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Ecole maternelle : materner ou discipliner ? (kadekol, Ifé, 17.03.23)

30 mars 2023

EN QUÊTE D’ÉCOLE : épisode 25 (17/03/2023)
Ecole maternelle : materner ou discipliner ?

« L’enfance est faite pour jouer ». Ah oui vraiment ? Car si tout se joue pendant l’enfance, l’apprentissage aussi. En témoignent les maternelles, qui accueillent, en amont de l’école élémentaire, les petits dès l’âge de trois ans. Cela étant, la question de la scolarisation, soit de soumettre l’enfant de moins de 6 ans à un enseignement scolaire régulier, continue de diviser chercheurs, parents et professeurs des écoles. Car la question ne va pas de soi : Si en France l’école est obligatoire dès l’âge de trois ans depuis 2019, elle l’est à 5 ans en Angleterre, et à six en Espagne ou au Portugal. Ces différences nationales poussent à s’interroger : pourquoi scolariser nos tout jeunes enfants, et qu’est-ce que cela dit de notre système scolaire ? Les jeunes enfants sont-ils à leur place dans la classe ?

Pour le savoir nous avons mené l’enquête.

d’Hier à aujourd’hui

La scolarisation des jeunes enfants n’est pas une interrogation nouvelle. Tout commence dans les années 1830 avec les salles d’asiles qui accueillent parfois plusieurs centaines d’enfants de 2 à 6 ans dont les mères vont travailler dans les manufactures. Le Manuel des fondateurs et directeurs des salles d’asile publié en 1854 précise que ces lieux d’accueils ont d’abord une fonction sociale, pour mettre à l’abri les enfants de tout danger physique.

La transformation des salles d’asile en écoles maternelles est le fruit du travail de Pauline Kergomard. A la fin du XIXème siècle cette directrice d’école qui deviendra inspectrice générale des écoles maternelles, dénonce les conditions dans lesquelles les enfants sont accueillis dans les salles d’asile. Elle milite pour la reconnaissance des besoins liés au développement affectif de l’enfant et introduit le jeu comme activité pédagogique principale, en plus de la lecture et du calcul : "Le jeu c’est le travail de l’enfant, c’est son métier, c’est sa vie".

une école pas si "maternelle"

Cette approche psycho-affective qui donne la priorité au développement spontané de l’enfant, laisse progressivement la place dès la fin du XXème siècle à une conception plus contraignante et plus « scolaire ». L’école maternelle devient la première étape d’une carrière scolaire qui doit transformer l’enfant en un être discipliné, le « préparer » à son métier d’élève, et donc de citoyen.

Des enfants disciplinés et prêts à entrer dans la grande école, voilà l’une des missions de l’école maternelle en France. Cette priorité prévaut dans la majorité des pays de l’OCDE comme l’explique Marie Gaussel dans un dossier de veille de l’Ifé publié en 2014. En France certains reprochent même à l’école maternelle de calquer l’école primaire, et de ne pas laisser aux enfants le temps de jouer et d’imaginer. Ghislain Leroy, maître de conférences en sciences de l’éducation, parle à ce sujet de « performance enfantine ». Dans son article « L’école maternelle de la performance enfantine » paru en 2020 dans la Revue française de pédagogie, il montre que le travail scolaire, et en particulier l’enseignement de la phonologie et des mathématiques prend le pas sur toute autres activités.

Professeur des écoles et atsem : une division nette des rôles ?

En plus des apprentissages scolaires, l’école maternelle est aussi le lieu des apprentissages corporels. Cette dualité est d’ailleurs bien représentée par les deux figures qui se partagent la classe : d’un côté le ou la professeur qui organise les activités pédagogiques, et de l’autre, l’ATSEM, dont la mission originelle était de prendre en charge l’hygiène des enfants et la bonne tenue des locaux scolaires. Mais la division entre le pédagogique, qui serait le domaine exclusif de l’enseignant, et « le reste » imparti à l’ATSEM, ne résiste pas à l’épreuve de la classe où les rôles et les tâches sont beaucoup moins délimités. D’une part, l’enseignant ne se prive pas d’intervenir sur tout ce qui est de l’ordre de l’éducation et du quotidien. D’autre part, l’ATSEM est requise pour des tâches scolaires qui dépassent la simple surveillance des élèves.

Scolariser les tous jeunes enfants : une nécessité remise en question

Les mots de Philippe Meirieu, Professeur en Sciences de l’éducation, dans une vidéo réalisée au début des années 2000 sont toujours d’actualité. Pour répondre à cet enjeu essentiel, une proposition est sans cesse débattue : faut-il scolariser les enfants encore plus tôt ? Dès l’âge de 2 ans, en particulier pour les plus défavorisés ?

Cette question divise la pédopsychiatrie : Bernard Golse, chef du service consacré aux enfants à l’Hôpital Necker, dans son livre L’école à 2 ans, est-ce bon pour l’enfant ?, affirme ainsi : "Il y a des expériences qui essayent de montrer que les foetus peuvent apprendre à compter, donc on peut aussi transformer l’utérus en salle de classe si on veut, et ça ne va pas arranger le développement des enfants". A contrario, Monique de Kermadec, psychologue et clinicienne, pense que la scolarisation précoce permet à l’enfant de développer simultanément ses intelligences cognitive, sociale et émotionnelles.

Mais les bénéfices à long terme de cette mesure sont questionnés par une récente étude de France Stratégie, qui souligne l’importance d’autres variables telles que le milieu social ou le trimestre de naissance. La scolarisation précoce est révélatrice d’une intérêt pédagogique et politique réduits en France : De 37% d’enfants de deux ans scolarisés en 1989, on passe à 22% en 2005, et à 16% en 2017 selon l’INSEE.

Lieu de transition entre le monde de la petite enfance et celui de l’enfance, véritable trait d’union entre la famille et le monde social, l’école maternelle reflète aussi notre manière de concevoir l’enfance, comme un temps à part ou comme le prélude de l’âge adulte.

Et pour aller plus loin ... [bibliographie]

[Extrait de ife.ens-lyon.fr} du 17.03.23

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