 % (29 % en éducation prioritaire) déclarent utiliser "fréquemment" des "outils normés", OURA-LEC (université P Mendès-France) étant deux fois plus souvent cité que les évaluations nationales. Et pour répondre eux difficultés des élèves, "les PE de CP s’appuient très massivement sur leurs pairs (...), ils se tournent très peu vers les aides institutionnelles" tandis que les conseillers pédagogiques et les inspecteurs "ne sont pas perçus comme personnes ressources".

L’article "Enseigner la lecture au cours préparatoire, Pratiques déclarées en 2019 des enseignantes et enseignants liées à l’usage des manuels de lecture et à la gestion de l’hétérogénéité", Céline Pobel-Burtin, Cynthia Boggio, Marie-Line Bosse, Maryse Bianco, Education et Formations (DEPP) n° 104, téléchargeable ici.

Sur les "pratiques reconnues comme les plus efficaces par la recherche", voir ToutEduc ici

Extrait de touteduc.fr du 28.08.22

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