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Éducation nouvelle : échos de la biennale (entretien du Café avec Le Gfen, Questions de class(e), ToutEduc)

7 novembre 2022

L’Education Nouvelle en Biennale
L’éducation émancipatrice a-t-elle un avenir ? La troisième biennale internationale de l’Éducation Nouvelle s’est déroulée du 29 octobre au 1er novembre à Bruxelles. Réunissant plus de 500 participants et participantes, l’évènement était porté par huit mouvements pédagogiques, dont les CEMEA, le GFEN, le CRAP, L’ICEM Freinet… Jacqueline Bonnard, secrétaire nationale du GFEN revient sur l’enjeu de ces trois journées et le Manifeste qu’ont signé douze mouvements ou associations souhaitant rejoindre le collectif « ConvergENce(s) pour l’Éducation Nouvelle ».

Pourquoi une biennale ?

Nous souhaitions célébrer le centenaire du congrès de Calais et de poursuivre l’œuvre de nos prédécesseurs par la mise en place du mouvement ConvergENce(s) pour l’Éducation Nouvelle qui accueillerait de nouveaux mouvements sur le principe d’une base commune : le Manifeste pour l’Éducation Nouvelle 2022, intitulé « Le monde que nous voulons, les valeurs que nous défendons » conçu comme l’un des éléments d’un projet politique partagé. La biennale 2022 s’est ainsi déplacée vers Bruxelles, accueillie par le CERIA – campus universitaire bruxellois. L’idée de cette biennale a vu le jour à la suite de deux grands événements, l’un en 2015 et l’autre 2019, ayant permis les habitudes d’un travail coopératif.

En 2015, il s’agissait d’organiser une rencontre entre cinq associations et mouvements impliqués dans l’éducation formelle, non-formelle et informelle se réclamant de l’éducation nouvelle : CEMEA, CRAP, ICEM, GFEN, FESPI. L’objectif était de se rencontrer et d’échanger sur un socle commun de valeurs partagées, de pratiques en fonction des domaines d’intervention des uns et des autres. Il fallait également renforcer la visibilité des pratiques d’Éducation Nouvelle par une dynamique militante pour une éducation émancipatrice face à la libéralisation de l’école installant l’individualisation des parcours et la mise en concurrence. La première biennale organisée en 2017 à Poitiers permit ces échanges entre nos militants. En intégrant les fédérations internationales de nos mouvements – FICEMEA, FIMEM et LIEN, la deuxième biennale – en 2019 – a vu se renforcer la dynamique internationale grâce à un projet Erasmus+ instituant des échanges entre travailleurs de jeunesse de différents pays encadrant des jeunes dans leur formation individuelle et l’apprentissage de la citoyenneté.

Plus de 500 participants issus de 24 pays se sont inscrits à cette troisième biennale introduite par une conférence de Bernard Charlot : « L’être humain est une aventure. Pour une anthropo-pédagogie contemporaine ». Ils y ont alterné des temps pour penser, des temps pour partager – ateliers échanges de pratiques, des temps pour débattre – enjeux de nos sociétés et des temps pour vivre ensemble -découverte de Bruxelles et nombreuses activités culturelles.

Quelle place a le GFEN dans cette initiative ?

Le GFEN a été créé en 1922, en filiation directe avec le congrès de Calais de 1921. Il ne pouvait que répondre positivement à l’initiative de 2015 prise par les CEMEA en la personne de Jean-Luc Cazaillon alors président de ce mouvement. Notre mouvement fait partie du comité de pilotage de ces biennales, apporte sa contribution à l’organisation de ces évènements, à la diffusion des informations en amont et en aval de l’évènement. Pour la biennale 2019, il a été le support du projet Erasmus+ qui a contribué à développer la partie internationale de l’évènement.

Par son expérience de la formation dans les milieux difficiles – REP+ et publics en grande précarité, son approche anthropologique du savoir, l’articulation entre théorie et pratique, le GFEN donne à voir sa singularité dans une culture commune mais multiforme.

Quel intérêt de ce type d’évènement ?

Lors de la séance d’ouverture, Bernard Charlot a posé cette question : « Qu’avons-nous à proposer aux jeunes face aux défis climatiques, environnementaux et sociaux ? ». Dans un monde de plus en plus dur où l’on voit la résurgence de l’intolérance, du rejet de l’autre, où l’individualisme et la rivalité compétitive sont érigés en vertu, il devient urgent de redonner à l’Éducation Nouvelle toute sa place dans les enjeux éducatifs à l’échelle internationale. Cent ans après le congrès de Calais, nos organisations sont là, vivantes, actives et essentielles, porteuses d’une vision émancipatrice de l’être humain.

Faire alliance, accueillir au sein de « ConvergENce(s) pour l’Éducation Nouvelle » les organisations de tous pays qui agissent au quotidien selon de mêmes principes et valeurs devient donc une nécessité politique majeure. C’est un des objectifs que se sont fixé les mouvements organisateurs de l’évènement.

L’Education Nouvelle, est-elle encore une réponse adaptée aux difficultés rencontrées par l’École ?

Le courant de pensée de l’Éducation Nouvelle se caractérise par la conception d’une éducation émancipatrice s’appuyant sur le principe d’éducabilité pour tous les élèves. Les militants et militantes de nos mouvements sont concepteurs de pratiques produisant de la pensée critique et complexe qui permettent la confrontation au réel tout en favorisant le débat et la controverse, qui articulent savoir, imaginaire et création, qui rapprochent au lieu d’isoler et qui donnent du sens aux apprentissages. Intégrer l’aventure humaine des savoirs participe du sentiment d’appartenance à l’espèce humaine tout en permettant de s’interroger sur les choix à opérer pour maintenir sa survie. Redonner du sens à apprendre pour l’élève est tout aussi important que de redonner du sens à enseigner pour l’enseignant. Cela passe par la mise en place de collectifs vivants et actifs pour réinventer en permanence une éducation en prise avec les réalités du monde contemporain et des sociétés au sein desquelles nous vivons. Le pari d’éducabilité se situe dans la force de nos pratiques. Leur modernité signe cette ambition éducative, sociale, politique et culturelle.

Une réponse aussi à la montée des extrêmes et aux différents défis que nos sociétés doivent relever ?

L‘éducation Nouvelle est politique au sens noble du terme. Elle choisit le camp de la transformation sociale et le refus des rapports de domination, parce qu’elle porte l’ambition de lutter contre toutes les formes de pauvreté, d’injustice sociale et de discrimination en promouvant une culture pour la paix. Quels que soient les lieux d’intervention – éducation formelle, informelle ou non-formelle – et dans le cadre d’une formation tout au long de la vie, l’approche que nous promouvons est celle d’une éducation globale travaillant sur les rapports entre les différents temps sociaux, entre discontinuité et complémentarité des espaces d’éducation. Ces enjeux sont présents, de façons différentes, dans beaucoup de pays du monde. Penser l’Éducation nouvelle ne peut se faire que dans une perspective internationale qui place l’humanisme au cœur du projet politique. L’apport d’expériences issues de contextes multiples contribue au développement d’une culture commune internationale sur les conditions d’une éducation émancipatrice.

A l’issue de trois jours de rencontres, que doit-on retenir de cet événement ?

Tout d’abord, la grande réussite de cette biennale : plus de 500 personnes représentant 24 pays, un climat particulièrement serein, des gens au travail mais aussi un accueil – géré par les associations belges – à la hauteur des enjeux et qui a très largement contribué à cette belle réussite.

Mais il faut surtout retenir la signature du Manifeste par douze mouvements ou associations souhaitant rejoindre « ConvergENce(s) pour l’Éducation Nouvelle ». L’idée principale de ce manifeste est que « Toute éducation est politique car elle contribue à forger la société à venir ». Nous sommes accordés sur quatre défis qu’il nous faut relever.

Le premier, construire un récit désirable. Notre pédagogie est peu connue, pas reconnue. Il nous faut affirmer une parole politique, dans nos pays respectifs, en Europe et dans le monde et définir de nouvelles modalités de coordination de cette parole.

Le second, militer pour une approche globale de l’Éducation qui « lutte contre la barbarie ». L’enjeu est grand de mieux travailler sur les complémentarités entre les temps éducatifs : de la place de la famille en passant par l’école, les loisirs, la culture.

Le troisième, Converger sans enfermer, accepter de diverger …. Tous unis mais tous différents ! Nous avons franchi une étape significative dans cette Biennale mais la route est longue et il est nécessaire de continuer à mieux nous connaître. Il nous faut identifier les points communs, mais aussi les divergences, les nœuds en nous inspirant les uns les autres dans nos façons de faire.

Et le dernier défi, c’est de faire de ConvergENce(s) l’affaire de toutes et de tous, partout, du local à l’International. Loin d’une logique d’appareil, ConvergENce(s) doit concerner chacune et chacun dans son territoire, dans son quotidien. La place des jeunes doit y être réfléchie, comme le fait que ConvergENce(s) puisse exister dans tous les territoires, sans négliger les territoires isolés.

La route est encore longue mais nous sommes engagés dans une dynamique ouverte qui doit donner envie au plus grand nombre.

Propos recueillis par Lilia Ben Hamouda

Le site de la Biennale

Extrait de cafepedagogique.net du 07.11.22

 

Armer politiquement l’éducation nouvelle – sur la Biennale 2022
Nous étions deux, Mathieu et moi, du collectif Questions de classe(s) à la Biennale de l’éducation nouvelle 2022. Le texte qui suit est à la fois un compte-rendu et une contribution aux débats qui traversent l’éducation nouvelle aujourd’hui. Il pose des questions et trace des pistes, appelle à des réponses. Merci à toutes et tous pour ces beaux moments partagés !

« L’Éducation Nouvelle porte un projet d’émancipation et de démocratisation. Toute éducation est politique car elle contribue à forger la société à venir. » c’est avec ces mots extraits du Manifeste – Convergence(s) pour l’Éducation Nouvelle, que Questions de classe(s) a rejoint Convergences, rassemblement de mouvements et associations pédagogiques, qui organisait la Biennale de l’éducation nouvelle 2022, à Bruxelles.

C’est parce que nous nous reconnaissons dans ces mots et que nous nous considérons – nous aussi à Questions de classe(s) – dépositaire de l’héritage aussi multiple que parfois contradictoire de l’éducation nouvelle que nous avons participé à la Biennale.

Merci d’abord à tou.tes les organisateurs/rices – notamment les camarades belges – pour cet énorme travail fourni pour accueillir plus de 500 personnes, avec une organisation fluide et au cordeau. Nous avons participé à plusieurs débats (lien avec la recherche, écologie, émancipation et démocratie…) et ateliers (numérique, antiracisme, « texte récréé », …), mais surtout à beaucoup de rencontres informelles riches en échanges, envies et réflexions.

Se retrouver donne de la force – plus de 500 participant.es et de plein de pays et de métiers différents ! Il est clair que l’objectif de cette Biennale est rempli et qu’elle « est une ouverture sur l’avenir » comme le disait Hélène de l’ICEM lors de la clôture. Nous avons une histoire commune, celle de la Ligue internationale et de ses premiers congrès, mais les militant.es de nos mouvements communiquent peu entre eux. Sur Paris, inspiré par l’expérience d’un Convergences local ailleurs en France, est né l’envie de se structurer ensemble. A titre d’exemple et en m’appuyant sur les ateliers auxquels j’ai participé, l’expérience du « texte recréé », une démarche « non-transmissive » du GFEN, me fait penser qu’elle vient compléter des lacunes sur les questions de lecture et de littérature dans le mouvement Freinet. Les pratiques de « cartographie des controverses » au sein d’un lycée expérimental viennent enrichir mes réflexions sur les manières d’aborder les questions écologiques de manière critique et non-verticale. Un militant de Céméa me racontait qu’il avait discuté avec un ancien professeur de SVT du GFEN qui cherchait à transmettre plusieurs dizaines d’années de « démarches » pour étudier les écosystèmes. Convergences est une sorte de notaire communiste travaillant sur nos héritages, et la Biennale fut un moment de collectivisation de nos trésors respectifs, l’occasion de mêler nos testaments, d’en entrelacer les mots afin de dénouer l’avenir. [...]

Extrait de questionsdeclasses.org du 03.11.22

 

Mouvements pédagogiques : un appel au ministre et des échos de la biennale de Bruxelles (avec les Cahiers pédagogiques)

Après qu’ils ont participé à Bruxelles à l’édition 2022 des Biennales internationales de l’Éducation nouvelle, les mouvements pédagogiques, CEMEA, CRAP, FESPI, GFEN, ICEM adressent une lettre ouverte à Pap Ndiaye pour "attirer (son) attention sur les baisses drastiques des subventions que (son) ministère a décidé d’appliquer à de nombreuses associations pour cette année 2022 de façon unilatérale et sans explication. Ces baisses ont été annoncées en octobre et concernent l’exercice en cours, les budgets sont déjà bien engagés ! Certaines associations ont vu leur financement baisser de 67 % en 3 ans ; à ce rythme-là, elles ne pourront bientôt plus participer activement à l’expérimentation pédagogique nécessaire à la cohésion nationale et à l’éducation des futurs citoyens et citoyennes de notre pays."

Les signataires rappellent que cette biennale a réuni plus de 500 personnes, venant de 23 pays et qu’elle a été lancée l’an dernier, lors du centenaire de la première grande rencontre des mouvements pédagogiques à Calais, lorsqu’au sortir "de la Grande Guerre, il fallait repenser les modèles éducatifs européens pour faire en sorte que plus jamais des citoyens et citoyennes du monde ne s’entretuent". Les perpectives ajourd’hui ne sont pas moins dramatiques, "urgences climatiques, fascisme aux portes de nombreuses capitales européennes, guerre dans de nombreux pays, lutte pour l’exploitation de matières premières, violence sur les réseaux sociaux, essentialisation de nombreuses personnes, remise en cause de nos valeurs démocratiques… Il y a urgence à (re)penser les modèles pédagogiques de nos espaces éducatifs : école, accueil collectif de mineurs, maison d’enfants à caractère social, institut médico-éducatif…" C’est dans ce contexte que les cinq mouvements demandent au ministre de l’Education nationale "de reconsidérer l’appui de (son) ministère à (leur) action (...) pour démocratiser l’accès au savoir et à la culture, pour lutter contre les discriminations et favoriser l’émancipation intellectuelle".

Les Cahiers pédagogiques rendent compte des conférences de Philippe Meirieu et Laurence de Cock qui "ont tissé des liens entre le propos introductif de Bernard Charlot". Le premier considère que le contexte a beaucoup changé depuis 1921 : "En cent ans, les sociétés ont changé. L’individualisme social a émergé." Ce qui a, tout à la fois, constitué “une première étape de l’émancipation démocratique et contrarié son développement par la frénésie consommatrice et la montée des communautarismes”. Aux mouvements qui se réclament de l’Education nouvelle de construire (ou reconstruire) du commun : “Dès 1921, éduquer c’était conjuguer le droit à la différence aussi bien qu’à la ressemblance." A présent, il s’agit de faire vivre les droits de l’enfant (tout en) en assurant les belles contraintes, celles qui rendent libres”, et de ne pas céder à "l’injonction permanente" de satisfaire les caprices de tout un chacun. Les pédagogues d’aujourd’hui doivent se méfier "d’un certain scientisme derrière lequel se cache une idéologie justifiant le maintien du désordre social", de la “montée de la singerie d’une éducation entièrement virtuelle, gérée par des algorithmes, enrôlée par le néolibéralisme". D’où l’importance “de se saisir du numérique, de ces outils pour qu’ils créent du lien plutôt qu’ils tuent la solidarité".

Ces difficultés auxquelles est confronté tout éducateur amènent les mouvements pédagogiques réunis dans "Convergence(s) pour l’Éducation nouvelle" à s’interroger sur leurs propositions de réponses, parfois divergentes : "Les questions nous rassemblent quand parfois les réponses nous divisent." Et surtout, il faudrait "renouer le lien entre pédagogie et opinion publique" alors que "l’écart n’a cessé de s’accroitre en un siècle. L’opinion publique en 1930 se passionnait pour l’éducation nouvelle ; aujourd’hui elle se passionne pour le débat sur le ’retour de l’uniforme !’."

L’historienne Laurence De Cock estime d’ailleurs que les mouvements pédagogiques ne peuvent se contenter de "l’entre soi” et qu’ils doivent "sortir des débats stériles et qui ne sont plus prioritaires entre pédagogistes et anti-pédagogistes". Elle s’interroge, "A quelles conditions les savoirs sont-ils émancipateurs ? Est-ce qu’il ne serait pas temps de reprendre la main sur les contenus ? Ne pas seulement se demander comment l’on enseigne, mais ce que l’on enseigne !” Car "enseigner, c’est faire de la politique (...). Sommes-nous prêts à réaffirmer que nos missions doivent s‘inscrire dans une école publique, gratuite pour tous ? Sommes-nous prêts à nous ouvrir aux maux du monde pour nous occuper en priorité des enfants qui en ont le plus besoin ? Allons-nous nous taire face au fonctionnement d’une école élitiste et méritocratique qui laisse toujours plus d’enfants au bord de la route ?" Elle rappelle que l’Education nouvelle a aussi favorisé la création d’écoles privées "à un demi-SMIC par mois" et elle cite Célestin Freinet en 1932 : “Dans quelle mesure, et par quels moyens précis, par quelles méthodes, selon quelles techniques, l’éducation nouvelle peut-elle hâter la venue d’un monde nouveau dans lequel l’organisation sociale répondra au maximum aux besoins pédagogiques de la masse des enfants ?”

Le site des Cahiers pédagogiques ici, la conférence introductive de B. Charlot prochainement accessible à partir du site.

Extrait de touteduc.fr du 06.11.22

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