Les pistes de Jean-Pierre Véran pour le collège

23 novembre

Le Collège, « homme malade du système » : quelques pistes de « traitement » ?
Le ministre veut s’attaquer au collège, "homme malade du système". Les propositions ministérielles que nous publions sont susceptibles de l’intéresser.

Jean-Pierre Veran,
formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université

Au mois de septembre dernier, le ministre de l’éducation nationale a annoncé vouloir « s’attaquer au Collège, « l’homme malade du système »[1]. Il a commencé sa visite à Marseille le 17 novembre par la visite d’un micro-collège du 16e arrondissement de la ville[2].

Si le chantier prioritaire du ministre est celui du collège, on ne peut qu’être intéressé par les propositions ministérielles suivantes.

« Le système éducatif ne saurait adapter le jeune à des structures figées : il doit au contraire lui permettre, en tant qu’individu responsable et libre, d’être associé à l’évolution rapide qui caractérise notre société.(…)

Il faut préparer les jeunes à saisir des messages plus variés, plus rapides, plus « conditionnants », à utiliser un système étendu de références (géographiques, scientifiques, philosophiques), à prendre conscience de l’importance des décisions qu’ils cherchent à entraîner (attitudes de consommateurs, de citoyens …). Ces messages visent tous les individus : cela implique que chacun a reçu la formation minimale pour les maîtriser.

La portée des enjeux sociaux, politiques, spirituels offerts au comportement des individus, aux décisions familiales, aux bulletins des électeurs est devenue redoutablement lourde. L’école doit abandonner dans ce domaine, toute fausse neutralité et se vouloir résolument éducatrice.

La formation de base donnée par l’école primaire, puis par le collège devra tenir compte de capacités diverses : élèves plus ou moins rapides, plus ou moins précoces, formes d’esprit et d’intérêts différenciés.

A moins de concevoir pour les jeunes de 12 à 15 ans des contenus différenciés d’études dont les « clientèles » reproduiraient largement les ségrégations sociales, il faut définir une formation de base acceptant de remettre en cause certaines hiérarchies scolaires et en reconnaissant la valeur de certaines disciplines moins abstraites : exercices d’intelligence concrète, travaux manuels, expression artistique, sports.

Le succès d’une formation est fortement lié aux motivations de celui qui la reçoit. La prise en compte des intérêts des jeunes est un élément nouveau et important de la définition d’une éducation moderne et fructueuse. Pour préserver la lente et systématique progression de certaines disciplines, doit-on retarder jusqu’à 18 ans le moment d’examiner en classe des problèmes scientifiques, économiques ou géopolitiques, alors que les médias les évoquent tous les jours ? Peut-on négliger la préférence des jeunes pour certains sujets d’étude, qui peuvent constituer la marque d’une autonomie plus précoce ?

Une réflexion sur l’organisation de notre enseignement doit tenir compte de ce que font les autres pays en matière d’éducation. Des recherches et des expériences sont faites au-delà de nos frontières, des décisions sont prises et il importe que nous soyons attentifs aux principes qui les inspirent et aux résultats qu’elles donnent.

Une fois acquise la formation primaire (lecture, expression orale et écrite, numération, calcul, dessin, formation logique, esprit d’observation, imagination, goût, maîtrise de l’activité motrice et gestuelle), le collège (école moyenne pour tous) doit s’efforcer de combler les handicaps socio-culturels et rechercher l’épanouissement optimum de chaque élève. Mais il ne peut proposer exactement les contenus des anciennes classes de lycée dont l’objectif unique était le lointain baccalauréat. Il sera nécessaire de le tourner davantage vers la vie, d’y préparer des orientations ultérieures fort diverses, d’adapter la pédagogie à la variété des esprits et des capacités, d’y valoriser d’autres aptitudes que celles qui commandent aujourd’hui la réussite scolaire.

Pour répondre à l’attente des jeunes, à côté de la formation rigoureuse mais relativement désincarnée qu’assure l’enseignement « académique », de nouvelles activités pédagogiques, plus globales, plus satisfaisantes pour la curiosité immédiate doivent pouvoir trouver place.

Le mode de vie scolaire lui-même doit être un moyen d’éducation : c’est moins au travers d’un enseignement que d’actions que l’on amènera les jeunes à acquérir le sens de l’équipe et de la collectivité, l’esprit de solidarité et de tolérance, les principes d’une morale individuelle et civique.

L’école, le collège, le lycée deviendront de véritables centres d’action culturelle et sociale, plus liés qu’aujourd’hui aux familles, aux collectivités locales.

Cette évolution devrait aussi former des jeunes plus ouverts aux réalités de la vie, plus responsables et abréger leur situation d’adolescent assisté dans laquelle le système scolaire et universitaire les maintient trop longtemps.

Un système éducatif moderne doit reconnaître aux établissements une autonomie importante dans le domaine pédagogique (définition de certaines parties de programmes, organisation des enseignements), dans le domaine social (répartition des aides), dans le domaine matériel (gestion des moyens financiers).

Les prises de position sur l’avenir de chaque élève devront être étudiées sur la base d’une large concertation avec lui-même et ses parents. L’orientation moderne doit être conçue comme le choix volontaire par le jeune de la voie qui lui convient le mieux, choix qui devrait concorder avec les avis extérieurs (parents, conseillers, professeurs) si les procédures d’information et de concertation préalable sont suffisamment efficaces ».

Ces propositions ne datent pas d’hier. Elles figurent dans les pages 1 à 5 des Propositions pour une modernisation du système éducatif, texte de 51 pages publié à Paris par La Documentation française en février 1975, rédigé par René Haby, alors ministre de l’Education.

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[1] https://www.leparisien.fr/societe/pap-ndiaye-veut-sattaquer-au-college-ou-les-niveaux-en-langues-et-math-restent-trop-faibles-17-09-2022-WVJZ7UO47BAEXEII7P4HHFZ3Z4.php

[2] https://www.education.gouv.fr/deplacement-de-pap-ndiaye-marseille-jeudi-17-vendredi-18-et-samedi-19-novembre-2022-343468

Extrait de jean-pierre-veran/blog du 21.11.22

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